À Henri Gras, le 24 septembre 1648
Note [6]

L’arrestation de Broussel et Blancmesnil, le 26 août 1648, fut l’événement qui, hérissant Paris de barricades, fit entrer « les peuples » dans la première Fronde, dite parlementaire. Le peuple prit les armes pour obtenir la libération des deux magistrats qui fut obtenue deux jours plus tard.

Pierre i Broussel (vers 1576-Paris 5 septembre 1654), fils de Jacques, avocat au Parlement de Paris, avait été reçu en 1602 en la troisième des Enquêtes pour monter à la Grand’Chambre en 1634 (Popoff, no 783). Il devait son immense popularité de « père des peuples » à sa probité, à son sens de la justice, à son caractère désintéressé et accessible à tous, et depuis le début de la régence, à ses discours audacieux contre les mesures fiscales que Mazarin et Particelli d’Émery avaient prises. Broussel fut brièvement nommé prévôt des marchands en août 1652. Guy Patin a évoqué dans ses lettres deux de ses fils : Pierre ii, l’aîné, et Jérôme.

Ranum (page 117) :

« Il est plus difficile d’évaluer l’impact des arguments de Broussel sur les actes de ses collègues que l’influence de Talon. {a} L’aplomb de Broussel, son désintéressement et sa finesse tactique pendant les délibérations faisaient de lui l’un des chefs incontestés du Parlement. Ses paradoxes débouchant sur l’action séduisaient un certain nombre de ses pairs qui avaient étudié la logique à l’école. Broussel, bien sûr, se distinguait aussi par son brio à citer avec exactitude l’incipit {b} des paragraphes du droit romain. Retz dans ses Mémoires le montre au bord de la sénilité, mais toutes les autres sources suggèrent qu’il était un parlementaire avisé, qui inspirait à la fois le respect et l’affection. La direction qu’il assura au cours du printemps 1648 fut cruciale pour la construction au sein du Parlement d’une force capable de s’opposer au Conseil. »


  1. Omer Talon.

  2. Les premiers mots.

René Potier seigneur de Blancmesnil et du Bourget (1618-1680), fils du secrétaire d’État Nicolas i Potier d’Ocquerre (v. note [7], lettre 686), était neveu d’Augustin Potier (v. note [6], lettre 83), grand aumônier de la reine et évêque comte de Beauvais. René était oncle du président Nicolas ii de Novion (v. note [25], lettre 183, avec qui des biographes le confondent parfois). Reçu conseiller en la première Chambre des enquêtes du Parlement de Paris en février 1636, Blancmesnil en avait été nommé président à mortier dix ans plus tard (Popoff, no 139). Membre très actif de l’opposition parlementaire, lié aux Vendôme et au parti dévot, il jouissait d’un renom bien moindre que Broussel auprès des Parisiens (G.D.U. xixe s., Jestaz, Adam, H. Carrier in D.G.S.). Héros d’un jour, Blancmesnil ne devait plus jouer dans la Fronde qu’un rôle très effacé, mais il est resté présent dans la correspondance de Guy Patin qui entretenait de proches relations avec lui et sa famille.

Retz (Mémoires, page 346) a marqué pour lui le même mépris que pour Broussel ; celui du grand seigneur, de l’homme d’action et du « chef de parti », pour ces robins enfoncés dans les formes du Palais :

« Vous jugez bien que s’il y eût eu de la cabale dans la Compagnie, l’on n’eût pas été choisir des cervelles de ce carat, au travers de tant d’autres qui avaient sans comparaison plus de poids. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Henri Gras, le 24 septembre 1648. Note 6

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(Consulté le 19.09.2020)

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