À Jan Van Hoorne, le 9 octobre 1668
Note [6]

Dans ce poème de Jean Barclay, Marguerite de Valois résume son triste destin ; il se trouve dans la 2de partie de son Euphormionis Lusinini Satyricon [La Satire d’Euphormion de Lusinie] (Paris, 1607, v. note [20], lettre 80, pages 70‑71) :

O patria, o arces, o dulcia tecta parentum,
Unde avus, unde pater, tres unde ex ordine fratres
Sceptra tulere mei, mene o agnoscitis arces ?
Illa ego sum cui vos cunabula chara dedistis,
Et patrio ingentem cultu iactastis alumnam,
Stirpe deas, et fronte deas, et sydera cultu
Cum premerem ; amborum spes ambitiosa procorum.

Nunc convix vidua, et vani cum nomine regni,
Rupibus e nudis, longique e carcere montis
Excedo. Sed et hic causas infesta dolendi
Disponit fortuna mihi ; monstratque colendam
Quæ mihi successit, quique ab de corpore nostro
Debuit esse puer. Nec iam contendere promptum.
Damnavit dudum miseram, fecitque nocentem,
Cum tali certasse viro. Iam cedere divis.
Felicesque sequi iuvat, et subscribere fato.

O dolor ! an potui victos inflectere vultus,
Despectosque orasse viros ? Ne credite vivam.
Iamdudum perij, iamdudum extincta supersum,
Et vivo et morior toties. Me funere longo
Nempe mori decuit, quæ tot per sæcula clarum
Induco tumulis suprema Valesia nomen
.

« Agréable maison des princes de mon sang,
Où mon aïeul, mon père et trois frères de rang {a}
tinrent en main le sceptre, avez-vous connaissance
Que vous fûtes jadis le lieu de ma naissance ?
Ne vous souvient-il plus que ma rare beauté
De deux puissants rivaux surprit la liberté ? {b}
Est-il malheur au monde à qui le mien ressemble ?

Je suis reine sans sceptre et femme et veuve ensemble ;
Je sors d’une prison où je fus longuement ;
Un rocher fut le lieu de mon appartement. {c}
Que me sert toutefois de m’en voir délivrée,
Si mon deuil est plus grand que quand j’y suis entrée ?
Je n’en suis de retour que pour me voir bannir
Du lieu majestueux que je devais tenir,
Et voir enfin sortir d’une femme étrangère
Un fils dont, ah ! douleur ! je dusse être la mère. {d}
En ferai-je ma plainte ? Elle est hors de saison ;
Je n’en pourrai jamais tirer autre raison.
Si je m’attaque à lui, je me rendrai coupable.
Le dessein que j’en eus me faisait misérable.
Il faut céder aux dieux, admirer son bonheur
Et souscrire au destin qui parle en sa faveur.

Ô douleur ! Ai-je pu disposer mon visage
Et mes ressentiments à souffrir cet outrage ?
Ai-je pu caresser ceux qui causent mes pleurs ?
Non, non je ne vis pas. Dès longtemps je me meurs.
Je vis et meurs ensemble. Il faut que je languisse
Dedans les cruautés d’un éternel supplice,
Puisque j’ai pu survivre à tant et tant de rois,
Et voir mettre au cercueil la Maison des Valois. » {e}


  1. Marguerite était petite-fille de François ier ; v. supra note [4], pour les quatre autres rois de France que furent son père et ses frères.

  2. Henri de Navarre à qui Marguerite était promise et le duc Henri de Guise, son amant.

  3. La forteresse d’Usson en Auvergne (Puy-de-Dôme), accrochée au sommet d’une colline d’orgues basaltiques, où Marguerite fut exilée de 1587 à 1605.

  4. Remariage d’Henri iv avec Marie de Médicis en 1600 et naissance de Louis xiii en 1601 ;

  5. La traduction en vers français est de Jean Bérault (Paris, 1640, v. note [22], lettre 146, pages 159‑160).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Jan Van Hoorne, le 9 octobre 1668. Note 6

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(Consulté le 24.11.2020)

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