À Charles Spon, le 9 novembre 1642
Note [9]

Jean-Pierre Camus (Paris 1582-ibid. 5 avril 1652), bien qu’il ne le fût plus, avait conservé le nom d’évêque de Belley, ville de l’actuel département de l’Ain, capitale du Bugey, à 74 kilomètres au sud-est de Bourg-en-Bresse. Camus y avait été nommé en 1608 et sacré l’année suivante par François de Sales, évêque de Genève. Il avait été député du Clergé lors des états généraux de 1614.

En 1629, résignant son évêché en faveur de Jean de Passelaigne, il avait reçu en échange l’abbaye d’Aunay près de Caen, avant de devenir vicaire général de François de Harlay, archevêque de Rouen. Il se rendit surtout célèbre par la guerre qu’il fit aux moines mendiants, dont il attaquait la fainéantise, les mauvaises mœurs et la sensualité, et qu’il comparait à des cruches qui se baissent pour mieux se remplir. Richelieu dut intervenir pour faire cesser cette lutte.

Camus était un prélat pieux, désintéressé, laborieux et charitable. Il refusa plusieurs évêchés importants et finit par se retirer à l’hôpital des Incurables à Paris (v. note [13], lettre 286) pour s’y consacrer entièrement au service des pauvres. Pour dernière marque d’estime, Louis xiv le fit nommer évêque d’Arras en 1651, mais Camus mourut sans avoir reçu les bulles du pape (G.D.U. xixe s.).

Camus a énormément écrit. Ses titres les plus singuliers sont : L’Antimoine bien préparé (1632) et Le Rabat-joie du triomphe monacal (1634). Il avait imaginé de composer des romans dévots pour remédier au mal causé par les romans profanes : ce furent d’abord, en 1628, les 100 nouvelles publiées en deux recueils, intitulés Événements singuliers et Occurrences remarquables, qui furent suivis de nombreux autres jusqu’en 1644. En disant sans détour que Camus « méprisé au xviiie siècle, oublié au xixe, presque inconnu au xxe s., Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, est redécouvert depuis les années 1970 et apparaît aujourd’hui comme l’un des auteurs majeurs de la première moitié du xviie siècle », sous le titre Les Spectacles d’horreur (1628, 1644), Christian Biet en a réédité quelques bonnes feuilles dans son Théâtre de la cruauté et récits sanglants en France (xvie-xviie siècle) (Paris, Robert Laffont, Bouquins, 2006, pages 221-320). On remarque aussi de Camus : L’Esprit du bienheureux François de Sales (dont il était le disciple et l’ami) (Paris, 1639-1641, 6 volumes) et les Moyens de réunir les protestants avec l’Église romaine (1603).

La profonde aversion de Camus pour les moines lui valait l’admiration de Guy Patin, qui a aussi souvent cité sa définition de la politique : ars non tam regendi quam fallendi homines [l’art non tant de diriger que de tromper les hommes].

Tallemant des Réaux (tome ii, pages 66‑68) a consacré une chaleureuse historiette à « M. de Belay » :

« Le cardinal de Richelieu lui envoya un brevet de conseiller d’État, et ensuite 2 000 livres pour une année de pension ; il les refusa. “ Ah ! ” dit le cardinal, “ je ne le croyais pas si désintéressé. ” Ensuite, il l’envoya quérir : “ Il faut que nous vous canonisions, M. de Belley ”, lui dit-il. – “ Je le voudrais bien, Monseigneur, nous serions tous deux contents ; vous seriez pape et je serais saint. ” »

Janséniste convaincu, Camus a publié en 1642 un traité Du libre arbitre (Paris, Jacques Villery et Gervais Aliot, in‑8o).

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 9 novembre 1642. Note 9

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0072&cln=9

(Consulté le 24.01.2021)

Licence Creative Commons