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Ana de Guy Patin :
Naudæana 4

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Paris, 1701, pages 95‑120 (et dernière) [1]

  • Le cardinal Mazarin [2] est né l’an 1602, le 14e de juillet, à ce que portent les mémoires d’Italie. On dit qu’il est fils d’un bonnetier de Rome qui a fermé sa boutique et qui jouit aujourd’hui d’une petite charge de scribe, de cinq cents livres de rente. [3] Il est homme de grand esprit et de grand jugement, mais extrêmement avare, Italien, courtisan et cardinal. [1]

  • Pomponace [4] a voulu rendre une raison naturelle du miracle du Lazare [5][6] ressuscité en son livre de Incantationibus. Un médecin de Montpellier nommé Saporta, [7] environ l’an 1608, fit un discours en public pour tâcher de prouver qu’en cette résurrection il n’y avait pas de miracle, s’étant faite dans le quatrième jour, et qu’elle ne pouvait être miraculeuse qu’après les quatre jours entièrement passés ; et attribuait cela aux nombres et à une réfraction du septenaire ; mais tout cela sont des contes verbaque inania, ce sont de pures impiétés, punissables par le feu, flamma et ferro[2] Pomponace était un athée, [8] ou du moins un libertin très dangereux, [9] parce qu’il avait de l’esprit. Ce Saporta était un juif et de race et de religion, [10] qui était descendu de médecins juifs venus d’Espagne en Avignon [11] et à Montpellier : il contrefaisait le chrétien, mais il était vraiment juif.
    J’ai vu aussi en Italie un méchant livret en latin fait par un médecin, intitulé de Resurrectione mortuorum naturali, où il tâche de rendre raison naturelle de ces miracles, mais ce sont contes, meræ nugæ. Ea quæ sunt fidei credenda sunt firmiter, nullaque indigent probatione[3]

  • C’est chose certaine que le cardinal Pamphilio [12] a dit dans Rome, l’an 1634, que, de tous les cardinaux qui vivaient alors, il n’y avait que M. le cardinal de Bagni [13] qui pût lui ôter le pontificat et l’empêcher de devenir pape. M. de Bagni est mort l’an 1640, Urbain viii [14] est mort l’an 1644, et Pamphilio est devenu pape comme il l’avait prédit, et a pris le nom d’Innocent x. Le pape Urbain viii dit au cardinal de Bagni l’an 1635 : « Ceux qui s’attendent d’être papes après moi, et qui sont déjà vieux, se pourront bien tromper et mourir avant moi car je suis assuré d’aller jusqu’en 1642. » Il est mort en 1644, le 29e de juillet, et je trouve cette prédiction fort remarquable.

  • Ferrante Pallavicino [15] est l’auteur de Divortio Celeste. Il était chanoine régulier[16] comme ceux de Saint-Victor. [17] Il fut arrêté près d’Orange [18] où il se sauvait, fut conduit à Avignon où il eut la tête coupée après treize mois de prison, sans que personne l’ait réclamé. Le fils d’un libraire de Paris, [19] qui avait décelé et trahi ce pauvre auteur, fut poignardé de sang-froid à Paris, dans la place Maubert, [20] par un des parents de cet auteur le […]e de juin 1646. Cet Italien fut trois ans à chercher l’occasion de faire ce meurtre pour venger la mort de son parent. [4]
    Les Italiens sont assez bonnes gens, hormis qu’ils sont vindicatifs et traîtres. La vengeance et la trahison sont les péchés des Italiens et des Orientaux, ils empoisonnent jusqu’aux souris d’une maison ; mais cela est en quelque façon naturel de se défendre et de se venger, de peur que pis n’arrive. Au moins, c’est une opinion reçue dans la politique de ce pays-là, combien qu’elle soit contraire aux lois du christianisme. Comme ils ont beaucoup d’esprit, ils ne vous offenseront jamais ; mais aussi ne vous pardonneront-ils pas si vous les offensez, pas même après cinquante ans.

  • Claudius Rivigardussic pour : Berigardus >, [21] qui a fait Circulus Pisanus, est natif de Moulins en France. [22] Les Français l’appellent M. de Beauregard ; supposito tamen nomine[5] car il s’appelle encore autrement. Il a un frère marchand, demeurant à Florence. Il a été professeur à Pise [23] et est aujourd’hui à Padoue, [24] à la place de Fortunio Liceti. [25] Il ne croit qu’en Aristote [26] et se moque de toute la religion des Italiens.

  • Je suis revenu d’Italie le samedi 10 mars 1642 < sic pour : mardi 20 mars 1646 >. J’ai vu à Rome Famianus Strada [27] et l’y ai laissé en bonne santé, Dieu merci. Il m’a dit que son second tome de Bello Belgico est achevé et prêt d’être mis sous la presse. Le libraire [28] qui en veut entreprendre l’impression lui en offre quarante exemplaires, et il en veut plus de cent pour en donner à ses amis. Il voudrait bien que le duc de Parme [29] les fît imprimer à ses dépens, mais cela n’est pas encore arrêté. Toutefois, il y a cinq mois que je suis sorti de Rome, peut-être qu’il est maintenant plus d’à moitié imprimé. [6]

  • Caspar Scioppius [30] est à Padoue, âgé d’environ soixante et douze ans, bon homme et encore bien savant ; il vit là doucement d’un petit revenu qu’il a dans le Mantouan. Il est auteur d’un petit livre intitulé de Stratagematis iesuitarum. Il a encore fait quinze autres volumes contre ces bons pères, dont il n’attend que l’occasion pour les faire imprimer. On m’a dit que leur père général [31] s’offrait de les faire imprimer à ses frais. Il est bien bon ce bon père ! Il a pleuré de regret quand il m’a vu partir.
    Cassianus a Puteo [32] et Leo Allatius [33] sont en fort bonne santé. [7]

  • Le pape Innocent x est âgé de soixante et douze ans, c’est un fin et rusé renard, qui cherche à enrichir sa Maison par toute sorte de voie. [8]

  • Le roi d’Angleterre [34] est aujourd’hui fort mal dans ses affaires. Messieurs les Barberins, [35][36] neveux du pape défunt, l’ont ruiné, pensant le servir, et la reine sa femme [37] y a fait plus que pas un : les cardinaux Barberins avaient un ambassadeur auprès de lui ; lui aussi avait un agent à Rome, au nom de sa femme, et toutes ces légations ont irrité le Parlement [38] contre lui. [9]

  • C’est une sotte religion que la juive, et cela est étrange comment les juifs d’aujourd’hui en sont obstinés. Ils en observent ponctuellement les cérémonies, ils n’osent encore le jour du sabbath ni péter ni allumer leur feu. [39]
    Mahometani Turcæ in orationibus circa crepitum ventris idem sentiunt, Fr. Eugène Roger au Voyage de la Terre Sainte, p. 230. [10][40][41]
    Saint Augustin [42] dit avoir vu quelqu’un qui commandait à son derrière de péter autant qu’il voulait ; et Vives [43] dit qu’il en connaissait un autre qui en faisait selon le ton de voix que l’on voulait, de même qu’un orgue : Montaigne [44] en ses Essais, liv. i, chap. 20, p. 62. [11]
    Claudius Cæsar Imperator dicitur meditatus edictum quo veniam daret flatum, crepitumque ventris in convivio emittendi cum periclitantem quemdam præ pudore et continentia reperiisset (Suet., in Claud., cap. 32, p. 274, Edit. Patini)[12][45][46][47]
    Judæi observant quod si inter orandum crepitus ventris fieret, mali esset ominis ; si sternuarent, boni[13][48]

  • Cornelius Jansenius [49] était un des plus savants hommes du monde, esprit bien réglé, bien profond, et qui avait un bon style. Il a fait son grand Augustinus[50] qui est un prodigieux travail et d’une grande étude. C’est lui aussi qui est auteur du Mars Gallicus et d’un autre livre intitulé Admonitio ad Regem Christianissimum, qui fut sourdement publié à Paris, et condamné l’an 1626. La première impression fut in‑fo, la seconde in‑4o. Tout le monde crut que ce livre venait de Carolus Scribanius, jésuite d’Anvers ; [51][52] d’autres disaient que c’était Jean Boucher, [53] docteur de Sorbonne, [54] exilé de France pour la Ligue [55] et archidiacre de Courtrai. [56] Le cardinal Bagni, qui était à Rome, me dit, l’an 1632, que l’auteur de ce libelle n’était aucun de tous ceux-là, et qu’il n’était point jésuite ; qu’il le connaissait bien, mais qu’il ne le voulait pas dire. J’ai depuis su de bonne part que c’était ce Cornelius Jansenius, qui est devenu évêque d’Ypres ; [57] ce qui lui a été donné en partie pour récompense, quoique d’ailleurs il fût un très grand personnage. Mais ses deux petits livres sont mieux faits que son grand, auquel il n’a pu mettre la dernière main, étant prévenu de la peste [58] dont il mourut, laquelle il gagna en confessant un de ses diocésains l’an 1638, Pridie Nonas Maij[14] âgé de cinquante-deux ans.

  • Federicus Pendasius [59] a été un grand philosophe. Il a enseigné la philosophie à Bologne. [60] Multa scripsit[15] Il a été le maître de Zabarella [61] et de Licetus. [16] Sa chaire a vaqué vingt-sept ans, faute d’un homme qui la pût remplir comme lui.

  • Lucrèce [62] et Pline [63] étaient épicuriens. [64] Pomponace était péripatéticien tout pur. Cardan [65] n’a jamais pris parti, il n’a point eu de religion arrêtée. [17]

  • Sixte v [66] était un homme bien résolu, un maître moine qui avait gardé les pourceaux ; grand politique, grand justicier. Depuis lui, l’on n’a pas fait de moine pape, et c’est de quoi on a peur à Rome. [67] Après sa mort, on mit à Pasquin [68] une rave dans le cul, et des vers italiens qui disaient :

    Si jamais je fais un moine pape,
    Dans le cul fourre moi cette rave
    [18]

  • Le père Scheiner[69] jésuite allemand, grand mathématicien, obtint une pension de l’empereur [70] pour faire un voyage à Rome. Lorsqu’il y fut arrivé, omnia mirabatur quod videbat, et disait des autres Italiens : profecto sunt homines mirabiles, solvunt verbis, vescuntur herbis, et pugnant lapidibus[19] L’Italie est le pays des belles paroles : force eau bénite de cour et peu d’argent, voilà pour le premier. Pour le second : ils mangent force herbes qu’ils ont à bon marché et la viande y est fort chère. Pour le troisième : c’est qu’il y voyait des enfants qui frondaient et se battaient à coups de pierre, comme ils font pareillement ici. Ce père, s’en voulant retourner en Allemagne, dit qu’il voulait emporter quelque présent pour l’empereur : deux jésuites de Rome lui vendirent quarante écus un caillou et lui persuadèrent que c’était un bézoard [71] qui venait des Indes Orientales. [72] Ce bon père le crut sottement et le paya de même. [20]

  • M. Patin [73] a beau dire, le quina-quina est un bon fébrifuge : [74] c’est l’écorce d’un arbre qu’on trouve dans la province de Quito en Amérique ; [75][76] cet arbre n’est pas grand, ses feuilles ressemblent à celles des pruniers, elles n’ont aucune vertu non plus que le bois ; la résine qui en coule et les graines que cet arbre produit chassent la fièvre aussi bien que l’écorce. Les Américains découvrirent ce remède l’an 1640 à la comtesse del Chinchon, [77] femme du vice-roi du Pérou, [78] qui avait la fièvre[79] et elle fut aussitôt guérie. En 1649, la réputation de ce remède s’est répandue en Espagne, en Italie et à Rome par les soins du cardinal de Lugo [80] et des autres jésuites, ce qui a fait qu’on l’appelle la poudre des jésuites. [21][81]

  • Je ne hais pas la pensée de cette vestale romaine, [82] laquelle eût voulu être mariée, et qui pensa mourir pour avoir trop ardemment prononcé ce vers latin de Sénèque, l. 6 Controv. 8 : [83]

    Felices nuptæ, moriar, nisi nubere dulce est[22]

    Je ne pourrais pas me résoudre à me marier, ce marché est trop épineux et trop plein de difficulté pour un homme d’étude, j’aime mieux dire comme Horace : [84]

    Melius nil cælibe vita[23]

    Vid. dissert. Daniel Heins. an viro litterato ducenda sit uxor ; [85] Justi Lipsij Epist. 31, Centuriæ i ; [86] les Stances du mariage de M. Desportes ; [87] et M. de Rampalle en ses Discours académiques, p. 233. [24][88][89]

  • M. Saumaise [90] travaille aujourd’hui, à la prière du prince d’Orange, [91] contre les Anglais. Je ne sais s’il pourra réussir, mais voilà une horrible cruauté à ces Anglais d’avoir ainsi coupé la tête à leur roi, [92] qui n’était pas un mauvais prince. Je fus tout étourdi quand je le vis ! Jamais chose ne me surprit davantage, je pensais qu’il n’y avait que les Turcs qui fussent capables de ces cruautés. [25]

  • Le père Jules Mazzarini[93] jésuite, était frère bâtard du père du cardinal Mazarin. Il était grand prédicateur : à Bologne, on dressait des théâtres exprès pour le voir prêcher ; il était grand orateur et persuadait heureusement. [26][94]

  • Le père Inchofer, jésuite, [95] a été découvert être le vrai auteur du livret contre les jésuites. Il est intitulé Monarchia solipsorum. Les jésuites cherchent partout ce livre pour le supprimer, ils achètent les copies au poids de l’or ; ils en ont acheté un exemplaire quinze pistoles. [96] Il est mort depuis peu en Italie. C’était un homme fin et rusé. [27]

  • Le cardinal d’aujourd’hui le plus papable et le plus propre à être fait Pontifex maximus est le cardinal Sachetti ; [97] il est vieux, mais il en est le plus propre. [28]

  • L’abbé Constantino Gaetano[98] bénédictin italien, est celui qui a produit tant de différents manuscrits afin de prouver que le livre de Imitatione Christi de Thomas a Kempis [99] est d’un certain moine de son ordre ; [100] mais tout ce qu’il a produit s’est trouvé faux. [29]

  • Cæsar Caporali [101] était un poète italien modénois, secrétaire d’un cardinal à Rome. [102] Il a fait des vers burlesques sur plusieurs matières, et entre autres la vie de Mécène, [103] qui est un livre fort plaisant. Il a toujours été pauvre et malheureux. Il disait à ce sujet que si le hasard l’avait fait du métier de chapelier, Dieu aurait fait naître des hommes sans tête. [30]

  • Virginio Cesarini [104] était un gentilhomme romain que l’on disait être plus savant que Picus Mirandulanus. [105] Il mourut à Rome âgé de trente ans sans avoir rien mis au jour. Justus Rycquius, [106] Flamand, a écrit sa vie, où est son portrait, avec celui de Picus Mirandulanus. Il était parent du cardinal Césarin [107] sous Urbain viii, de la famille des Césarins de Rome, [108] contre lesquels on a fait autre fois ce distique :

    Redde Aquilam Imperio, Columnis, redde Columnam,
    Ursinis, ursam : sola Catena tua est
    [31]

  • M. Crassot [109] est fort prisé en Italie, j’y ai vu ses œuvres chez M. le chevalier dal Pozzo, et son portrait aussi, que M. Bourdelot [110] lui a donné ; et ce n’est pas sans raison qu’il y est loué hautement : Crassot a été un grand personnage ; je n’en parle point par flatterie, je me souviens bien de l’avoir vu, mais je n’ai jamais été son écolier, j’ai fait mon cours sous M. Padet [111] à Harcourt. [32][112]

  • M. Descartes[113] qui est mort à Stockholm en Suède le 11e de février 1650, était un homme de mauvaise mine, qui n’avait rien d’agréable. S’il a laissé quelque chose à imprimer, ce sera M. Picques [114] qui en aura le soin. Il avait bien des visions dans la tête qui sont mortes aussi bien que lui. [33]

  • Le cardinal Machiavelli [115] est florentin, de la parenté de Nicolas Machiavel, [116] secrétaire florentin ; le feu pape le fit cardinal parce qu’il était son parent. [34]

  • Antonius Gallonius [117] était un prêtre de l’Oratoire à Rome, savant et adroit, qui a écrit la vie de saint Philippe de Néri, [118] premier fondateur de son Ordre. [119] Il a aussi écrit de Cruciatibus Martyrum [120] et pro Divo Gregorio an fuerit Monachus ? [121] Gallonius de Cruciatibus Martyrum editus est Parisijs apud Cramoisy anno 1660, in‑4o[35]

  • Giambattista della Porta [122] était un gentilhomme napolitain, grand, curieux, bel esprit, fort riche, qui a beaucoup écrit de différentes manières. [36]

  • J’ai été trois mois durant dans la conversation de Crémonin[123] J’ai toujours soutenu son parti contre Caimus. [124] J’ai ouï dire dans le théâtre anatomique de Paris, à M. Riolan, [125] que quand Hippocrate [126] et Galien [127] auraient voulu faire ensemble le traité de Crémonin de Principatu membrorum, ils n’auraient pas mieux fait. Ce Crémonin était un grand personnage, un esprit vif et capable de tout, un homme déniaisé et guéri du sot, qui savait bien la vérité, mais qu’on n’ose pas dire en Italie. Tous les professeurs de ce pays-là, mais principalement ceux de Padoue, sont gens déniaisés, d’autant qu’étant parvenus au faîte de la science, ils doivent être détrompés des erreurs vulgaires des siècles et bien connaître l’opinion d’Aristote, de l’esprit duquel ce Crémonin est un vrai tiercelet et parfait abrégé. [37] Ces messieurs-là qui sont gens raffinés, et dont le nombre est grand en Italie, savent bien discerner, dans les grands, le vrai d’avec le faux. Un homme de mes amis m’a depuis peu écrit de Gênes, [128] c’est M. Alcide Musnier, [129] que le livre de ce Crémonin, tant souhaité, a été imprimé en cachette à Venise ou à Padoue, et qu’on le vend bien chèrement ; je pense qu’il est intitulé Illustres Contemplationes de anima.
    Crémonin cachait finement son jeu en Italie : nihil habebat pietatis, et tamen pius haberi volebat[38] Une de ses maximes était : intus ut libet, foris ut moris est[39][130] Il y en a bien en Italie qui n’en croient pas plus que Crémonin. Machiavel et lui étaient à deux de jeu, et Épicure, Lucrèce, Cardan, Castellanus, [131] Pomponace, Bembo, [132] et tous ceux qui ont écrit de l’immortalité de l’âme. [40][133] Pline a été un des chefs. Vanini [134] en son Amphithéâtre dit que c’est la grande secte que celle des athées, qui est grosse de la plupart des princes utriusque ordinis[41] et d’un grand nombre de savants anciens, comme Polybe, [135] Cicéron, [136] César, [137] Juvénal, [138] Horace, Socrate, [139] Homère, [140] Euripide, [141] Virgile, [142] etc. [42]

  • Le cardinal Pancirole [143] est mort le mois passé. Il gouvernait le pape. Il était horriblement du parti des Espagnols, bon ami du coadjuteur, [144] qui y a perdu ; et le cardinal Mazarin, [145] son ennemi, y a gagné, parce qu’il lui nuisait souvent ; et quand il le pouvait, il n’échappait pas l’occasion. [43]

  • Il faut faire état d’Aristote autant qu’on peut estimer un homme, il a surpassé Platon [146] en tout : Platon était un cabaliste, et un fondement à toutes sortes de sottises et de rêveries ; Aristote est un fondement pour les détruire. Cardan a ressemblé à Aristote en ce qu’il a dit de bon et de solide, mais il rêve quelquefois trop. [44]

  • C’est une badinerie des huguenots [147] de dire qu’il y a eu une papesse Jeanne[148] J’aimerais autant croire les contes de Postel [149] de sa Grand-Mère Jeanne qui doit revenir pour sauver les femmes. [150] Je ne sais pas comment M. de Saumaise, en son livre de Primatu Petri, pourra prouver cela. Joseph Scaliger, tout huguenot qu’il était, se moquait des ministres qui disaient qu’elle avait été. [151] Il y a ici, au faubourg Saint-Germain, [152] un ministre nommé Blondel [153] qui a écrit un livre exprès pour prouver que cette papesse ne fut jamais, mais ce livre n’est pas encore imprimé. [45] Voi<r> ce qu’en ont dit Florimond de Raemond [154] et le P. Cotton [155] en son Institution catholique.
    J’ai vu en Italie un petit livre d’un jésuite milanais écrit en italien, intitulé Treize raisons par lesquelles il est prouvé qu’il n’y eut jamais de papesse[46]

  • Je n’ai jamais vu le livre de tribus Impostoribus[156] et je crois qu’il n’a jamais été imprimé, et tiens pour mensonge tout ce qu’on en a dit : quelques-uns disent qu’il a été imprimé en Hongrie ou en Pologne. Postel a dit que l’auteur de ce livre était Arnauld de Villeneuve ; [47][157][158] d’autres l’on attribué à Postel, comme le docteur Ramus, [159] et un certain livre intitulé Le Magot genevois, dont l’auteur est, selon M. Sponde, [160] p. 57, le ministre Bansillon, [161] ou plutôt le nommé Barnaud [162] que Bansillon avait retiré chez lui, quoique convaincu d’arianisme. [163] Florimond de Raemond a dit que Ramus le lisait en se promenant dans la cour du Collège de Beauvais ; [164] et moi, je ne crois pas qu’il ait jamais existé in rerum natura[48] Tout ce qu’on en dit est tiré de ce qu’en dit Lipse in Monitis et exemplis politicis, lib. i, où il dit : Sunt qui non solum vita impietatem præferunt, sed impudenter lingua exprimunt : ut ille Fredericus secundus Imperator cui sæpe in ore tres fuisse insignes impostores qui Genus Humanum seduxerunt[49][165]

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(Consulté le 27.11.2021)