À Hugues de Salins, le 22 février 1667
Note [30]

« à la louange d’Aristote. » Le chapitre iii du livre i de l’Anthropographie de Jean ii Riolan (v. note [25], lettre 146) est intitulé Jugement de l’auteur touchant les œuvres anatomiques d’Aristote, avec cet éloge (Les Œuvres anatomiques de Me Jean Riolan…, 1629, pages 48‑49). :

« Il est très certain qu’Aristote, vrai miracle de la nature, a été doué d’une subtilité d’esprit transcendante et incomparable, selon la façon de parler de Pline ; le seul père de toute la sagesse humaine, au jugement de Scaliger, et comme le dieu tutélaire de ceux qui ont le mieux philosophé ; lequel Platon a honoré du nom de l’intelligence de son Académie et de celui de philosophe de la vérité ; pour qui Cicéron rend cet avantageux témoignage qu’il ne fut jamais homme si docte, jamais homme si subtil et en un mot, jamais homme qui ait tant travaillé en la recherche et jugement des choses. Ammonius, en sa Vie, tient qu’il a surpassé toute la sagesse du monde. Averroès, {a} au comment. 14e du 3e liv. de l’Âme, assure qu’il a été une règle et un prototype duquel la Nature s’est voulu servir pour faire parade de la dernière perfection des choses d’ici-bas ; et au livre de la Struct. disput. 3e particule 13e, il dit que l’entendement d’Aristote a été la fin et le but de l’entendement humain, c’est pourquoi on ne dit pas mal à propos qu’il nous a été donné par un coup de la divine Providence afin que nous ne soyons pas ignorants de ce que l’on peut apprendre ; et en un autre endroit, il remarque que cinq cents ans ont passé depuis le temps d’Aristote, mais que, pour cela, {b} personne n’a su reconnaître la moindre faute en ses œuvres. Louons Dieu (dit Averroès) qui a relevé cet homme en perfection au-dessus des autres, voire tellement accompli en toutes sortes de perfections qu’il n’y a homme qui puisse jamais parvenir à rien de semblable. Après avoir rendu tant de témoignages en faveur de la doctrine de ce grand philosophe, je m’en vais maintenant faire voir qu’en la médecine, mais par exprès {c} en l’anatomie, il a, aussi bien qu’en toute la philosophie, surpassé tous ceux qui en ont jamais écrit, afin que désormais on ajoute plus de croyance à ses écrits, quoi que Du Laurens puisse avoir dit au contraire. »


  1. V. note [51] du Naudæana 1.

  2. En dépit de cela.

  3. Particulièrement.

Ce panégyrique est un témoignage supplémentaire de la foi aveugle que Riolan vouait aux savants de l’Antiquité gréco-romaine, consacrant toute son énergie à prouver qu’ils ne s’étaient pas trompés, mais que, tout au plus, on avait pu mal les comprendre. Cela lui fit rejeter avec horreur toutes les nouveautés anatomiques de son époque, en tout premier les circulations du sang et de la lymphe. Guy Patin, son héritier spirituel, partageait ses idées avec un entrain changeant : il oscillait entre la pleine adhésion et le piteux désintérêt, jugeant que ces découvertes, même exactes, n’avaient pas de conséquence sur la manière de soigner.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 22 février 1667. Note 30

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0901&cln=30

(Consulté le 06.05.2021)

Licence Creative Commons