À Charles Spon, le 29 novembre 1667, note 7.
Note [7]

Il y deux semaines de décalage entre ce récit de Guy Patin, daté du lundi 28 novembre, et le Journal d’Olivier Le Fèvre d’Ormesson (tome ii, pages 525‑526) :

« Le dimanche 14 novembre, {a} je revins d’Amboile {b} à Paris. Le lendemain, j’allai chez M. le premier président ; {c} j’appris que le fils de Patin, médecin, qu’il appelle Carole, était en fuite parce que l’on avait trouvé chez lui des livres imprimés en Hollande, comme le Bouclier d’État fait contre les droits du roi sur la Flandre, et autres livres défendus ».


  1. Sic pour 13 novembre.

  2. V. notule {a}, note [10], lettre 105.

  3. V. notes [2], lettre 566, et [4], lettre 914, pour les lundis de l’académie Lamoignon.

Les sources que j’ai pu réunir (v. note [133] des Déboires de Carolus) suggèrent que Charles Patin a probablement fui Paris quelque jours après la copieuse saisie de livres qui avait eu lieu chez lui le 11 novembre 1667. Je peine donc à m’imaginer Patin vantant les talents de son fils avec autant de fierté et de sincérité le 28 novembre, tandis qu’il était sous le coup d’une lettre de cachet datée du 24, ordonnant son arrestation.

Je pousse sans doute trop loin l’art de lire entre les lignes, mais une seule explication me semble envisageable : Charles fuit Paris peu après le 11 novembre pour se rendre au Havre ; la présence de pirates empêchant les navires de partir pour Rotterdam, il revient à Paris avant de s’en aller pour Heidelberg en empruntant la voie terrestre ; dans l’intervalle de ces deux voyages, il peut être présent à l’académie de Lamoignon le 28 novembre, tout en ayant été absent à celles du 14 (comme l’a relaté Le Fèvre d’Ormesson) et probablement du 21, car un aller-retour entre Paris et Le Havre prenait au moins quatre jours, auxquels il faut ajouter un court séjour dans ce port à la recherche d’un navire en partance pour la Hollande. Il aurait néanmoins fallu à Charles bien de l’audace et du sang-froid pour venir parader chez le premier président du Parlement : le plus haut magistrat du royaume pouvait-il ignorer le contenu d’une lettre de cachet signée quatre jours plus tôt et qui frappait l’un de ses amis ? Alors, s’il était au courant, les deux Patin avaient pu profiter de son académie et de sa solide confiance pour prendre discrètement son avis sur la fort mauvaise affaire où Carolus se trouvait empêtré ; et Lamoignon, connaissant la gravité de la situation, aurait pu lui conseiller de s’en aller sans plus tarder en Allemagne.

Il était bien sûr impossible à Patin d’écrire tout cela à chaud dans sa correspondance ; il n’a clairement (mais brièvement) parlé de la condamnation et de la fuite de Charles qu’au début de sa lettre du 7 mars 1668 à André Falconet.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 29 novembre 1667, note 7.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0928&cln=7

(Consulté le 24/06/2024)

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