À Charles Spon, le 8 janvier 1650
Note [63]

Alexandre More (Morus ; Castres 1616-Paris 28 septembre 1670), fils d’un Écossais qui était principal du collège protestant de Castres, avait fait ses études théologiques à Genève où il l’emporta sur tous ses concurrents dans un concours pour une chaire de grec en 1639 ; en 1642, Genève l’avait appelé pour être titulaire de la chaire de théologie dans son Académie et ministre dans son Église. Ces succès, ses mœurs trop libres avec les femmes et aussi sa vanité altière firent que Genève se divisa bientôt en deux partis à son égard. Médiocrement orthodoxe, Morus professait des opinions assez différentes de celles qui avaient cours alors sur la prédestination, sur la grâce divine et sur l’imputation du péché d’Adam. Ses collègues l’attaquèrent sur ces points auprès du Conseil et finalement l’obligèrent à s’éloigner. En 1649, avec l’appui de Claude i Saumaise, il obtenait une chaire de théologie à Middelbourg ; mais en 1651 il quitta cette ville pour se rendre à Amsterdam où il enseigna l’histoire ecclésiastique. Durant un voyage qu’il fit en Italie, une cabale fut montée contre lui et il se vit contraint de rentrer en France. Excommunié par le synode de Nimègue, puis relevé de cette excommunication par le synode de Loudun, Morus fut nommé pasteur de l’Église de Charenton en 1659. À Paris comme partout avant, il obtint les plus brillants succès par ses prédications ; mais là aussi, il fut loin d’être à l’abri de tout reproche et sa conduite privée permit à ses adversaires d’obtenir en 1661 que le consistoire le suspendît (v. note [1], lettre latine 300). Rétabli en 1663, il exerça ensuite son ministère paisiblement jusqu’à sa mort à Paris chez la duchesse de Rohan sans s’être jamais marié (G.D.U. xixe s. et Bayle).

Guy Patin citait ici Alexandri Mori, de pace Oratio habita Genevæ in æde S. Petri, cum solemnibus academicis præesset pro rectoris munere [Discours sur la paix prononcé dans le temple Saint-Pierre de Genève par Alexandre More tandis qu’il était à la tête des académiciens ordinaires pour la fonction de recteur] (Genève, Ph. Gamonet, 1647, in‑4o) ; c’est un débat sur les doctrines théologiques de Moïse Amyraut et de Frédéric Spanheim concernant la grâce.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 janvier 1650. Note 63

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(Consulté le 30.10.2020)

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