À Charles Spon, le 22 août 1645
Note [3]

« Instruisez-vous par l’exemple de Justina, instruisez-vous, mères, pour ne pas marier votre à un fou. » Avec matres pour patres, ce sont les deux derniers vers d’une épigramme que Jean-Louis Vivès (Juan Luis Vives) a mise dans son De Institutione feminæ christianæ [L’Éducation de la femme chrétienne] (livre i, § 148) :

Immitis ferro secuit mea colla maritus
Dum propero nivei solvere vincla pedis,
Durus et ante thorum quo nuper nupta coivi,
Quo cecidit nostræ virginitatis honos.
Nec culpa meruisse necem bona numina testor ;
Sed iaceo fati sorte perempta mei.
Discite ab exemplo Iustinæ, discite patres,
Ne nubat fatuo filia vestra viro
.

[Un cruel mari m’a tranché le cou tandis que je me hâtais de relacer mon pied blanc ; sans pitié et devant le lit de noces où je venais de coucher avec lui et de perdre l’honneur de notre virginité. Nulle faute pourtant ne m’avait mérité cette mort, j’en prends les dieux pour témoins ; mais me voici à terre, victime de mon destin. Instruisez-vous par l’exemple de Justina, instruisez-vous, pères, pour ne pas marier votre fille à un fou].

Vivès (Valence 1492-Bruges 1540) fit ses études à Paris, puis se rendit à Louvain et s’y lia avec Érasme. Sous sa direction, Vivès se perfectionna dans les langues grecque et latine. Il professa ensuite les belles-lettres à Louvain, fut appelé en Angleterre pour y exercer les fonctions de précepteur de la princesse Marie, fille d’Henri viii. Ce roi jeta Vivès en prison parce qu’il avait osé désapprouver son divorce d’avec Catherine d’Aragon. Libéré au bout de six mois, Vivès alla s’établir à Bruges. Il occupe une place distinguée parmi les philosophes érudits qui vers la fin du xvie s. sapèrent dans ses fondements l’influence des scolastiques et donnèrent une vive impulsion à l’étude de la littérature classique. Il formait avec Érasme et Budé ce qu’on nommait le triumvirat dans la république des lettres : Budé était l’esprit, Érasme la parole et Vivès le jugement (G.D.U. xixe s.). De nos jours, Bruges honore toujours la mémoire de Vivès par une statue placée dans l’un de ses plus charmants jardins.

En novembre-décembre 1658, Charles Spon et Guy Patin ont échangé sur la mort de l’épouse de leur collègue Lazare Meyssonnier (dont les nom et prénom nous sont inconnus).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 août 1645. Note 3

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(Consulté le 06.03.2021)

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