Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Grotiana 2, note 21.
Note [21]

Guilielmus Amesius (transcrit Arnesius dans le manuscrit de Vienne, v. note [12] de l’Introduction aux ana de Guy Patin) est le nom latin de William Ames (Ipswich 1576-Rotterdam 1633), théologien anglais dont Jean-Noël Paquot a donné la biographie détaillée dans les Mémoires pour servir à l’histoire littéraire des dix-sept Provinces… (Louvain, 1767, tome 9, pages 404‑420). Ames avait adhéré au puritanisme lors de ses études à Cambridge, et entreprit d’y prêcher sa doctrine avec talent, ce qui lui valut la censure de l’évêque de Londres, qui le priva de tout emploi académique ou sacerdotal. Il préféra s’exiler en Hollande, où les anglicans et le roi Jacques ier de Grande-Bretagne continuèrent à le poursuivre de leur vindicte. Amesius finit par recevoir la chaire de théologie de Franeker en 1622, université dont il devint recteur en 1626. En 1633, il fut appelé à Rotterdam pour diriger le collège que les Anglais venaient d’y ouvrir ; mais peu après, surpris une nuit dans sa chambre par une inondation maritime, il fut saisi d’une fièvre qui l’emporta en quelques jours.

  • Farouche ennemi des arminiens, Amesius le fut aussi de l’Église romaine. Ses nombreux ouvrages ont été réunis dans les :

    Guilielmi Amesii Opera, quæ Latine scripsit, omnia, in quinque volumina distributa ; cum Præfatione introductoria Matthiæ Netheni, S. Teol Doctoris, et in Academia Ultrajectina Professoris, quâ historia vitæ et Scriptorum Amesii breviter enarratur, et harum præstantia atque utilitas ostenditur.

    [Toutes les œuvres que Guilielmus Amesius a écrites en latin, réparties en cinq volumes ; avec une préface introductive de Matthias Nethenus, {a} docteur en théologie sacrée et professeur de l’Université d’Utrecht, où est brièvement relatée l’histoire de la vie et des écrits d’Amesius, et sont montrées leur éminence et leur utilité] ; {b}

  • Le Grotiana faisait allusion au :

    Bellarminus enervatus a Guilielmo Amesio S.S. Theologiæ Doctore in Academia Franekerana. In quatuor tomos divisus, editio nova ab Auctore recognita et multa in locis aucta.

    [Bellarmin {c} dénervé par Guililemus Amesius, docteur en théologie très sacrée de l’Université de Franeker. Divisé en quatre tomes, nouvelle édition revue par l’auteur et augmentée en de nombreux endroits]. {d}

    Paquot en a donné ce commentaire : {e}

    « Cet ouvrage peut être d’un grand service à ceux qui veulent apprendre à peu de frais l’art de chicaner sur toutes choses. La méthode de l’auteur est de rapporter les preuves de Bellarmin, {f} souvent en les tronquant et en choisissant ce qui paraît pouvoir être combattu avec le plus d’avantage ; ensuite, d’y répondre en fort peu de mots. {g} Il a été réfuté par le P. Vite Ebermann, savant jésuite allemand, {h} dans un livre intitulé : Nervi sine mole, sive Bellarmini Controversiæ vindicatæ contra varios, Herbipoli, Christoph. Kucklerus, 1661, in‑4o. {i} Pour entendre ce titre, il faut remarquer que le frontispice de l’ouvrage d’Amesius {d} offre une main sortant des nues, et tenant un cartouche qui renferme le titre du livre, et dont la bordure est un tissu de nerfs, avec ces mots au bas, Moles absque nervis ; {j} on lit au-dessus du cartouche, Non habenti aufertur, quod videbatur habere. {k} Sur quoi, je remarquerai en passant que s’il y aussi peu de force dans les Controverses de Bellarmin qu’Amesius a voulu le persuader, {l} on a lieu de s’étonner que qu’un si grand nombre de protestants, et les plus habiles d’entre eux, aient fait tant d’efforts pour faire tomber cet auteur, sans en être pu {m} venir à bout. »


    1. Théologien réformé allemand (Süchteln 1618-Herborn 1686), ennemi de l’arminianisme.

    2. Amsterdam, Joannes Janssonius, 1658, in‑fo de 712 pages.

    3. Le saint cardinal et théologien jésuite Roberto Bellarmino, mort en 1621, v. note [16], lettre 195.

    4. Amsterdam, Joannes Janssonius, 1629, in‑12, première édition en 1625.

    5. Pages 413‑414.

    6. La riposte d’Amesius était dirigée contre les trois tomes des :

      Disputationes Roberti Bellarmini Politiani, Societatis Jesu, de Controversiis Christianæ fidei, adversus huius temporis Hæreticos. Tribus Tomis comprehensæ….

      [Disputations de Robert Bellarmin, de la Compagnie de Jésus, natif de Montepulciano, sur les Controverses de la foi chrétienne, contre les hérétiques de ce temps. Divisées en trois tomes…]. {a}

      1. Ingolstadt, David Sartorius, 1587-1593, 3 tomes en 8 volumes in‑8o, pour l’une de plusieurs éditions.

    7. Le livre d’Amesius est une interminable suite de courts articles ayant généralement la forme de dialogues entre « Bell. » (Bellarmin) et « Prot. » (le protestant), dont celui-ci donne un exemple (tome ii, livre v, De Purgatorio [Le Purgatoire], chapitre ii, Argumenta Protestantium [Arguments des protestants], § 12‑13, pages 194‑195) :

      12. Protest. Ejus est a culpa resurgere, cujus est in culpam incidere. Sed post hanc vitam animæ fidelium non possunt incidere in culpam. Ergo neque resurgere. Bel. Major est vera tantum in mortalibus. Prot. In venialibus igitur non est eadem via Thebis Athenas, quæ est Athenis Thebas. Est etiam status in quo peccator non potest peccare.

      13. Prot. Peccata omnia remittuntur per pœnitentiam : sed post hanc vitam non est pœnitentia : ergo neque remissio. Bel. In Purgatorio bene potest esse displicentia peccati, ex caritate. Prot. Pœnitentia est tantum in via. Animas autem Purgatorii, negavit modo Bellar. esse in via.

      [12. Protest. C’est à celui qui est tombé dans le péché de se relever du péché. Mais après cette vie, les âmes des fidèles ne peuvent tomber dans le péché ni, donc, s’en relever.
      Bel. La majeure de ce syllogisme n’est vraie que chez les mortels.
      Prot. Pour être pardonné, le chemin qui va de Thèbes à Athènes n’est pas celui qui va d’Athènes à Thèbes. C’est aussi l’état dans lequel le pécheur ne peut pécher.

      13. Prot. La pénitence absout tous les péchés ; mais après cette vie, il n’y a pas de pénitence, et donc pas d’absolution.
      Bel. Au purgatoire, il peut bien exister un déplaisir du péché, par charité.
      Prot. La pénitence ne consiste que dans le chemin à parcourir. Bellarmin a pourtant nié que les âmes du purgatoire puissent cheminer].

    8. « Mort à Mayence le 8 avril 1675. Il était né à Rentweisdorf [Bavière], dans l’évêché de Bamberg, en 1597. Il régenta les belles-lettres, la philosophie et la théologie à Mayence et à Wurtzbourg. Il fut aussi recteur du séminaire de Fulde et publia d’excellents ouvrages de controverse contre Georg Calixte [v. note [11], lettre latine 35], contre Hermann Conring, contre Jean Musæus [v. note [5], lettre latine 315], professeur d’Iéna, etc. » (note de Paquot).

    9. « Les Nerfs sans massue, ou les Controverses de Bellarmin justifiées contre diverses gens » ; Herbipolis est le nom latin de Wurtzbourg, en Bavière.

    10. « La massue sans nerfs [forces] ».

    11. « Il s’emporte sans avoir ce qu’il semblait avoir. »

    12. Le faire croire.

    13. Sic.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Grotiana 2, note 21.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8201&cln=21

(Consulté le 20/02/2024)

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