À Charles Spon, le 24 mai 1650
Note [48]

Porto-Longone (aujourd’hui Porto Azzuro) était une place forte sur la côte est de l’île d’Elbe, alors possession espagnole (royaume de Naples) occupée par les Français depuis 1646 (v. note [9], lettre 135).

Montglat (Mémoires, page 232) :

« La cour de France était si agitée de factions que la reine, pour y mettre ordre, était contrainte d’employer une grande partie de ses troupes à les réprimer ; et l’argent lui manquant pour en lever de nouvelles, elle ne pouvait avoir d’armée considérable en Italie ni en Catalogne. C’est pourquoi les Espagnols voyant qu’ils avaient si beau jeu, résolurent de ne pas perdre une si belle occasion de reprendre Piombino {a} et Porto Longone. Pour ce sujet, le marquis de Caracène, gouverneur de Milan, ne voulut rien entreprendre de son côté et se tint seulement sur la défensive ; mais le comte d’Ognate, vice-roi de Naples, arma puissamment par mer et par terre, et fut assisté des vice-rois de Sicile et de Sardaigne qui lui envoyèrent du secours ; et ayant équipé beaucoup de vaisseaux et de galères, il se rendit à Gaète, {b} attendant don Juan d’Autriche qui était à Messine d’où il devait amener le reste de l’armée navale. Dès que ce prince fut arrivé, le comte de Conversano partit pour investir Piombino ; et don Dioniso Gusman, mestre de camp général, débarqua dans l’île d’Elbe le 27e de mai où le duc de Turis arriva avec les galères et le secours de Milan.
Le jour même, il investit Porto Longone, et le 31e il ouvrit la tranchée. Le premier juin, don Juan et le comte d’Ognate y arrivèrent, lesquels firent dresser deux batteries pour rompre les défenses ; mais dans la terre ferme, le comte de Conversano ayant commencé l’attaque de Piombino dès le 23e de mai, le battit avec douze pièces de canon et continua jusqu’au 17e de juin, qu’il se rendit maître de la ville ; et les Français s’étant retirés dans le château, se rendirent le 20e à discrétion. Aussitôt, le comte de Conversano mena ses troupes dans l’île d’Elbe au siège de Porto Logone où Noaillac se défendait vigoureusement. Il faisait de grandes sorties, disputait son terrain et regardait le travail des Espagnols le plus qu’il pouvait, particulièrement à un ouvrage à couronne où il les arrêta plus de quinze jours. Et pour mieux exprimer la résistance de ce gouverneur, il n’y a qu’à dire que la tranchée fut ouverte le dernier jour de mai et qu’il se défendit jusqu’au dernier jour de juillet ; et que ne voyant aucune espérance de secours et que l’armée espagnole grossissait tous les jours par les renforts qui lui venaient de Naples, de Sicile et de Sardaigne, et par ceux que le pape envoyait sous main, il capitula et obtint quinze jours pour sortir en cas qu’il ne fût pas secouru ; et ce terme étant passé, il remit sa place le 15e d’août à don Juan et fut conduit en sûreté à Toulon avec sa garnison et deux pièces de canon, après avoir tenu, du jour qu’il fut investi, trois mois. »


  1. V. note [2], lettre 234.

  2. Gaeta, port du Latium (Latina), à 170 kilomètres au sud de Rome.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 mai 1650. Note 48

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(Consulté le 08.05.2021)

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