L. 52.  >
À Claude II Belin,
le 26 décembre 1640

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Monsieur, [a][1]

Les lettres que je vous écris quelquefois ne méritent pas les remerciements que vous prenez la peine de me faire car, pour si peu que vaut ce que je vous écris, [2] j’en suis assez amplement et libéralement récompensé par tant de marques d’affection que me témoignez à toute heure. Je voudrais bien avoir moyen de vous témoigner de mon côté < la > pareille et de rendre quelque bon service à votre Compagnie, [1][3] en laquelle je vous honore particulièrement, et ensuite MM. Mégard [4] et Barat, [5] et auxquels je vous prie de faire mes recommandations et de les assurer de mon très humble service. Pour M. Sorel, [6] je suis bien aise qu’il soit allé à Montpellier [7] et qu’il achève là de se perfectionner afin d’atteindre une bonne fin. C’est un jeune homme bien fait et qui a de bons commencements, c’est dommage qu’il n’a plus de santé. Je pourrais, à cause de cela, dire de lui ce que Macrobe [8] a dit quelque part d’un illustre Romain : ingenium Galbæ male habitat[2] M. de Saumaise, [9] venant de Hollande pour passer à Dijon, [10] a séjourné ici quelque temps. J’ai acheté tout ce qui est venu de nouveau de lui. Est homo scientissimus et infinitæ lectionis ; [3] j’aimerais mieux savoir ce que possède ce grand homme en son esprit, et quod habet quasi innumerato[4] que tout ce que prétend savoir la noire troupe des disciples du P. Ignace, [11][12] qui ne savent que leur métaphysique. Encore ne la savent-ils pas bien, ce qui me fait croire qu’il ne faut plus s’attendre que ces gens-là nous donnent rien de bon, puisqu’ils ne s’emploient plus qu’à prêcher et à confesser les bigots et les bigotes, à cause qu’ils gagnent davantage à cela. Hoc unum agunt boni illi viri, ut sacerimmæ pietatis obtentu rudioribus imponant, et captivas detineant mulierculas ; sed apage illam gentem[5] M. de Saumaise a fait bien autre chose depuis le Solin[6][13] Quand vous viendrez à Paris, je vous les ferai voir si vous les désirez. Je crois bien que vous ne manquez non plus de soldats et de malheurs que tout le reste de la France, qui me font souvent écrier Ad quæ tempora nos reservasti, Domine ! [7] car je ne veux pas dire comme cet impie Catulle [14] Cinæde Romule, ista videbis, et feres ? [8][15] Il [faut] prendre patience et espérer que Dieu nous en donnera le moyen : dabit Deus his [quoque] finem, et fortasse tot tumultuum auctoribus funem commeritum[9][16] M. de Bullion, [17] surintendant des finances, mourut ici samedi dernier, 22e de décembre, d’une apoplexie, [18] âgé de 72 ans. Il est enterré aux Cordeliers, [10][19][20] auxquels il a donné cent [mille] francs. Il n’y a point ici de Grégoire de Tours [21] de M. Ballesdens : [22] novi hominem[11] qui n’est capable de rien de pareil. Il y a quelques années qu’il fit imprimer le ramas des Éloges de Pap. Masson ; [12][23] mais il n’y a rien mis du sien, hormis des épîtres jusqu’au nombre de quatre, pleines de puantes louanges et de flatteries à M. le chancelier[24] cuius bascaudas lingit, ut solent edaces parasiti ; [13] à cela il y est bien [propre], ad cetera, telluris inutile pondus[14] On attend ici dans peu de jours le prince T[homas] [25] et le comte d’Harcourt. [26] Le pape [27] est bien serré paralytique, itaque in via [proxima] ad apoplexiam : [15] voyez où en est réduit ce bon père, il fait cheminer les autres du c[entre] de la terre jusque par delà le firmament, et néanmoins le pauvre prince [n’y] peut aller lui-même ; c’est que causæ æquivocæ dant quod non habent[16] Mais j’abuse de votre loisir, ignosce amico tecum garrienti et amice confabulan[ti]. [17] Je vous baise très humblement les mains, et à Mme Belin et à Messieurs vos frères, pour être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 26e de décembre 1640.

M. de Bullion tomba malade vendredi après-midi. Il fut saigné, confessé et communié ; deux fois des bras, une fois du pied. M. le Cardinal [28] sachant la grandeur de son mal, le vint voir, et le trouva sans voix et sans connaissance ; ayant vu quoi, solutus in lacrymas Princeps purpuratus recessit[18] Le malade mourut ex suffocatione cerebri [19] le samedi fort tard, tout près de minuit.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 26 décembre 1640

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(Consulté le 18.10.2019)