Autres écrits : Leçons de Guy Patin au Collège de France (1) : sur le Laudanum et l’opium
Note [28]

Guy Patin venait d’employer, pour la seule et unique fois dans notre édition, le mot suppositoire (suppositorium). Thomas Corneille l’a défini comme un :

« médicament solide, arrondi et fait en pyramide, qui est destiné pour le fondement. Il est de la grosseur et de la longueur du petit doigt, et composé de choses qui servent à lâcher le ventre. On en donne pour plusieurs autres fins, soit quand le malade a trop peu de force, ou qu’on n’a pas le loisir d’apprêter un lavement, soit pour faire rendre ceux que l’on garde trop longtemps. On s’en sert aussi pour les affections soporeuses ou pour dissiper les vents, ou lorsque quelque descente de boyaux ou d’autres incommodités du siège ne permettent pas les lavements. Il y a deux sortes de suppositoires : l’un facile à préparer et fort familier à la campagne ; il se fait de la racine ou de la tige de mauve, de bette, d’arroche, de chou, ou de mercuriale, ointe de beurre salé, de savon blanc et de farine cuite dans de l’eau et du sel, ou d’une chandelle de cire ointe d’huile ; celui-là est propre pour les enfants ; l’autre se fait de miel cuit en consistance solide, auquel on ajoute quelquefois un peu de sel, et quelquefois des poudres purgatives suivant la force qu’on lui veut donner et la nécessité qu’en a le malade. Si les matières sont trop fermes, ou que la faculté expultrice soit trop assoupie, on doit recourir à la poudre de hière, {a} à la scammonée, à l’ellébore, et quelquefois à l’euphorbe. Comme l’usage excessif des médicaments âcres et corrosifs peut exulcérer {b} l’anus, il faut garder la médiocrité {c} autant que l’on peut, en ne mettant au suppositoire que de la poudre d’hière picre, ou d’aloës, ou d’agaric, avec le sel commun, à moins qu’une puissante nécessité n’oblige d’avoir recours à des médicaments plus forts. Les Latins appellent un suppositoire balanus, du grec balanos, gland, parce qu’il était fait autrefois en forme de gland. Le mot de suppositoire a été fait du latin sub, sous, et de ponere, mettre. »


  1. V. note [5], lettre latine 449, pour la hière picre.

  2. Ulcérer superficiellement.

  3. Modération d’effet.

V. note [5], lettre latine 317, pour les quatre éditions (1596-1664) des six, puis sept livres « sur la Narration médicale étonnante » de Marcello Donati. La référence précise que donnait ici Guy Patin renvoie à la page 404 de la dernière édition, qui porte le titre abrégé de Gregorii Hostii του μακαριτου Marcellus Donatus. Editio Nova æneis tabulis, et variorum a fascino ortorum morborum enarratione et curatione aucta [Le Marcellus Donatus de feu Gregor (ii) Horst (mort en 1636, v. note [33], lettre 458). Nouvelle édition, augmentée de gravures sur cuivre, ainsi que de la description et du traitement des maladies provoquées par maléfice] (Francfort, Hieronymus Polichius, 1664, in‑8o). La compilation des Exempla eorum qui opio perierunt [Exemples de ceux qui ont péri par l’opium] y occupe les pages 404‑407 du livre iv. On peut en déduire avec certitude que Patin a, au plus tôt, dicté sa leçon en 1664 ; à moins que son copiste ne l’ait amendée, mais cela me semble moins probable. V. infra note [49], pour un autre indice sur la date plausible de cette leçon.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Leçons de Guy Patin au Collège de France (1) : sur le Laudanum et l’opium. Note 28

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8129&cln=28

(Consulté le 21.10.2019)

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