À Hugues de Salins, le 1er février 1657
Note [8]

« au livre 6 de ses Énarrations, à l’énarration v. »

Le titre de cette énarration (commentaire) confirme que Franciscus Valleriola (v. note [4], lettre 9) a bien exercé la médecine en Provence : De annua elephanticorum apud Arleatam Probatione vetere senatuconsulto instituta, deque nonnullis ad eam rem pertinentibus [L’Examen des lépreux qu’un ancien décret a instauré en Arles, et de quelques questions qui s’y rapportent]. Le plus intéressant est la réflexion morale sur l’obligation faite aux médecins de déclarer les cas de lèpre qu’ils diagnostiquaient dans cette cité (pages 442 vo‑443 ro de l’édition de Venise, 1555) :

Hippocratis enim iureiurando astringimur, ut quæ efferre non contulerit, ad curandum adhibiti, sive etiam minime adhibiti, ea quidem ceu arcana contineamus, nec cuiquam committamus. Itaque si quis cui ad Elephantem inclinatio quædam sit, consulturus nos adeat, eu ne protinus magistratui prodere ? et famæ periclitanti notam inurere ? et in vulgum infamare audebimus ? Absit, absit a sancta medicorum fide ac probitate flagitium hoc. Impietati sane proximum mihi videtur, quem consilio regere, fide tueri, arte servare potes, hunc exilij reum mendacio facere, hunc tanti mali insimulare, hunc fama spoliare, turpemque et contemptibilem vulgo proponere. Tacite hic profecto a medico admovendus est, et cohortandus, sibi ut sapiat, medicorum dictis audiens ut sit, eorumque consilijs præceptisque pareat. Quod si hunc iam pessime affectum primo etiam aditu invenerit, tum deferre magistratui illum debet, tum malum significa re. Nam ut impietatis est, nondum lapsum noxæ dare : sic certe proditæ fidei, iam inquinatum, iam Elephanticum factum non prodere, non ab hominum cœtu eximere, ne maiorem privati hominis quam rei publicæ (quæ una omnes omnium propinquitates et affinitates longe superat) curam habuisse videri possit.

[Le serment d’Hippocrate nous contraint en effet à ne pas divulguer, si peu que ce soit, ce que nous avons été amenés à soigner, pour le renfermer en nous comme un secret et ne le confier à personne. Si, par exemple, quelqu’un vient nous consulter parce qu’il a une prédisposition à la lèpre, oserions-nous le dénoncer aussitôt au magistrat en risquant de souiller sa réputation et de le diffamer publiquement ? Qu’on tienne la sainte loyauté et la probité des médecins à l’écart, loin à l’écart d’une telle ignominie ! Que vous puissiez condamner par tromperie au bannissement, plonger dans le plus profond malheur, spolier la réputation, et exposer publiquement à la honte et au mépris celui que vous guidez de votre conseil, que vous protégez de votre confiance, dont vous préservez la santé par votre art, me semble bien peu éloigné du sacrilège. {a} Il va sans dire que le médecin doit absolument avertir cette personne et l’exhorter à être raisonnable, à écouter ce que lui disent les médecins, et à se soumettre à leurs conseils et à leurs prescriptions. Pourtant, si, dès la première consultation, on constate qu’elle est déjà gravement affectée, on doit alors en déférer au magistrat, et déclarer sa maladie. De même que c’est un sacrilège de ne pas dénoncer un crime qui va se commettre, c’est trahir la confiance de ne pas dénoncer un lépreux qui est déjà confirmé, déjà souillé ; ne pas l’isoler du contact des autres peut paraître ne pas faire grand cas de l’intérêt tant privé que général (qui surpasse de très loin tous les liens de parentés comme d’amitié de tout un chacun)].


  1. Le scrupule de Valleriola est louable, mais surprenant car notre édition abonde en observations médicales où l’anonymat du patient n’a en rien été respecté.

La déclaration obligatoire de certaines maladies infectieuses (au nombre de 30 en France, en 2019, n’incluant pas la lèpre) est tout à fait passée dans les mœurs sanitaires. Elle est administrative et confidentielle, et non plus publique comme au temps de Valleriola. Les médecins ne s’estiment donc pas forcés à enfreindre le serment d’Hippocrate :

« Quoi que je voie ou entende dans la société pendant l’exercice ou même hors de l’exercice de ma profession, je tairai ce qui n’a jamais besoin d’être divulgué, regardant la discrétion comme un devoir en pareil cas. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 1er février 1657. Note 8

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0460&cln=8

(Consulté le 25.10.2020)

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