À André Falconet, le 18 novembre 1664, note 2.
Note [2]

Gigeri ou Djidjelli, l’actuelle Jijel, est un port d’Algérie dans la province et à 128 kilomètres au nord-ouest de Constantine. Ancienne ville épiscopale de la Mauritanie Sitifense (sous le nom de Gergelum), elle devint au xvie s. le berceau de la puissance de Barberousse (v. notule {c}, note [12] du Naudæana 2), et acquit dès lors une très grande importance stratégique par son trafic et surtout par sa piraterie.

Louis xiv, en pleine entente avec Colbert, pour premier grand acte militaire de sa puissance depuis la paix des Pyrénées, avait décidé de fonder un établissement français en Barbarie (Maghreb), pour ouvrir le commerce d’Afrique du Nord, et tenant la Méditerranée, pour réduire la piraterie barbaresque et la domination maritime des Turcs. Une puissante escadre (15 navires et 8 galères), placée sous le haut commandement du duc de Beaufort, avait appareillé de Toulon le 2 juillet 1664 pour rejoindre les 7 galères de Malte à Minorque, puis débarquer sur le sol africain le 22 juillet.

L’occupation de Gigeri dura trois mois, mais l’expédition mal préparée et mal exécutée (dissensions dans le commandement, incompétence du duc de Beaufort et des diplomates chargés des pourparlers avec l’ennemi, mauvaise organisation des fortifications et du ravitaillement) ne résista pas au renfort que les Turcs fournirent aux Maures : l’ordre d’évacuer la position fut donné, et la retraite avait eu lieu le 31 octobre. Le fiasco se solda par la perte d’un millier et demi d’hommes et d’une centaine de canons. On fit tout en France pour taire et oublier l’humiliation infligée aux troupes du roi. En plein procès de Nicolas Fouquet, Gigeri éclaboussait Louis xiv et Colbert ; mieux valait en parler le moins possible. Bernard Bachelot a fourni une étude très complète de cette catastrophe militaire : Louis xiv en Algérie, Gigeri, 1664 (Monaco, Éditions du Rocher, 2003).

Cette malheureuse campagne fut la principale participation française à la guerre austro-turque de 1663-1664 (v. note [8], lettre latine 242).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 18 novembre 1664, note 2.

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(Consulté le 03/03/2024)

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