À Charles Spon, le 7 février 1648
Note [74]

Femme exceptionnellement douée et très hautement estimée par les lettrés de son siècle, Anna Maria van Schurman (Cologne 1607, Viewert, Frise 1678) avait appris le latin, le grec, l’hébreu, l’éthiopien, et cultivé en même temps la musique, la peinture, la sculpture et la gravure. Sa réputation s’étant répandue à l’étranger, la reine Christine, la duchesse de Longueville, la princesse Louise-Marie de Gonzague vinrent la visiter à Utrecht, où elle vivait avec sa famille depuis 1615, comme le prodige du sexe féminin. Vers la fin de sa vie, elle se jeta avec ardeur dans le piétisme et offrit un asile chez elle au visionnaire Labadie (v. note [15], lettre 500) quand, forcé de quitter Genève, il se réfugia en Hollande. On a même prétendu qu’ils contractèrent ensemble un mariage secret (G.D.U. xixe s.). Elle venait de publier les :

Nobilis Virginis Annæ Mariæ a Schurman, Opuscula Hebræa, Græca, Latina, Gallica, Prosaica et Metrica.

[Opuscules de la noble demoiselle Anna Maria van Schurman, en hébreu, grec, latin et français, {a} en prose et en vers].


  1. Entre quantité d’autres lettres françaises, ce livre en contient trois aux Saumaise, dont la dernière, à Madame de Saumaise, {i} donne un aperçu du style de l’auteur (pages 373‑374) :

    « La lettre que j’ai eu l’honneur de recevoir de votre main porte des caractères si illustres de cette bonté et courtoisie extraordinaire, dont il vous a plu nous recevoir dernièrement chez vous, que je la garde comme un très précieux tableau et gage de vos généreuses faveurs. Et de fait, je ne pense pas avoir si bien rencontré en faisant mon portrait (lequel vous avez jugé digne de votre approbation) que vous y avez exprimé parfaitement les marques de votre très noble et très libéral génie, me remerciant de ce que je vous dois, et vous chargeant des obligations que je vous ai, et aurai toute ma vie, comme celle qui est véritablement,
    Madame
    Votre très humble, très obéissante et très obligée servante,
    A.M. de Schurman.
    D’Utrecht, ce 18e de mars 1648.

    Je vous présente ici un petit essai de ma Muse et de mon ciseau, en reconnaissance de tant de bienfaits que j’ai reçus de vous, et j’espère que l’occasion nous naîtra un jour de vous en pouvoir témoigner plus amplement mes remerciements. »

    1. Née Anne Mercier, v. note [5], lettre 95.
  2. Leyde, Elsevier, 1648, in‑8o essentiellement latin et français de 374 pages, avec un des autoportraits de l’auteur à l’âge de 33 ans, accompagné de deux de ses vers :

    Cernitis hic picta nostros in imagine vultus :
    Si negat ars formam, gratia vestra dabit
    .

    [Voici une gravure vous montrant mes traits : si mon talent dénie la beauté, votre affection me la donnera].


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 février 1648. Note 74

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0150&cln=74

(Consulté le 27.09.2022)

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