À Charles Spon, le 8 avril 1653
Note [7]

« comme c’est l’habitude pour tout ce qui est nouveau, particulièrement ce que découvrent de tels crieurs publics ».

Le quinquina était alors surnommé poudre des jésuites ou du cardinal Lugo, prélat jésuite de Madrid (v. note [55], lettre 99) à qui de bons pères partis au Pérou (les Indes d’alors) en avaient rapporté les premiers échantillons. Ils en avaient observé les vertus curatives en 1632 sur un des leurs. Le cardinal en lança la diffusion lucrative en Europe.

Laubert et Mérat en ont résumé l’étymologie et l’histoire dans le Dictionnaire de Panckoucke (1820) :

« L’étymologie du mot quinquina n’est point obscure. Il paraît que les indigènes le nommaient kina qui veut dire, dans leur langue, écorce, et kina kina, écorce des écorces, à cause de son excellence. En passant par la bouche des Espagnols, ils en firent china et china china, nom qui lui est resté en médecine et que nous avons traduit dans notre langue par quinquina. Les Espagnols du Pérou l’appellent encore cascarilla qui signifie aussi écorce, et donnent le nom de cascarilleros aux individus qui se consacrent à la recherche et à la récolte de ce médicament. […] On a fait beaucoup de contes sur la découverte du quinquina. Selon quelques-uns, c’est un malade qui a fait découvrir les propriétés fébrifuges de cette écorce en buvant de l’eau d’une mare dans laquelle il y avait des troncs de quinquina ; selon quelques autres, ce sont des animaux qui auraient été guéris de leur fièvre en buvant de l’eau de cette mare et leur guérison aurait fait connaître l’utilité du quinquina contre les fièvres, etc. On dit aussi qu’un Indien administra ce médicament à un Espagnol qui était logé chez lui ou, selon quelques autres, au corregidor {a} de Loxa, {b} D. Juan Lopez de Cannizares, et que l’un ou l’autre s’en servit ensuite pour guérir la fièvre de la comtesse del Cinchon ou del Chinchon, selon M. Ruiz. Cette dame et son médecin, D. Juan Lopez de Vega, à leur retour en Europe en 1640, auraient fait connaître ce remède en Espagne. Il est hors de doute que D. Jeronimo Fernandez de Cabrera Bodabella y Mendoza, comte de Chinchon, fut vice-roi à Lima depuis 1629 jusqu’en 1639 : il est très probable que son épouse fit connaître la première le quinquina en Europe, comme paraît l’attester le nom de pulvis comitissæ {c} qu’on lui donna d’abord ; mais il n’est pas croyable que les Espagnols aient reçu ce remède des Indiens car il n’y a pas à Loxa la plus petite tradition qui annonce ce fait […]. On dit seulement à Loxa que les jésuites ayant distingué, selon l’usage du pays, les différentes espèces d’arbres en en mâchant l’écorce, ils eurent lieu de remarquer la grande amertume du quinquina et que ceux d’entre eux qui avaient des connaissances en médecine l’essayèrent en infusion contre la fièvre tierce, maladie ordinaire du pays. Cette opinion paraît la moins invraisemblable. […] L’introduction de l’écorce de quinquina en Europe fut singulièrement favorisée par les jésuites qui en firent un grand commerce, et son efficacité dans le traitement des fièvres intermittentes fut généralement reconnue malgré les contradictions qu’éprouva son emploi de la part de quelques médecins. »


  1. Officier de justice.

  2. Aujourd’hui Loja, ville et province de l’Équateur
  3. « poudre de la comtesse ».

L’importation du quinquina ne fut en rien une dangereuse charlatanerie de plus, comme le croyait Guy Patin : en 1820, Pierre Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou parvinrent à extraire le principe actif de l’écorce de quinquina, qu’ils nommèrent la quinine, premier médicament puissamment actif contre l’agent du paludisme (plasmodium, découvert en 1880 par un autre Français, Charles Louis Alphonse Laveran). La fièvre intermittente (tierce, quarte, etc.) est une manifestation typique du paludisme (malaria), mais elle n’en est pas spécifique : toutes les intermittentes pouvaient donc ne pas répondre favorablement au quinquina, ce qui justifiait l’argument de Patin, partiellement vrai mais tout de même fort peu clairvoyant.

Naudeana (pages 107‑108 ; v. note [15], lettre 585) :

« M. Patin a beau dire, le quinquina est un bon fébrifuge. C’est l’écorce d’un arbre qu’on trouve dans la province de Quixo en Amérique. Cet arbre n’est pas grand, ses feuilles ressemblent à celles des pruniers, elles n’ont aucune vertu, non plus que le bois. La résine qui en coule et les graines que cet arbre produit chassent la fièvre aussi bien que l’écorce. Les Américains découvrirent ce remède l’an 1640 à la comtesse del Cinchon, femme du vice-roi du Pérou, qui avait la fièvre, et elle fut aussitôt guérie. En 1649, la réputation de ce remède s’est répandue en Espagne, en Italie et à Rome par les soins du cardinal de Lugo, et des autres jésuites, ce qui a fait qu’on l’appelle la poudre des jésuites. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 avril 1653. Note 7

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(Consulté le 19.09.2020)

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