Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : ii
Note [40]

Cette observation, lassante par la répétition, le dogmatisme et la tautologie de ses arguments sans nuances, n’appartient pas au meilleur de ce qu’a écrit Guy Patin, mais rien n’autorise à lui en renier la paternité.

Comme j’ai dit dans la note [10] supra, Eusèbe Renaudot s’est montré nettement plus lucide et convaincant que Patin. Les trois premiers paragraphes de son Antimoine justifié (Paris, 1653, v. note [21], lettre 312) en attestent éloquemment (pages 1‑3) :

« Un grand orateur ayant été trouvé à l’écart, méditant sur une matière importante de laquelle il devait traiter devant les Athéniens, répondit à celui qui lui demandait la cause de cette retraite et de sa mélancolie, qu’elle procédait de la difficulté qu’il avait à retrancher de son discours tout ce qui pourrait être désagréable à ses auditeurs. {a}

Dans celui que j’ai entrepris de vous faire pour justifier l’antimoine contre les accusations qui lui ont été suscitées depuis quelque temps qu’on le poursuit avec une animosité démesurée, je suis en la même peine : je voudrais n’y employer rien qui pût déplaire à mes lecteurs ; mais je dois d’autant moins m’attendre à ce bonheur qu’il est impossible de pouvoir contenter également tant de différents goûts ; notamment sur un sujet où la plupart sont déjà prévenus de divers sentiments, comme ceux que j’ai à entretenir de ce minéral, à présent la pierre de scandale de notre médecine. En laquelle, l’ennemi commun étant venu jeter la pomme de division, aussi bien que dans l’Église et l’État, {b} il s’y est naguère formé deux puissants partis : dont l’un a dénoncé la guerre à l’antimoine et tâche de le décréditer comme un poison fatal à notre vie ; l’autre prend les armes pour combattre cette faction en faisant voir qu’il est un singulier et innocent remède, étant judicieusement employé. Et comme cette contrariété d’opinions, qui n’a toutefois encore pu faire jusqu’à présent aucun divorce dans les esprits, sur lesquels un ancien poète grec assure qu’il est quelquefois bon de contester, {c} se trouve en des personnes également recommandables par leur savoir et expérience, et nourris du même lait d’une saine doctrine et sous une même mère qui les reconnaît tous pour ses vrais et légitimes enfants. Cette seconde considération est une puissante remore {d} à l’avancement de mon dessein et il faut avouer que c’est un coup de maître de pouvoir si bien dresser cette apologie que ceux des nôtres qui se sont portés dénonciateurs contre l’antimoine n’y trouvent rien qui les puisse justement irriter.

Je leur déclare néanmoins que j’y procéderai avec toute la modération et la retenue que me pourra permettre la nature du sujet que je traite, bien que l’auteur qu’ils ont mis en besogne {e} n’ait pas fait le semblable en la satire qu’il a composée contre ce remède et ceux qui s’en servent ; dans laquelle il a si mal pris ces mesures qu’elle n’a pu même recevoir l’approbation entière ce ceux qui semblaient être engagés en ce parti. »


  1. « Plutarque en la vie de Phocion » (note marginale de Renaudot).

  2. Guerres de Religion et querelles du jansénisme.

  3. « Αγαθη δ’ ερις ηδε βροτοισιν, Hesiod. » [Cette rivalité est bonne pour les mortels, Hésiode (Les travaux et les jours, vers 24)] (note marginale de Renaudot).

  4. Un puissant frein.

  5. Claude Germain, auteur de l’Orthodoxe ou de l’abus de l’antimoine… (Paris, 1652, v. note [2], lettre 276), ouvrage auquel répondait le livre de Renaudot.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : ii. Note 40

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(Consulté le 23.09.2020)

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