À Charles Spon, le 2 juin 1645
Note [7]

Tout ce paragraphe vise le Codex de la Faculté de médecine de Paris publié en 1638 (v. note [8], lettre 44).

L’ouvrage s’ouvre sur une citation de Sénèque (Lettres à Lucilius, livre xx, lettre cxxiii, § 6) :

Multa quam supervacua essent non intelleximus nisi deesse cœperunt ; utebamur enim illis non quia debebamus sed quia habebamus ! Quam multa autem paramus quia alii paraverunt, quia apud plerosque sunt !

[Que de choses dont on ne comprend toute l’inutilité que lorsqu’elle viennent à nous manquer ! On en usait non par besoin, mais parce qu’on les avait. Que d’objets l’on se donne parce que les autres en ont fait emplette, parce qu’on les voit chez presque tout le monde !].

La préface Lectori benevole [Au lecteur bienveillant] annonce le dessein que la Faculté de médecine de Paris accomplissait avec cet ouvrage : répondre à l’ordre du Parlement en munissant enfin les apothicaires d’une pharmacopée pour composer les médicaments (en mélangeant des simples) prescrits par les médecins en toutes circonstances ; Guy Patin n’avait pas tort de la critiquer car il s’agit d’un rabâchage amphigourique, rédigé dans un latin si barbare et si bâclé qu’en bien des endroits il n’est traduisible qu’à vue de nez, et il vaut mieux n’y pas perdre son temps. Pour qui en douterait, voici la phrase de conclusion :

Quamobrem librum hunc medicamentarium solis Medicis conscriptum volumus, et peritis Pharmacopœis, sed medicorum præcipientium dictis scriptisque ubique obsequentibus, ut nutantem iampridem, imo fluctuantem ac pene pereuntem, cum artificum nonnullorum ignavia, tum ministrorum artis licentia pharmaceuticen, præceptis hisce nostris, iacta velut anchora firmare tandem aliquando ac stabilire valeamus.

Cette préface rébarbative, et c’est bien là que le bât blessait, est suivie de la liste des 110 docteurs régents alors en exercice à la Faculté de médecine de Paris, incluant celui de Patin.

Le vin émétique, c’est-à-dire vomitif, était du vin blanc dans lequel on avait fait infuser du verre d’antimoine (v. note [8], lettre 54) : « le verre d’antimoine est de l’antimoine broyé, cuit et calciné par un feu violent dans un pot de terre jusqu’à ce qu’il ne jette plus de fumée ; ce qui est une marque que tout son soufre est évaporé. On le réduit en verre dans le fourneau à vent, et alors il est fort diaphane, rouge et brillant, et de couleur d’hyacinthe [orangée]. Le verre d’antimoine est le plus violent de tous les vomitifs qui se tire de l’antimoine » (Furetière). Voici (traduite du latin) la recette exacte du vin émétique, telle qu’on la trouve à la page 40 du Codex de 1638 :

« Prenez une livre du meilleur antimoine et autant de salpêtre très pur. Réduisez-les en poudre séparément, puis mélangez-les bien ensemble dans un mortier en bronze ou en fer ; aussitôt fait, mettez le feu au mélange en y jetant un charbon ardent ou en y posant un fer rouge ; cela brûle avec fracas et grand bruit, couvrez-la avec une petite plaque de fer à distance de trois doigts, jusqu’à ce que le bruit cesse. Séparez de la masse impure et du salpêtre, qui est réduit à une croûte blanche, la matière métallique de couleur rouge-brun qui ressemble à du verre fondu, puis lavez trois fois avec de l’eau tiède. Ce qui en résulte est de l’antimoine préparé. {a} Prenez-en une once et mettez-la à tremper dans deux livres de vin blanc pendant deux ou trois jours, ou plus. »


  1. Qu’on appelait verre d’antimoine.

Patin ne s’est bien sûr pas privé de brocarder le vin émétique, en l’appelant venin hérétique ou énétique (latinisme pour dire bon à tuer, enecare).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 2 juin 1645. Note 7

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(Consulté le 28.01.2021)

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