Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : v
Note [3]

Jean Fernel a parlé des perles en trois endroits de sa Thérapeutique universelle (édition française de Paris, 1655, v. note [1], lettre 36).

  • Livre iv, chapitre iii, Des saveurs (pages 235‑236) :

    « La saveur aigre pénètre aussi le goût et le frappe par sa ténuité ; {a} mais sans aucun sentiment de chaleur. Telle est celle que l’on trouve au vinaigre, au suc de citron, de quelques pommes de grenade et de quelques coings. Elle coule d’une matière déliée et sèche, de laquelle ou la chaleur naturelle s’est évaporée par la pourriture, comme dans le vinaigre, ou la froide intempérie, dès son origine, accompagne sa ténuité, comme aux autres dont j’ai fait mention. C’est pourquoi ce qui est aigre ne cède point à ce qui est âcre {b} en force de pénétrer et d’inciser, voire n’y a-t-il rien de plus puissant à cela que le vinaigre, principalement s’il est vieux ou fait par distillation, car il dissout les métaux, comme le suc de citron, les perles ; mais étant mis extérieurement, il ne dissout ni ne dissipe pas, comme fait ce qui est âcre ; au contraire, il repousse et retient les fluxions plus puissamment que ce qui est froid et astringent, car il porte plus avant la force de la froideur. »


    1. La ténuité est le caractère de ce qui est mince et délié ; elle caractérise le goût agréable du vinaigre, en dépit de son aigreur.

    2. Nuance entre le goût en bouche de ce qui est aigre (acide) et de ce qui est âcre (piquant, brûlant).

  • La deuxième citation montre en outre que, dans ses deux précédentes observations, sur les remèdes cardiaques et sur l’os de cœur de cerf et la corne de licorne, Guy Patin n’a pas suivi Fernel car, en dépit de toute l’admiration qu’il avait pour cet auteur, il lui reprochait son penchant pour les qualités occultes des médicaments (v. notes [7], lettre 3, [8], lettre 512 et [14], lettre 995) ; elle vient du livre v, chapitre xxi, Des médicaments qui chassent les affections du cœur, appelés cardiaques (page 424) :

    « Les médicaments froids qui fortifient le cœur sont tels. L’os qui se trouve au cœur du cerf fortifie le cœur de l’homme par quelque ressemblance de substance ; il est particulièrement utile à l’affection cardiaque et à la syncope ; en sa place, on use de la corne du cerf pour les mêmes usages. On tient que la corne de licorne est excellente pour la conservation du cœur, qu’elle émousse toute la force du venin et qu’elle adoucit le ravage des maladies pestilentes. L’ivoire, froid et sec au premier degré, conserve la force du cœur et aide à la conception. L’or est extrêmement tempéré, ses feuilles sont efficaces pour fortifier la nature propre aux affections mélancoliques, aux faiblesses d’estomac, maux de cœur et tristesses sans sujet. L’argent est froid et humide modérément, il suit les forces de l’or, mais il a toutefois quelque malignité métallique. Les perles sont froides et sèches ; celles qui sont entières valent le mieux ; elles ont la propriété de fortifier le cœur, font passer la syncope, résistent à la pourriture qui assiège le cœur, à la peste et aux venins. »

  • Dans le même chapitre, Fernel a donné la composition du manus Christi (page 427) :

    « Prenez corne de cerf et de licorne, perles luisantes, limaille d’ivoire, de chacun six grains ; soit faite poudre fort déliée, pour prendre avec la cuiller, étant délayée dans eau de buglose {a} et vin blanc. Avec deux drachmes de cette poudre, que l’on met dans trois onces de sucre blanc délayé dans eau de rose, on forme des tablettes qu’on appelle manus Christi ; on y mêle aussi quelquefois un peu d’électuaire de gemmis ou d’ambræ, quelquefois aussi un peu d’ambre. »


    1. V. note [2] de l’observation ix.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : v. Note 3

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8158&cln=3

(Consulté le 05.02.2023)

Licence Creative Commons