Autres écrits : Une thèse cardinale de Guy Patin :
« La Sobriété » (1647), note 92.
Note [92]

Érasme, Colloques familiers, Opulentia sordida [L’opulence sordide], dialogue entre Iacobus [Jacques, Ia.], et Gilbertus [Gilbert, Gi.] :

Gi. Nam ipse forte per viam ambulans redibam a sacro, et comes admonverat illic habitare medicum ; libuit videre regnum illius. Erat autem dies dominicus. Pulsavi fores : apertæ sunt ; ascendi ; offendo medicum cum filio et eodem famulo prandentem. Apparatus erat duo ova, præterea nihil.
Ia. Oportuit esse exangues homines.
Gi. Imo ambo erant pulchre habito corpore, colore vivido ac rubido, oculis lætis.
Ia. Vix credibile est.
Gi. At ego compertissima narro. Nec ille solus ad istum vivit modum, sed complures alii et imaginibus clari et re lauta.
Polyphagia et polyposia, crede mihi, consuetudinis res est, non naturæ. Si quis paulatim assuescat, tandem eo proficiet, ut idem faciat quod Milo, qui bovem eodem die totum absumpsit.

[Gi. « Un jour, revenant de la messe, je passai dans la rue où, m’avait dit un ami, habitait le médecin. J’eus envie de voir son royaume. C’était un dimanche. Je poussai la porte, qui était ouverte, et montai. Je trouvai le médecin déjeunant avec son fils qui était aussi son serviteur : deux œufs composaient tout leur repas, sans une miette de plus. »
Ia. « Ces gens devaient être exsangues ! »
Gi. « Pas du tout ! Ils avaient un bel embonpoint, le teint vif et vermeil, l’œil gai. »
Ia. « C’est à peine croyable ! »
Gi. « Je t’assure que c’est absolument vrai. Cet homme n’est d’ailleurs pas le seul à vivre ainsi. Quantité d’autres gens en font autant, tout distingués qu’ils soient par leur naissance et leur fortune. Polyphagie et polyposie sont, crois-moi, affaire d’habitude, et non de nature. {a} Quiconque s’y habitue petit à petit parviendra à ce qu’il veut, comme fit Milon qui, en une journée, avala un bœuf entier. »] {b}


  1. J’ai mis en exergue la phrase reprise par Guy Patin. Polyphagie et polyposie (ou polydipsie) sont deux mots savants d’origine grecque pour désigner l’habitude de manger et boire en abondance. Quand elles sont involontaires, ce sont deux signes révélateurs (dits cardinaux) du diabète (v. note [27] de Diafoirus et sa thèse).

  2. Milon de Crotone est un athlète grec du vie s. av. J.‑C., dont la force herculéenne et l’appétit légendaire ont été contés par maints écrivains. Solin a rapporté l’anecdote du taureau dans son Polyhistor (v. note [6], lettre 52).

    Victor Develay a entièrement traduit L’opulence sordide dans le tome 3 des Colloques (Paris, 1876, pages 215‑232).


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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Une thèse cardinale de Guy Patin :
« La Sobriété » (1647), note 92.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8223&cln=92

(Consulté le 03/03/2024)

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