À Charles Spon, le 16 novembre 1643
Note [28]

Godefroi Hermant : Seconde Apologie pour l’Université de Paris, imprimée par le mandement de M. le recteur, donné en Sorbonne le 6e d’octobre 1643, contre le livre fait par les jésuites pour réponse à la première Apologie, publié par eux dedans et dehors le royaume, et vendu chez Sonnius à la rue Saint Jacques, au Compas d’or (Paris, sans nom, 1643, in‑8o). Elle suivait l’Apologie du même Godefroi Hermant (v. note [12], lettre 79) et la Réponse au livre intitulé Apologie pour l’Université de Paris, contre le discours d’un jésuite (Paris, sans nom, 1643, in‑8o), du P. Jacques de La Haye, s.j. Le début de la préface donne le ton :

« Mon cher lecteur, l’Université de Paris aurait pu se dispenser de repartir au libelle que les jésuites viennent d’enfanter avec des tranchées si douloureuses, et qui est autant un effet de leur colère qu’un témoignage de leur faiblesse. Véritablement, on ne peut s’étonner assez comment cette Compagnie, qui fait gloire d’obscurcir par sa prudence l’adresse des politiques les plus subtils, a fait voir le jour à un ouvrage qui ne semble être composé que pour faire paraître plus vivement la force de nos preuves par l’opposition de son débile raisonnement ; et pour faire éclater davantage la sincérité de notre modération par la comparaison de sa violence que tant de faussetés, d’injures et de calomnies rendent odieuses à toutes les personnes désintéressées. etc. »

Dans ses Mémoires, Hermant (tome i, chapitre xxii, pages 195‑199, Entreprise des jésuites sur les privilèges de l’Université de Paris. Elle se défend par une apologie) a exposé, beaucoup mieux que bien d’autres, les motifs de la querelle entre la Sorbonne et les jésuites :

« Dans le temps même que M. Habert causait un si grand scandale par ses prédications, {a} les jésuites, qui voulaient profiter de l’occasion et du crédit qu’ils avaient à la cour, formèrent une entreprise beaucoup plus hardie que tout ce qu’ils avaient fait depuis longtemps, mais qui, ne leur ayant pas réussi, n’a servi qu’à irriter un Corps célèbre dont ils avaient juré la perte. Leur Collège de Clermont avait été jusqu’alors comme une place frontière au milieu de l’Université de Paris, à qui il n’était presque plus resté que la seule jouissance de ses privilèges et de ses degrés depuis l’institution de leur Compagnie. Elle n’était plus en état de compter jusqu’à près de quatre-vingt mille écoliers, comme elle faisait au milieu du dernier siècle. {b} Car, comme ils avaient obtenu de temps en temps un très grand nombre de collèges dans la plupart des bonnes villes du royaume sous prétexte d’enseigner gratuitement la jeunesse, ils avaient empêché par ce moyen les petits ruisseaux de se réunir à la source, et les provinciaux avaient cessé pour la plupart d’envoyer leurs enfants étudier à l’Université de Paris, par la commodité qu’ils avaient de les faire instruire chez eux sans s’engager dans une grande dépense. On avait aussi cessé d’y voir depuis ce temps-là cet incroyable concours de toutes sortes de nations étrangères qui y venaient autrefois de tous les endroits de l’Europe parce que les jésuites s’étaient emparés de la plupart des universités catholiques, particulièrement en Allemagne et en Pologne. Ils avaient retenu par leurs intrigues les étrangers que l’hospitalité française avait attirés en foule dans la capitale de ce royaume jusqu’au temps de leur établissement. Car on sait que l’accroissement de Paris doit être principalement attribué à l’éclat que son Université a conservé depuis plusieurs siècles […].
C’est ce qui avait obligé souvent les suppôts de cette fameuse Université de faire des remontrances pour empêcher la multiplication des collèges des jésuites ; mais leurs intrigues {c} à la cour les {d} avaient mis hors d’état d’être écoutés favorablement, et les peuples, qui se laissent éblouir par la nouveauté, s’étaient eux-mêmes imposé le joug de la domination de ces pères en les demandant pour l’instruction de la jeunesse. Leur retour dans le Collège de Clermont y avait attiré par la suite de leurs intrigues un si grand nombre d’écoliers qu’après avoir étendu et élevé leurs bâtiments, ils se trouvaient encore renfermés dans des bornes trop étroites. C’est ce qui les avait portés à entreprendre sur les collèges du voisinage pour les réunir au leur. »


  1. En 1643, contre l’Augustinus de Jansenius, v. note [50], lettre 101.

  2. Le xvie s.

  3. Les intrigues des jésuites.

  4. Les suppôts de l’Université.

Tel fut le germe qui mena à la rédaction de l’Apologie de Godefroi Hermant :

« L’on y fit voir que l’entreprise des jésuites pour l’usurpation de ses privilèges était dangereuse à la religion, qu’elle était préjudiciable à l’État et qu’elle tendait à l’entière ruine de l’Université de Paris. Ce petit écrit fit un grand effet. L’importance de la matière fit ouvrir les yeux à des personnes de toutes sortes de conditions, et les jésuites en eurent un si grand dépit qu’ils cherchèrent toutes les occasions de se venger de l’auteur, après avoir voulu déchirer sa réputation par leurs injures » (ibid. page 199).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1643. Note 28

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(Consulté le 12.11.2019)

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