À Charles Spon, le 22 février 1669
Note [3]

Molière avait représenté les trois premiers actes de Tartuffe ou le faux dévot à Versailles devant le roi le 12 mai 1664, puis, la pièce entière et achevée en cinq actes, au Raincy, devant le Grand Condé, le 29 novembre suivant. V. notes [2], lettre 936, pour Gabriel de Roquette, modèle possible du personnage de Tartuffe, et [2], lettre 963, pour le personnage de Montufar, dans Les Hypocrites, nouvelle de Paul ii parue en 1655.

Le parti des dévots s’était alarmé du contenu de l’œuvre et avait fait intervenir la Compagnie (secrète) du Saint-Sacrement (v. note [7], lettre 640) pour en obtenir l’interdiction (v. note [6], lettre 777). Louis xiv n’en avait pas moins donné une permission verbale de la jouer.

Molière ayant atténué sa pièce par quelques modifications du texte et des personnages, la première représentation publique avait eu lieu à Paris, au Palais Royal, le 5 août 1667, sous le titre de Panulphe ou l’Imposteur. Dès le lendemain, le premier président de Lamoignon avait interdit qu’on la jouât de nouveau, disant que « ce n’était pas au théâtre à se mêler de prêcher l’Évangile ».

Le 11 août, l’archevêque de Paris, Beaumont de Péréfixe, avait publié un mandement interdisant de lire ou d’entendre L’Imposteur sous peine d’excommunication. Les dévots triomphèrent. Quand leur influence eut baissé, Louis xiv autorisa de nouveau la pièce qu’on rejouait alors au Palais-Royal, sous son titre original, depuis le 5 février 1669. La première édition imprimée de Tartuffe ou l’Imposteur parut, aux dépens de l’auteur, en 1669 (Paris, Jean Ribou, in‑12) (Georges Mongrédien).

Raoul Allier a consacré le chapitre xix de sa Cabale des dévots au Tartuffe et à l’acharnement de la Compagnie du Saint-Sacrement, alors en déclin, pour obtenir sa censure.

En 1637, Richelieu avait fait ériger une salle de théâtre sur une aile du Palais-cardinal (depuis théâtre du Palais-Royal, v. note [33], lettre 104), en vue de briser le monopole de l’hôtel de Bourgogne (v. note [46], lettre 516).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 février 1669. Note 3

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(Consulté le 08.02.2023)

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