Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 1 manuscrit
Note [45]

« ce n’est pas un homme qui pendra [au bout de sa corde], mais une amphore » ; sans manquer de sens, la phrase devient plus conforme à l’histoire qui suit en y remplaçant pendet (« pendra », indicatif futur actif) par pensus est (« s’est pendu », indicatif parfait passif).

Tout ce qui est connu de l’empereur Bonosus vient de l’appendice à l’Histoire Auguste (v. note [31], lettre 503) intitulé Quadrigæ tyrannorum [Le Quadrige des tyrans] et écrit par Flavius Vopiscus de Syracuse (pages 1127‑1131, édition d’André Chastagnol, Paris, 1994, vnotre Bibliographie) : né en Espagne d’une mère gauloise, il gravit un à un les échelons militaires ; mais en 280, au cours d’une campagne en Germanie, il se proclama empereur ; il ne régna que quelques mois, le temps d’être défait par Probus, l’empereur légitime, et Bonosus choisit alors de se pendre.

Ce Bonosus était connu pour un grand ivrogne, ce qui lui vaut la mention du Borboniana, dont voici la source exacte (chapitre xv, § 2, avec la traduction de Chastagnol) :

Nam longo gravique certamine a Probo superatus laqueo vitam finivit, cum quidem iocus exstitit amphoram pendere, {a} non hominem.

« Il fut en effet vaincu par Probus après une lutte longue et âpre, et mit fin à ses jours en se pendant ; ce qui fit dire par plaisanterie qu’il y avait au bout de la corde non pas un homme, mais une amphore. » {b}


  1. Emploi de l’infinitif actif (pendere) accompagné de deux sujets accusatifs, (amphoram et hominem), aboutissant, en traduction littérale à : « la plaisanterie montre une amphore qui pend, et non pas un homme. »

  2. Un peu plus haut dans le même récit (xiv, § 2‑5) :

    Militavit primum inter ordinarios, deinde inter equites ; duxit ordines, tribunatus egit, dux limitis Rætici fuit, bibit, quantum hominum nemo. De hoc Aurelianus sæpe dicebat : “ non ut vivat, natus est, sed ut bibat. ” Quem quidem diu in honore habuit causa militiæ. Nam si quando legati barbarorum undecumque gentium venissent, ipsi propinabantur, ut eos inebriaret, semper securus et sobrius et, ut Onesimus dicit scriptor vitæ Probi, adhuc in vino prudentior. Habuit præterea rem mirabilem, ut quantum bibisset, tantum mingeret, neque unquam eius aut pectus aut venter aut vesica gravaretur.

    « Il commença par servir comme simple soldat, puis dans la cavalerie ; il devint centurion, remplit la fonction de tribun, commanda les troupes stationnées à la frontière de Rhétie. Il buvait plus que ne le fit jamais aucun mortel. Aurélien {i} disait souvent à son propos : “ Il n’est pas né pour vivre, mais pour boire ! ” Il lui manifesta néanmoins sa considération en raison de ses capacités à l’armée. En effet, chaque fois que se présentaient des ambassadeurs de quelque nation barbare, Bonosus leur offrait à boire de manière à les enivrer et à leur faire dévoiler tous leurs secrets sous l’effet du vin. Quant à lui, quelle que fût la quantité de boisson absorbée, il gardait toujours le calme et la lucidité d’un homme sobre et, comme le note Onesimus, le biographe de Probus, {ii} se montrait encore plus rusé quand il avait bu. Il avait par ailleurs la faculté surprenante d’uriner autant qu’il avait bu, sans jamais éprouver de lourdeurs dans la poitrine, le ventre ou la vessie. » {iii}

    1. Aurélien a été empereur romain de 270 à 275. V. notule {d}, note [16], lettre 95, pour la Rhétie.

    2. Chastagnol qualifie Onesimus d’auteur fictif.

    3. Selon les connaissances physiologiques modernes, cette faculté n’a rien de surprenant.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 1 manuscrit. Note 45

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(Consulté le 14.08.2022)

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