À Charles Spon, le 22 mars 1650
Note [54]

Le financier François Catelan (mort en 1668), issu d’une famille protestante de Gap, a été l’un des plus notables traitants de la première moitié du xviie s. En 1637, il avait épousé Suzanne Brachet, fille de Théophile Brachet, sieur de La Milletière (v. note [13], lettre 80). Secrétaire du roi la même année, Catelan venait d’être nommé secrétaire du Conseil des finances après s’être converti au catholicisme (Dessert a, pages 718‑719).

Tallemant des Réaux (Historiettes, tome ii, page 410) note que les deux financiers huguenots, François Catelan et Samuel Gaudin, sieur de La Raillière, formaient « la maltôte de la théologie de Charenton » (v. note [18], lettre 146). Son historiette sur La Milletière (pages 624‑626) donne un savoureux portrait de son gendre, Catelan :

« Enfin, au dernier synode national, {a} […] La Milletière […] se fit catholique. Sa fille aînée, femme de Catelan le grand maltôtier, disait qu’elle s’étonnait qu’on ne crût pas son père aussi bien que M. Calvin. Insensiblement toute la famille a fait le saut, et même son gendre qui, ayant acheté une charge de secrétaire du Conseil avant que de s’être fait catholique, la mit sur la tête de son beau-père qui, quoique titulaire simplement, ne laissait pas pourtant d’y trouver son compte. On dit qu’avant cela il pressait sans cesse son gendre de changer de religion ; depuis, il mourait de peur qu’il n’en changeât. Ce Catelan est un grand bizarre. Il était jaloux de sa femme, qui n’était ni jeune, ni jolie. Quand il la voyait propre : “ Où vas-tu ? Te voilà bien ajustée : est-ce pour voir tes f… ? ” Aussitôt, cette pauvre femme rentrait dans sa coquille : elle ne sort guère et lit beaucoup. Un jour il lui coupa toute la dentelle d’une jupe. Elle la fit remettre sur une autre et ne troussait jamais sa robe devant lui, de peur qu’il ne reconnût cette dentelle. Il appelle des mouches des papillotes noires, et c’était un crime capital que d’en mettre. Il mit ses filles en religion et disait à sa femme : “ Au lieu de les mener à la messe, tu les mènerais peut-être au bordel. ” Il lui donnait tout le moins d’argent qu’il pouvait ; cependant il avait une mignonne au Marais. Depuis, je crois que cela va mieux, car il fait le dévot et cette femme a ses filles avec elle. On dit que quand il écrit à son caissier de payer, il fait l’y du mot payez d’une certaine manière quand c’est tout de bon ; sinon le commis lui vient dire devant tout le monde : “ Monsieur, vous ne savez peut-être pas que j’ai fait tels et tels payements, etc. ” Et lui, en pliant les épaules, s’excuse et dit : “ Vous voyez la bonne volonté. ” »


  1. 1645.

Catelan a réapparu dans les lettres en 1661, au moment de la chute de Nicolas Fouquet, le surintendant des finances, dont il était client.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 mars 1650. Note 54

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(Consulté le 20.10.2021)

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