À Claude II Belin, le 16 février 1635, note 7.
Note [7]

Mathieu de Mourgues (ou Morgues), abbé de Saint-Germain (château de Saint-Germain-Laparade, dans le Velay, 1582-Paris 1670) avait d’abord été professeur en Avignon chez les jésuites, mais avait quitté leur Compagnie pour se rendre à Paris. Il s’y était livré avec succès à l’éloquence de la chaire et devint prédicateur de la reine Margot (1613), première épouse de Henri iv (v. note [4], lettre latine 456), puis aumônier de la reine régente Marie de Médicis, sa veuve. Richelieu avait ensuite chargé l’abbé d’écrire divers ouvrages en sa faveur ; mais en 1631, quand le cardinal avait chassé la reine mère, Mourgues lui était resté fidèle et l’avait suivie à Bruxelles ; il ne put, pour ce motif, prendre possession de l’évêché de Luçon, auquel il venait d’être appelé. Richelieu, qui redoutait extrêmement l’humeur sarcastique de Mathieu de Mourgues, avait en vain mis tout en œuvre pour qu’on le lui livrât.

Écrivain prolifique, l’abbé de Saint-Germain publiait en 1635 :

  • L’Ambassadeur chimérique ou le Chercheur de dupes du cardinal de Richelieu (sans lieu ni nom, in‑4o) ;

  • Diverses pièces pour la défense de la reine mère de Louis xiii (Paris, sans nom, in‑fo) ; {a}

  • La Vérité défendue ; ensemble quelques observations sur la conduite du cardinal de Richelieu (sans lieu ni nom, in‑4o).

Ce fut seulement après la mort du cardinal (décembre 1642) qu’il put revenir à Paris. Il mit sa verve sarcastique au service des frondeurs de Paris contre Mazarin, puis il termina ses jours aux Incurables (v. note [13], lettre 286).

La pièce satirique contre Saint-Germain contenue dans le Recueil de Hay du Chastelet est une réponse au libelle intitulé L’Hellébore pour nos mal-contents, cueilli au jardin d’un anti-Machiavel (édition sans lieu ni nom de 1643, page 739) :

« Cette pièce a été faite par Saint-Germain et imprimée au Pays-Bas, {b} en faveur des ministres d’Espagne, contre les mécontents de Flandres, au même temps qu’il écrivait contre les ministres de France. »


  1. Ouvrage reparus sous le titre de : « Dernière édition, corrigée et augmentée de plusieurs choses qui ne sont point aux éditions contrefaites, auxquelles s’est commis des fautes contre l’intention de l’auteur » (Anvers, Sur la dernière copie corrigée par l’auteur, sans nom, 1643, in‑4o), en 14 parties, avec un « Ordre des pièces contenues en ce volume, et le temps auquel elles ont été imprimées, et comme l’auteur les amises en cette dernière édition ».

  2. En 1632.

En voici un virulent extrait (page 754) :

« Mais le pis que je vois en cela est que ce ne sont point toujours les plus gens de bien qui se plaignent de la corruption du siècle ; mais souvent les plus vicieux, les plus malhabiles, les plus corrompus. Tu cries que tout est perdu, que la vertu n’est point reconnue, que les faveurs sont distribuées à personnes indignes, que les affaires sont entre les mains de petites gens, ou gens incapables. Et qui es-tu qui dit cela ? Ne vois-tu point ton valet, ton laquais derrière toi qui se plaint de la fortune de l’avoir assujetti à un si sot homme, qui par les lois de la nature devait servir à celui qui le sert, et qui est beaucoup plus habile homme, et plus habile homme que lui ? Tu penses, sous ombre que ton père t’a laissé du bien, et qui peut-être s’est damné pour te l’acquérir ; sous ombre qu’il t’a laissé un bel office, une belle charge, en laquelle tu n’entends rien et dont tu es indigne ; sous ombre que tu as une grande prélature, où tu es entré par simonie ou autre mauvais moyen ; tu penses, dis-je, être un grand personnage et avoir droit de contreroller {a} les actions mêmes du Souverain. Et tu ne vois point tant de gens de bien, tant de gens de valeur, tant de savoir et de vertu, qui pour avoir voulu se contenir dans les bornes de la justice et de la prud’homie {b} sont contraints de te supplier, de respecter et de supporter, ou plutôt même de vénérer toutes tes impertinences. Et cependant tu te plains que les grandes charges, les grandes dignités, les grandes faveurs ne sont point bien distribuées, tu publies que l’État a besoin de réformation, et tiens ce discours dedans un cabaret et une place d’usure, et peut-être même dans un bordel. »


  1. Censurer.

  2. V. note [12], lettre 384.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 16 février 1635, note 7.

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(Consulté le 27/02/2024)

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