Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit
Note [35]

Triades 64‑65.

  1. Citation d’une lettre de saint Jérôme à Eustochium : {a}

    « “ Cependant, pour ne pas avoir l’air de ne discourir que des femmes, fuis ces hommes que tu auras vus enchaînés, avec leur chevelure féminine, contre les préceptes de l’Apôtre, {b} leur barbe de bouc, leur manteau noir, les pieds nus pour souffrir du froid : manifestations du démon que tout cela. Tels furent jadis Antimus et naguère Sophronius, dont Rome s’est lamentée. {c} Ils ont pénétré dans les maisons des nobles, ils ont séduit des femmelettes chargées de péchés, feignant d’étudier toujours sans jamais parvenir à la science de la vérité {d} ; ils simulent l’ascétisme ; leurs jeûnes semblent longs, mais ils les font ainsi durer en mangeant subrepticement la nuit. J’ai honte de dire le reste, de peur de paraître invectiver plutôt que mettre en garde ” (saint Jérôme, tome i, page 147).

    “ Corde à nœuds, pieds nus, fourbe capuchon : voilà les trois choses qui mènent les frères va-nu-pieds en enfer. ” » {e}


    1. Lettre xxii, Hieronymus ad Eustochium , {i} de custodia virginitatis [sur la conservation de la virginité] (écrite en 384), colonnes 181‑182 des :

      Sancti Hieronymi Stridonensis Opera omnia, quæ reperiri poterunt ex antiquis exemplaribus diligentia et labore Mariani Victorii Reatini, Episcopis Amerini emendata, atque argumentis et scholiis illustrata. Quibus accesserunt hac editione præter Sophronii Græcam interpretationem libri de Scriptoribus Ecclesiasticis, Henrici Gravii eruditissimæ annotationes in Epistolas, itemque variorum locorum ex manuscriptis codicibus emendationes. Adiecta est operis initio Vita sancti Hieronymi olim falso ab aliis velata, quam quidem Victorius ex eius scriptis collectam primus edidit. Indices item locupletissimi novo quodam modo veluti summa quædam operis ordinati ab eodem Victorio contexti et compositi.

      [Toutes les Œuvres qu’on peut trouver de saint Jérôme de Stridon. Les soins et les travaux de Marianus Victorius, natif de Rieti, évêque d’Amelia {ii} les ont tirées des anciennes éditions, corrigées, et éclairées d’explications et de notes. À cette édition, outre la traduction du livre grec de Sophrone {iii} sur les Écrivains ecclésiastiques, ont été ajoutées les très érudites annotations d’Henricus Gravius {iv} sur les Lettres, ainsi que des corrections tirées d’anciens recueils manuscrits ; avec, au début de l’ouvrage, la Vie de saint Jérôme, que d’autres ont faussement voilée, mais que ledit Victorius a tirée des écrits de Jérôme et mise au jour pour la première fois. Il a aussi composé et agencé de très riches index, selon un ordre nouveau, qui sert de résumé à l’ouvrage]. {v}

      1. De Jérôme (v. note [16], lettre 81) à Eustochium, ou Eustochia (Rome 368-Bethléem 419), sainte vierge chrétienne qui, avec sa mère, sainte Paule, rejoignit Jérôme en Palestine ; Paule et sa fille fondèrent un monastère à Bethléem.

      2. Mariano Vittori, natif de Rieti (Latium), mort en 1572, évêque d’Amelia (Ombrie).

      3. Saint Sophrone dit le Sophiste, patriarche de Jérusalem mort en 638, après la prise de la ville sainte par Omar, deuxième calife et commandeur des croyants.

      4. Henri de Grave (Hendrik de Grauwe, Louvain 1536-Rome 1591), professeur de théologie à Louvain, puis bibliothécaire du pape Sixte Quint.

      5. Paris, Association des libraires, 1609, in‑fo en deux parties de 1 657 et 268 colonnes.

    2. Saint Paul, Première Épître aux Corinthiens (11:14) :

      « La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter les cheveux longs, tandis que c’est une gloire pour la femme de les porter ainsi ? »

    3. Types de moines scandaleux, qui n’ont apparemment pas d’autre célébrité que celle que leur a conférée Jérôme.

    4. Paul, Seconde Épître à Timothée (3:6‑7), parlant de ceux qui ont « les apparences de la piété » :

      « Ils sont bien du nombre, ceux qui s’introduisent dans les maisons et envoûtent des femmelettes chargées de péchés, entraînées par toutes sortes de passions et qui, toujours à s’instruire, ne sont jamais capables de parvenir à la connaissance de la vérité. »

    5. Guy Patin a cité ces vers anonymes, contre les capucins (franciscains), à la fin de sa lettre du 17 juillet 1657 à Charles Spon (v. sa note [46]).

  1. L’exergue latin de cette triade est une visant la tiare pontificale : {a}

    « Ce que croit l’aruspice romain. {b}

    En se ceignant le front d’une triple couronne, {c} le pape s’attribue l’empire du ciel et de la terre, et celui de l’enfer. »


    1. Ce distique est cité à lapage 48, chapitre xvi, De Regio Mediatoris Christi munere [La charge royale du Représentant du Christ], d’un virulent ouvrage protestant intitulé :

      Elenchus Orthodoxus Pseudo-Religionis Romano-Catholicæ. Plurimos et gravissimos errores moderni Papatus, de præcipuis Christianæ Religionis capitibus, sic percensens, ut inde necessitas ejus deferendi et abrogandi, ac reformandæ ab eodem Ecclesiæ, sat omnibus appareat. Oppositus Papatui in Clivia, ab Johanne Acronio Frisio Ecclesiastice Clivio-Wesaliensi.

      [Répertoire orthodoxe de la pseudo-religion catholique romaine : en dénombrant les multiples et très lourdes erreurs de la papauté moderne sur les principaux chapitres de la religion chrétienne, il fait suffisamment voir à tous la nécessité de l’abattre et abroger, et qu’elle doit réforme son Église. Johannes Acronius, ecclésiastique de Clèves en Westphalie l’y a dressé contre la papauté].

      Il y est cité en conclusion de ce paragraphe (page 47) :

      Quid autem Papa ? Is qui nec virtute majorum, nec pietatis honestatisque propriæ laude commendabilis unquam vere fuit, anne quid humile aut mediocre de se prætendit ? Imo an non fastigium Ecclesiæ dudum occupavit, non merito suo, sicut Christus, sed astu primum, ac dein scelere, vi, atque tyrannide, ut historiæ omnes attestantur ? An non se caput Ecclesiæ, ac Monarcham, et Dominum universorum proterve jactat, et sibi plenitudinem postestatis super omnia confidenter adscribit ? Atque hac Majestate fretus, quicquid fere uspiam authoritatis Christo Scriptura vendicat, id omne sibi iste impudenter arrogat. Habet enim Christus omnem potestatem in cælo et terra.

      [Pourquoi donc un pape ? Pourquoi cet homme, que n’ont jamais vraiment recommandé ni la vertu de nos ancères, ni la gloire de sa piété et honnêteté personnelles, ne se montre-t-il pas plus humble et modeste ? Et même, n’a-t-il pas depuis quelque temps occupé le faîte de l’Église non pas pour son propre mérite, comme fit le Christ, mais d’abord pour sa fourberie, puis pour ses crimes, sa violence et sa tyrannie, comme en attestent quantité de récits ? Ne se targue-t-il pas impudemment d’être chef de l’Église, monarque et maître de l’univers, et ne s’arroge-t-il pas résolument la plénitude du pouvoir sur toutes choses ? Et confiant en sa majesté, ce personnage s’accapare effrontément de presque tout ce que l’Écriture attribue partout au Christ, car c’est bien le Christ qui possède la toute-puissance sur la terre comme au ciel].


      1. Johannes Acronius (1565-1627) théologien calviniste frison.

      2. Daventer, Sebastianus Warmbold, 1615, in‑4o de 152 pages.

    2. Ce titre, qui ne figure pas dans le livre d’Acronius, qualifie le pape d’aruspice, mot dont le sens n’a pas évolué depuis le xviie s. (Furetière) :

      « sacrificateur romain qui prédisait l’avenir en examinant la qualité des entrailles des bêtes sacrifiées. La superstition des païens a été jusqu’au point d’ajouter foi aux augures et aux aruspices. On avait réduit en art l’aruspicine, ou cette manière de deviner. Ce mot vient de haruga, qui signifiait “ les entrailles des victimes ”, et aspicere, “ regarder, considérer. ” »

    3. La tiare et clefs sont (ibid.) :

      « les marques de la dignité papale. La tiare est celle de son rang, et les clefs, celle de sa juridiction ; car dès que le pape est mort, on représente ses armes avec la tiare seulement, sans les clefs. L’ancienne tiare était un bonnet rond, élevé et entouré d’une couronne. Boniface viii {i} fut le premier qui en ajouta une autre, lorsqu’il s’attribua un droit souverain sur les domaines temporels. Enfin, Benoît xii {ii} y en ajouta une troisième après avoir décidé que l’autorité pontificale s’étendait sur les trois Églises : la militante, la souffrante et la triomphante. ».

      1. Pape de 1294 à 1303, v. note [40] du Grotiana 2.

      2. Pape de 1334 à 1342 (v. même note [40]).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit. Note 35

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(Consulté le 08.08.2022)

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