Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Naudæana 4
Note [48]

« dans la nature des choses » (où que ce soit sur terre).

Quoique tous partiaux, de savants commentateurs ont heureusement éclairci ces deux passages.

  • Lettre à Monsieur Bouhier, président au parlement de Dijon, sur le prétendu livre des trois Imposteurs, de Bernard de La Monnoye, {a} (Menagiana, 1715, tome 4, pages 305‑307) :

    « Je ne daignerais presque, Monsieur, vous citer le Naudæana. C’est une rhapsodie de bévues et de faussetés, le dernier article de laquelle contient quelques recherches confuses touchant le livre des trois Imposteurs. Il y est dit que Ramus {b} l’attribuait à Postel : ce qu’on ne trouvera, je pense, nulle part dans les écrits de Ramus. Quoique Postel eût d’étranges visions, et que Henri Estienne dépose lui avoir ouï dire que des trois religions, la juive, la chrétienne et la mahométane, on pourrait en faire une bonne, il n’a pourtant dans aucune de ses œuvres attaqué la mission de Moïse. Il n’a point douté non plus de la divinité de Jésus-Christ. […] Je reviens au Naudæana. Il y est au même endroit parlé d’un certain Barnaud en des termes si embrouillés qu’on n’y comprend rien, à moins d’avoir lu un petit livre intitulé Le Magot genevois. C’est un petit in‑8o de 98 pages, imprimé l’an 1613, sans nom du lieu. L’auteur, qui ne s’y nomme point non plus, mais que je crois être Henri de Sponde, depuis évêque de Pamiers, y dit {c} qu’en ce temps-là un médecin nommé Barnaud, convaincu d’arianisme, {d} le fut aussi d’avoir fait le livre De tribus Impostoribus qui, à ce compte, serait de bien fraîche date. Ce qu’il y a de plus raisonnable dans ce même dernier article du Naudæana, c’est qu’on y fait dire à Naudé, homme d’une expérience infinie en matière de livres, qu’il n’avait jamais vu celui des trois Imposteurs, qu’il ne le croyait pas imprimé et qu’il estimait fabuleux tout ce qu’on en débitait. »


    1. V. notule {b}, note [7], lettre 977.

    2. Pierre de La Ramée, v. note [7], lettre 264.

    3. « page 57 » (note de La Monnoye) ; soit exactement la référence incomplète que faisait Naudé à Sponde, dont le libelle a pour titre complet : Le Magot genevois, découvert ès arrêts du Synode national des ministres réformés tenu à Privas l’an mil six cent douze.

    4. V. note [15], lettre 300.

  • La France protestante (volume 1, page 224), notice sur Jean Bansillon, pasteur d’Aigues-Mortes dès 1605, mort après 1637, accusé d’avoir falsifié un acte d’un colloque de Nîmes et suspendu de ses fonctions pour trois mois par le synode national de Privas en 1612, à propos duquel fut écrit le Magot genevois, d’où est extrait cet autre passage, qui éclaircit le précédent :

    « Il fallut enfin juger l’affaire de Bansillon, contre lequel le capitaine Gautier, gouverneur de Peccais, {a} avait écrit au synode des lettres par lesquelles il l’accusait d’avoir affronté {b} 4 000 écus un médecin papiste de Lyon nommé Richardon, lui vendant une recette pour la terrecture {c} des métaux, laquelle était fausse ; item, de travailler tous les jours à l’alchimie, empoisonner plusieurs personnes par ses sublimés, antimoines et autres drogues venimeuses, faire même de la fausse monnaie ; métiers qu’il aurait appris d’un médecin dit Barnaud, {d} lequel il avait retiré en sa maison, etc. » {e}


    1. Fort proche d’Aigues-Mortes.

    2. Affronter : « tromper quelqu’un, soit en lui faisant quelques emprunts qu’on n’a pas dessein d’acquitter, soit en lui vendant de méchante marchandise » (Furetière).

    3. Mot inconnu, sans doute synonyme de rectification (extraction par distillation et sublimation).

    4. La France protestante (même volume, pages 250‑256) consacre un long article à Nicolas Barnaud, « médecin natif de Crest en Dauphiné, < qui > florissait à la fin du xvie siècle ». Protestant, alchimiste et ami de Fauste Socin (v. note [13], lettre 127), sans avoir adhéré au socinianisme (hérésie proche de l’arianisme), il a été soupçonné sans aucune vraisemblance d’avoir écrit les trois Imposteurs. Il est surtout célèbre pour son Réveille-matin des Français et de leurs voisins ou Dialogue auquel sont traitées plusieurs choses advenues aux luthériens et huguenots de la France ; ensemble certains points et avis nécessaires d’être sus et suivis (Bâle, 1573, pour la première de nombreuses éditions), qui relatait et dénonçait vigoureusement les massacres de la Saint-Barthélemy (1572, v. note [30], lettre 211).

    5. L’article de La France protestante ajoute : « L’absurdité d’une pareille accusation saute aux yeux ; aussi le synode de Tonneins, auquel Bansillon avait été député par la province du Bas-Languedoc, reconnut son innocence et ordonna de rayer des actes du synode de Privas la censure qui lui avait été infligée. »

  • Florimond de Raemond (v. supra note [46]), L’Histoire de la naissance, progrès et décadence de l’hérésie de ce siècle. Divisée en huit livres. Livre premier (Paris, veuve de Guillaume de la Noue, 1610, in‑4o, page 236) :

    « C’est ici le chef de la grosse troupe des libertins, moqueurs de toutes les religions : ils les approuvent toutes, et n’en ont pas une. Dieu ne se soucie, disent-ils, en quelle manière on le serve ; et s’ils croient quelque divinité, ils la laissent dans son trône en repos, elle n’a soin de nos menues affaires. Fut-ce pas ce qu’ils avaient appris de Luther en sa Captivité de Babylone, {a} où il dit : “ Dieu ne se soucie, quoi que nous fassions ” ? […] Jacques Curio, en sa Chronologie de l’an 1556, {b} dit que le Palatinat se remplissait de tels moqueurs de religion, nommés lucianistes, {c} gens perdus qui tiennent pour fables les Livres saints, surtout ceux du grand législateur de Dieu, Moïse. N’a-t-on pas vu un détestable livre forgé en Allemagne, quoiqu’imprimé ailleurs, au même temps que l’hérésie jouait ainsi son personnage, qui semait cette doctrine, portant cet horrible titre Des trois Imposteurs, etc., se moquant de trois religions maîtresses, qui seules reconnaissent le vrai Dieu, la juive, la chrétienne et la mahométane ? Ce seul titre montrait qu’il sortait des enfers et quel était le siècle de sa naissance, qui osait produire un monstre si formidable.

    Je n’en eusse fait mention si Hosius et Génébrard {d} avant moi n’en eussent parlé. Il me souvient qu’en mon enfance, j’en vis l’exemplaire au Collège de Presles entre les mains de Ramus, {e} homme assez remarqué pour son haut et éminent savoir, qui embrouilla son esprit parmi plusieurs recherches des secrets de la religion, qu’il maniait avec la philosophie. On faisait passer ce méchant livre de main en main parmi les plus doctes désireux de le voir. Ô aveugle curiosité, que tu as fait trébucher d’âmes aux gouffres éternels ! » {f}


    1. De Captivitate Babylonica Ecclesiæ, præludium Martini Lutheri [Prélude de Martin Luther sur la Captivité de l’Église à Babylone] (Paris, Michel Lesclancher, 1521, in‑4o).

    2. Jacobus Curio (1497-1572), médecin et mathématicien allemand, Chronologicarum rerum lib. ii [Deux livres de Chronologie…] (Bâle, Henrichus Petri, 1557, in‑fo).

    3. Le Dictionnaire de Trévoux décrit deux sortes de lucianistes :

      « Nom de secte, qui prit son nom de Lucianus, ou Lucanus, hérétique du second siècle. […] Cet hérétique fut disciple de Marcion, {i} dont il suivit toutes les erreurs, auxquelles il en ajouta même de nouvelles. C’est ce qu’en dit S. Jean Damascène. {ii} S. Épiphane {iii} dit qu’il abandonna Marcion, en enseignant qu’il ne fallait point se marier, de crainte d’enrichir le créateur. […] Il niait l’immortalité de l’âme, qu’il croyait matérielle. […]

      Il y a eu d’autres Lucianistes qui ont paru quelque temps après les Ariens ; ils disaient que le Père avait toujours été Père, et qu’il en avait pu avoir le nom avant que d’avoir produit son Fils, parce qu’il avait la vertu de le produire : ce qui suppose l’erreur des ariens au sujet du Verbe, ou la renferme, {iv} ou du moins quelque autre erreur qui en approche. Le nom de Lucianiste vient de celui de Lucien, qui est regardé des ariens comme un martyr. » {v}

      1. V. note [9], lettre 498.

      2. Théologien chrétien du viiie s., saint, docteur et Père de l’Église.

      3. V. note [6], lettre 119.

      4. « Les ariens convenaient que le Fils était le Verbe, mais ils soutenaient que le Verbe n’était point éternel. Ils lui accordaient seulement une priorité d’existence sur les autres êtres créés. Ils avançaient encore que le Christ n’avait rien de l’homme en lui que le corps, dans lequel le Verbe s’était renfermé, y opérant tout ce que l’âme fait en nous » (L’Encyclopédie).

      5. V. note [15], lettre 300.
    4. Stanislas Hosius (1504-1579), théologien catholique polonais, a été nommé cardinal en 1561. V. note [7], lettre 308, pour le bénédictin Gilbert Génébrard, professeur royal d’hébreu.

    5. V. note [29], lettre 449, pour le Collège de Presles-Beauvais, dont le principal a été Ramus tué lors des massacres de la Saint-Barthélemy (26 août 1572, v. note [30], lettre 211). Raemond, né en 1540, avait été l’un de ses écoliers.

    6. Le témoignage de Raemond, qui date Les trois Imposteurs des années 1550, a embarrassé La Monnoye, qui l’a cavalièrement réfuté (Menagiana, tome 4, pages 295‑296) :

      « À l’égard de Florimond de Raemond, quoiqu’il parle, comme on dit, de visu, je n’hésiterai pas à vous dire que sa déposition ne m’ébranle point. Je ne vois pas que, parmi les gens de lettres, il se soit acquis beaucoup d’autorité. On n’oserait le citer qu’on ne vous allègue au moment le mot, si souvent répété, qu’il faisait en même temps trois choses mémorables, ædificabat sine pecunia, judicabat sine conscientia, scribebat sine scienta. {i} On croit en effet qu’il ne faisait que prêter son nom au P. Richeome, {ii} jésuite qui, sachant combien le sien était odieux aux protestants, se cachait sous celui de ce conseiller de Bordeaux pour écrire contre eux. Et qui ne sait que le P. Richeome écrit moins en historien qu’en déclamateur, cherchant plutôt à dire des choses surprenantes que véritables ? »

      1. « il construisait sans finances, il jugeait sans conscience, il écrivait sans science. »

      2. V. note [37] du Borboniana 3 manuscrit pour le R.P. Louis Richeome.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Naudæana 4. Note 48

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(Consulté le 04.02.2023)

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