À Claude II Belin, le 18 octobre 1630
Note [6]

Quel qu’en soit le type, intermittent ou continu, une fièvre était qualifiée de maligne quand elle s’accompagnait « de venin, de pourpre, etc. et d’accidents plus fâcheux que le pouls ne semble l’indiquer » (Académie). Des signes de souffrance cérébrale (délire, stupeur, convulsions, coma, etc.) en marquaient très souvent la gravité. Les causes principales étaient la peste et le typhus (v. note [28], lettre 172).

Bubon (Furetière) :

« grosse bube ou tumeur qui vient à suppuration et qui est souvent une peste ou un effet du mal vénérien, qui paraît dans les aines. Galien appelle généralement bubon, tout phlegmon qui survient aux glandes ou émonctoires ; {a} mais Fernel le réduit à ceux qui viennent aux aines. Les médecins dérivent ce mot du grec boubon qui signifie les aines, où les bubons viennent d’ordinaire. » {b}


  1. Galien a parlé des bubons et divers endroits, et notamment dans son commentaire sur le livre ii des Épidémies d’Hippocrate (Kühn, volume 17a ; page 411, traduit du grec) :

    Enimvero si febres ex glandularum inflammatione creata manifestam causam sortiantur, aut etiam diariæ sint, minime suspectæ habentur. Bubones autem febribus supervenientes, deteriores existunt, quod ob viscerum phlegmonem et magnam humorum putredinem procreari videantur, quales in pestilenti statu malignis febribus suboriuntur. Et vero glandularum tum tumores in febribus diuturnum affectum declarant, ut hoc modo in Coacis scriptum est. In febribus bubonis dolor morbum diuturnum significat. Id autem accidit quia magnam malignorum humorum copiam habent, ex quibus potissimum tamquam ex materia febris accenditur. Quo si ab initio decrescant, pejores judicantur, quod tum imbecillas, tum prostratas esse vires testentur. Propterea dixit ipse, abscessus veluti bubones signum quidem esse progressus habentium ex aliorum visceribus præsertim insidentium. At hi maligni sunt.

    [De fait, si les fièvres dues à une inflammation établie dans les glandes dépendent d’une cause manifeste ou sont éphémères, elles sont à tenir pour fort peu suspectes. {i} Cependant des bubons qui s’ajoutent aux fièvres s’avèrent pires car ils sembleraient exprimer un phlegmon des viscères et une grande putréfaction des humeurs, comme il en naît dans les fièvres malignes en lien avec un état pestilentiel : au cours des fièvres, les tumeurs des glandes expriment une affection de longue durée, ainsi qu’il l’a écrit dans les Coaques. {ii} Lors des fièvres, un bubon douloureux traduit une affection prolongée, car de telles enflures contiennent une grande abondance d’humeurs malignes, qui les enflamme, comme si elle émanait directement de la matière fébrile. On les juge péjoratives quand leur volume va diminuant parce qu’elles attestent alors de forces affaiblies ou abattues. C’est pourquoi, dit-il, {iii} abcès comme bubons signent les progrès de ce que contiennent les autres viscères et surtout de ce qui vient s’y déposer. Ils sont donc malins]. {iv}

    1. Galien rangeait probablement là les bubons des infections bénignes (incluant les amygdales), particulièrement celles qui sont communes durant l’enfance ; mais ce n’est qu’une bienveillante interprétation moderne.

    2. Hippocrate dans ses Prénotions coaques.

    3. Hippocrate dans le livre ii des Épidémies que commente Galien.

    4. Ni Hippocrate ni Galien n’ont clairement décrit le ganglion inguinal de la syphilis, satellite du chancre d’inoculation (phase primaire, v. note [9], lettre 122.
  2. On appelle aujourd’hui ces bubons « adénopathies inguinales » : gonflement des lymphonœuds (naguère appelés ganglions lymphatiques) situés dans les aines, mais aussi au cou, dans les aisselles et bien ailleurs dans le corps.

Le charbon est une évolution gangreneuse du bubon pesteux (Furetière) :

« tumeur ou pustule pestilentielle qui vient d’ordinaire aux aines et aux aisselles, il est fait d’un sang gros, noir et corrompu, qui a une qualité maligne, fervente et furieuse. En son commencement il n’est pas plus gros qu’un grain de mil, ou un pois, qui croît en peu de temps en figure ronde et pointue, et cause une douleur intolerable, surtout la nuit. Il enferme une petite vessie, {a} que si on l’ouvre, on y trouve dessous une chair brûlée, comme si on y avait mis un charbon : ce qui est cause que les Anciens lui ont donné ce nom-là. La chair d’alentour est de diverse couleur, rouge, brune, perse, violette, plombée et noirâtre, qui a pourtant une lueur étincelante, comme de la poix noire enflammée : ce qui fait que quelques-uns lui ont donné aussi le nom d’escarboucle. {b} Quelques-uns l’appellent aussi la bosse. »


  1. Vésicule.

  2. Charbon ardent (carbunculus en latin, anthrax en grec), qui est aussi un autre nom du rubis (v. note [1] de l’observation vi).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 18 octobre 1630. Note 6

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(Consulté le 03.07.2022)

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