À Charles Spon, le 24 mai 1658
Note [9]

Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes : où le lecteur trouvera les vérités de la morale chrétienne si nettement expliquées et prouvées avec tant de solidité qu’il lui sera aisé de voir que les maximes des jansénistes n’ont que l’apparence de la vérité, et qu’effectivement elles portent à toutes sortes de péchés et aux grands relâchements qu’elles blâment avec tant de sévérité. Par un théologien et professeur en droit canonique (Paris, 1657, in‑4o).

L’ouvrage anonyme, écrit par le P. Georges Pirot, s.j. (1599-1659, ici déformé en Tirot par Guy Patin), contre l’auteur (alors inconnu) des Provinciales, manqua sa cible (Paul Allier, page 188, avec extraits des Mémoires du P. René Rapin, v. note [8], lettre 825) :

« Le P. Pirot, au lieu de nier les excès des casuistes, imaginait de les défendre. Rien ne pouvait mieux irriter l’opinion publique. “ Jamais livre, dit le P. Rapin, ne parut plus à contretemps… Ce fut une des plus rudes épreuves où la Providence ait depuis longtemps mis la patience de ces pères ; car ils ne furent pas même plaints de leurs amis, qui ne purent approuver leur Apologie. Ils n’avaient qu’à se taire et à se tenir en repos ;… mais le fracas de cette persécution qu’on leur fit sur ce livre fut si grand qu’on commença à les moins considérer et à les mépriser même. ” Le résultat le plus clair de la mésaventure fut de retarder la ruine de Port-Royal. »

L’Apologie déclencha en effet une cascade de réactions du parti janséniste, dont les plus incisives furent celles de Blaise Pascal :

  • Requête des curés d’Amiens, présentée à Monseigneur leur évêque le 5 juillet 1658, contre un livre intitulé Apologie pour les casuistes. Avec le Factum qu’ils lui ont aussi présenté le 27 du même mois, et les extraits des écrits dictés dans le Collége d’Amiens par trois jésuites professeurs des cas de conscience, contenant les mêmes ou semblables erreurs que l’Apologie (sans lieu, in‑4o) ;

  • Requête des curés de Nevers, présentée à Monseigneur leur évêque le 5 juillet 1658, contre un livre intitulé Apologie pour les casuistes etc., imprimé à Paris l’an 1657. Avec le Factum qu’ils lui ont aussi présenté, et la Censure de mondit seigneur contre le même livre (sans lieu, in‑4o) ;

  • Factum pour les curés de Paris contre un livre intitulé Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes, à Paris, 1657, composé, imprimé et débité (sans lieu, 1658, in‑4o) ;

  • Réponse des curés de Paris pour soutenir le factum par eux présenté à Messieurs les vicaires généraux pour demander la censure de l’Apologie des casuistes, contre un écrit intitulé Réfutation des calomnies nouvellement publiées par les auteurs d’un factum sous le nom de Messieurs les curés de Paris, etc. (sans lieu, 1658, in‑4o), que Pascal écrivit en une journée.

La riposte allait s’amplifier, des évêques allaient se joindre aux curés ; et devant ce soulèvement ecclésiastique, le Saint-Siège se décida même à condamner le livre du P. Pirot, le 26 août 1659.

Le Liber Theologiæ moralis… du jésuite espagnol Antonio Escobar (v. note [22], lettre 446) avait eu plusieurs éditions, notamment : Lyon, 1644 et 1652 ; Paris, 1656.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 mai 1658. Note 9

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(Consulté le 20.10.2021)

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