À Charles Spon, le 7 janvier 1661
Note [22]

V. note [4], lettre 557, pour les « Lettres de Thomas Reinesius à des hommes très illustres, Me Caspar Hofmann et Christoph Adam Rupertus, professeurs bavarois [d’Altdorf], Leipzig, 1660 ».

Pour l’allusion à Charles Spon qui s’y trouve, Guy Patin renvoyait à un passage de la lettre lxvii (pages 597‑598), de Reinesius à Rupertus (v. note [15], lettre 656), datée d’Altenbourg (Westphalie), le 20 janvier 1646 :

Lapidem inscriptum nuper in ruderibus Alesiæ apud Heduos repertum ferunt, in quo deus moritasgus, numen gentis, ne auditum quidem atehac, nominatur : multæ de eo inter eruditos fabulæ. Percontare igitur quæso, adventores e Galliis apud vos de re digna eruditorum cognitione. Cl. Sponius quem aliquando mihi laudabas, Lugduno, si abs Te rogaretur, fortasse satisfaceret desiderio ; spectatur enim lapsis certatim et describitur a quamplurimis ; sed exemplum ad nos necdum pervenit, deum martem augustum in Saxo Nemausense, Diovionense et Genevense nominari scio ; e cujus appellatione minima mutatione exierit corrupta ista, duntaxat illius primæ vocali substituta quarta : Verum nihil dum adfirmo.

[On a, dit-on, récemment découvert dans les fouilles d’Alésia chez les Éduens {a} une pierre gravée avec cette inscription : deus moritasgus, divinité de ce peuple que nul n’a jusqu’ici connue. Bien des fables courent à son sujet parmi les savants. Je vous prie donc de vous enquérir de cette affaire, digne d’instruire les savants, auprès de vos proches qui reviennent de France. Cl. {b} Spon, de Lyon, dont vous m’aviez un jour fait les louanges, satisferait peut-être mon souhait si vous pouviez l’interroger. La pierre a en effet été examinée en tous sens et bien des gens l’ont décrite, mais nous n’en avons encore obtenu aucune reproduction. Je sais qu’on trouve l’inscription deum martem augustum à Orange, Dijon ou Genève, d’où viendrait, par minime corruption, cette dénomination, en ne remplaçant que la quatrième voyelle de la première, {c} mais je n’oserais encore rien en affirmer].


  1. Gaulois peuplant la Bourgogne.

  2. Sic pour Ch. (Charles).

  3. Explication peu claire de l’anagramme hautement hypothétique transformant deum martem A G S [L’auguste Dieu Mars] (au cas accusatif singulier) en deus moritasgus [Le Dieu Moritasgus] (cas nominatif singulier).

    Le site Epigraphica Romana répertorie cette inscription (au cas ablatif singulier), mais sur une plaquette de bronze découverte à Alise-Sainte-Reine en 1910 et sans faire le lien avec l’explication de Reinesius.

    Dans sa Mythologie du Nord éclairée par des inscriptions latines en Germanie, en Gaule et dans la Bretagne ancienne des premiers siècles de notre ère… (Stockholm, P.A. Norstedt, 1892), Frédéric Sander a commenté une autre inscription trouvée à Alésia (page 120) :

    ti. cl. professvs niger omnibvs honoribvs apvd aedvos et lingonas fvnctvs deo moritasgo porticvm testamento poni ivssit svo nomine et ivlae virginalae vxoris et filiavm clvdiae professae et iulianae virgvlae.

    [Titus Cl. Professus Niger, qui s’est acquitté de tous les honneurs parmi les Éduens et les Lingons {i} a ordonné par testament d’édifier un portique au dieu Moritasgus, en son propre nom, et en ceux de son épouse Iulia Virginalia et de ses filles Cludia Professa et Juliana Virgula].

    « Le Deus Moritasgus, auquel est dédiée cette belle inscription, a le même nom qu’un homme des Sénonais {ii} mentioné par César (B. G., v. 54). {iii} Ce n’est pas le dieu qui tire de lui son nom, mais le contraire. Mori-tas-guz signifie littéralement : le célèbre ou le bon père des dieux et des hommes, savoir Odin, germ. Wodan, celt. Tevtates ou Toutates. »

    1. Gaulois de la région de Langres.

    2. Gaulois de la région de Sens.

    3. César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, livre v chapitre 54 : « Cependant les Sénons, nation très puissante et jouissant d’un grand crédit parmi les Gaulois, avaient, en plein conseil, résolu la mort de Cavarinus que César leur avait donné pour roi ; il descendait des anciens chefs du pays, et Moritasgus, son frère, y régnait à l’arrivée de César en Gaule. »


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 janvier 1661. Note 22

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(Consulté le 28.01.2021)

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