À Claude II Belin, le 12 décembre 1651
Note [2]

Orthodoxe ou de l’abus de l’antimoine, dialogue très nécessaire pour détromper ceux qui donnent ou prennent le vin et poudre émétiques. Où il est prouvé par raisons tirées de l’ancienne et nouvelle médecine, ou chimie, que ces préparations ne peuvent ôter à l’antimoine ses qualités vénéneuses. Qu’on n’appelle point cet Art ce qu’il ferait de hasard, mais ce qu’il aura appris de la lecture des Anciens, autrement nous sommes plutôt exposés au danger si nous nous soumettons à des volontés si incertaines. Cassiodore livre 6e des Diverses en la Formule du Premier Médecin. Composé par Me Claude Germain, docteur régent de la Faculté de médecine à Paris (Paris, Thomas Blaise, 1652, in‑4o de 442 pages ; Medic@) ; avec une Table des matières contenues en ce livre ; le privilège du roi est daté du 4 décembre 1651 et l’approbation des docteurs de la Faculté, signée par Jean Merlet et René Moreau, du 8 avril 1652 [v. note [9], lettre 311]).

Claude Germain, natif de Paris, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1632, plus tard archiatre de la reine de Pologne (Baron), prenait la plume au nom de la Faculté pour répondre longuement à La Science du plomb sacré des sages… de Jean Chartier (v. note [13], lettre 271). L’ouvrage dédié à Nicolas Fouquet, « chevalier, vicomte de Melun et de Vaux-le-Vicomte, conseiller ordinaire du roi en ses conseils et son procureur général », a la forme d’une conversation entre trois personnages, Orthodoxe (le défenseur de la bonne doctrine), Philiatre (celui qui aime la médecine) et Philalèthe (celui qui aime la vérité), également ennemis de la chimie médicale et de l’antimoine. Leur discussion est divisée en quatre entretiens où ils se renvoient complaisamment la balle :

« Au premier, il est prouvé que le violent vomitif est d’un très dangereux usage aux fièvres continues. Au second, qu’il n’est pas même nécessaire aux fièvres intermittentes. Au troisième, la nouvelle médecine de Paracelse et des chimistes, après un diligent et fidèle examen, est réfutée ; et montré que Paracelse et les meilleurs chimistes n’ont jamais mis en usage le vomitif d’antimoine pour la guérison de ces fièvres. Au quatrième, les vertus de l’antimoine, propres ou acquises par les préparations qu’on lui donne aujourd’hui, sont à plein découvertes, reconnues et condamnées de poison ; et enfin, il est suffisamment répondu aux points les plus principaux du livre intitulé La Science du plomb sacré des sages. »

La citation de Cassiodore mise dans le titre donne le ton de l’ouvrage. Suit un sonnet signé Jacques Pousset (avocat au Parlement de Paris originaire de Montauban, 1620-1685) :

« Germain, ton grand savoir éclate en ce traité
Qui vient chasser l’erreur de la nouvelle École ;
L’antimoine est par terre, et dessus ta parole
L’on [n’]y fondera plus l’espoir de la santé.

Trop longtemps le malade en parut enchanté ;
Mais tu romps aujourd’hui ce charme si frivole,
Ton nom va faire bruit de l’un à l’autre pôle,
Et partout où ton art a de la dignité.

Ce plomb, le dieu des dieux, comme quelqu’un l’appelle,
N’a trouvé qu’un Chartier armé pour sa querelle,
Tu n’en auras pas moins de gloire à triompher.

Quel est cet ennemi qui vient tirer de terre
Cet homicide plomb pour nous faire la guerre ?
N’était-ce pas assez qu’on en eût pris le fer ? »

La suite est une réfutation point par point, bavarde et ennuyeuse, des arguments historico-scientifiques développés par Jean Chartier en faveur de l’antimoine. L’attention du lecteur moderne s’éveille pourtant page 429 où l’on retrouve, avec ses quatre vers, la gravure du hibou de Khünrath qui ornait le début et la fin de La Science du plomb sacré des sages… (v. note [13], lettre 271).

Philiatre y réplique (pages 430‑431) :

« Il semble même que le puissant génie de la vérité l’ait conduit {a} pour lui faire amende honorable, l’ayant contraint de mettre en tête et à la fin de son ouvrage cet oiseau malheureux avec la croix, les torches, les chandeliers, les cierges qui sont les enseignes des funérailles, afin de nous faire connaître les mortelles suites de son vin émétique.

Enfin sans y penser ton faible jugement
Fait voir la vérité dans son aveuglement :
Ce bizarre hibou dépeint dans ton ouvrage,
Malgré tous tes projets, nous montre cuidemment
Des malheurs de ton art le sinistre présage.

Cet emblème emprunté te va faire grand tort,
Cet oiseau, tout couvert des armes de la mort :
Torches, cierges et croix, chandeliers, luminaire
Sont les tristes témoins du lamentable effort
Que, par le plomb sacré, ton funeste art sait faire.

Ta folle vanité qui croît avec tes ans
Présume d’arriver au but que tu prétends,
Et renverser nos lois pour dépeupler la Terre.
Petit fils du Soleil, le dessein que tu prends,
Comme un jeune Chartier, doit craindre le tonnerre »


  1. Ait conduit Chartier.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 12 décembre 1651. Note 2

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(Consulté le 06.12.2019)

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