L. 5.  >
À Claude II Belin,
le 18 octobre 1630

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Monsieur, [a][1]

J’ai reçu la vôtre datée du 12e du présent mois, par laquelle me mandez que m’avez par ci-devant récrit par un particulier avec une thèse de médecine, [2] mais je n’ai reçu ni l’un, ni l’autre et vous prie de vous enquérir de ce particulier ce qu’il en aura fait, n’ayant rien reçu. Quant à ce que me mandez de la peste, [1][3][4] je vous dirai qu’en aucun lieu de cette ville, ni même dans les deux hôpitaux de peste, il n’y a aucun médecin, par l’avarice de Messieurs de la police, au grand détriment du public, totumque istud negotium, magno plebeculæ damno, ignoris tonsoribus committitur ; [2][5] si bien que nul médecin n’est employé à la peste en cette ville. Il n’y en a pourtant aucun de notre Compagnie qui puisse dire depuis le mois de juillet n’en avoir vu, trouvé ou découvert presque tous les jours quelqu’un qui en fût atteint, car elle a été ici fort commune. Je sais bien que pour ma part j’en ai trouvé plus de soixante en divers endroits, lesquels, depuis mon rapport, ont été menés aux hôpitaux de Saint-Louis [6] ou de Saint-Marceau, [3] où il en est mort une grande quantité. Mes autres compagnons en font de même et depuis que le mal est avéré, n’y retournent plus, non tant pour la peur qu’ils aient de la gagner (cum ipsum contagium, nisi probe et perite intelligatur, sit merum Arabum et pharmacopolarum figmentum, ut ficta sua cardiaca facilius obtundant), [4][7] que peur du scandale, et que ces visites, que le peuple croit si dangereuses, ne les décrient[5][8] Il y a eu ici depuis Pâques une grande quantité de fièvres malignes [9] qui ont été autant de pestes couvertes, que l’on n’a point nommées pestes que quand on a vu des bubons ou charbons [10] y survenir, [6][11][12] encore qu’elles ne fussent en rien du tout moins contagieuses que la peste ; et ratione causæ quæ fuit in utroque excellens et eximia putredo et ratione symptomatum, quæ in utroque fuerint gravissima[7] Pour tout antidote, [13] je m’en fie, après la grâce de Dieu qui assiste toujours ceux qui servent le public, à n’être ni pléthorique, [14] ni cacochyme, [8][15] ni à faire aucun excès ; et ne crois non plus à la thériaque, [16] mithridate, [17] alkermès, [18] hyacinthe, [19] bézoard, [20] corne de licorne, [9][21][22] qu’à des cornes de bœuf, cum ficta illa remedia, cum suis occultis qualitatibus (quæ revera nullæ sunt) nulla virtute magis polleant quam ægrorum loculos exhauriendi, ut pharmacopœos ditent. Sed de hac re plura alias[10][23] Si désirez que je vous en dise davantage sur quelque point particulier, mandez-le moi, je suis tout prêt, etiam in promptu, omnium Arabum in hoc casu doctrinam refellere[11] Je suis, Monsieur, votre très humble serviteur.

Patin.

De Paris, ce 18e d’octobre 1631.

M. Seguin [24][25] le jeune vous baise les mains et vous prie de vous souvenir des livres qu’avez promis d’envoyer ici à moi pour lui être rendus à Monsieur son oncle. [12][26][27] Délivrez-les à quelque voiturier qui en ait du soin et qui soit sûr, nous lui donnerons tout contentement pour sa peine.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 18 octobre 1630

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(Consulté le 20.10.2019)