Bernard KURDYK
Docteur en Sciences Odontologiques

Jusqu’au milieu du XVIII° siècle, les prothèses dentaires sont réalisées soit à l’aide de dents naturelles fixées par des ligatures, soit à partir de matières animales ou végétales. Les organes dentaires sont d’origine humaines (celles du patient ou provenant de cadavres) ou animale. Ces dents sont ajustées en bouche à l’aide de petites meules : on supprime la racine puis on adapte les faces proximales. lles sont ensuite obturées avec du plomb fondu; latéralement un ou plusieurs trous permettait le passage des ligatures de fixation. Elles sont enfin attachées entre-elles ou aux dents résiduelles à l’aide de fils d’or ou de soie.Les prothèses amovibles sont elles réalisées à l’aide de matériaux organiques d’origine animale dents ou os de boeuf, cheval, hippopotame,…) ou encore végétale (bois blanc). Ces prothèses sont directement sculptées par des tabletiers qui étaient des artisans spécialisés dans le travail de l’ivoire. Ils les confectionnent d’après des indications données par le chirurgien après qu’il ait « examiné la quantité de dents restantes, leur volume, leur situation, la dimension des gencives, tant en dehors qu’en dedans afin qu’ayant pris les mesures requises, l’on puisse faire avec justesse la pièce qui doit embrasser les gencives, tant antérieurement que postérieurement  » (Fauchard). En fait, ces dentiers présentent en raison de leur composition et de leur porosité, des variations dimensionnelles importantes dans le temps. La dessiccation et l’usure des faces occlusales rendent nécessaires des ajustages fréquents par meulage et adjonction de nouveaux segments occlusaux. Mais surtout, au bout de quelques mois, ils noircissent et deviennent malodorants.

C’est ce dernier inconvénient qui a semble-t-il poussé un apothicaire de Saint-Germain en Laye, M. Duchateau, à réaliser un appareil de nature minérale afin de le rendre inattaquable aux agents salivaires. La date de ses travaux reste incertaine car aucun de ses écrits ou observations ne subsistent, mais il semble qu’il faille les situer vers l’an 1779.

C’est à cette époque qu’il se serait associé, pour ses recherches, avec Dubois de Chémant. Leur association a été de courte durée et Dubois de Chémant reprend les travaux à son compte. Il travaille à la confection de dentiers en porcelaine partiels ou complets maxillaires ou mandibulaires en utilisant les différents types de porcelaine existants, ainsi qu’en témoigne son mémoire descriptif déposé pour l’obtention de son brevet.

Tous ces travaux et recherches ont été menées avec l’aide de la Manufacture de Sèvres où Dubois De Chémant s’est fait construire un petit four spécialement adapté pour la cuisson de ses porcelaines. C’est là également qu’il se procure la pâte tendre, tel qu’en témoigne les registres comptables. Le musée détient d’ailleurs encore un lot de 158 dents en céramique.

Les bons résultats et les demandes de plus en plus nombreuses poussent l’auteur à faire des communications auprès des différentes sociétés savantes et à publier son premier ouvrage intitulé :  » Dissertation sur les avantages des dents et râteliers artificiels incorruptibles et sans odeurs « .

Portrait de N. Dubois de Chémant (in: Dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers artificiels incorruptibles et sans odeur, inventés par M. Dubois de Chémant, suivie d’une réfutation sommaire des assertions avancées par M. Dubois-Foucou dans la lettre aux auteurs du Journal de Paris, le 18 mai 1788. Dubois de Chémant, Nicolas. Paris, 1788)

 

Le 22 avril 1788, Geoffroy, Palle et de Fourcroy présentent au Louvre un rapport favorable sur la composition. Vicq d’Azur, alors président de la Société Royale de Médecine, en certifie l’approbation le 18 Mai 1788.

Mais, par voie de presse (Le Journal de Paris n°139 du dimanche 18 Mai 1788), Dubois-Foucou,  » chirugien-dentiste du Roi en Survivance « , met en garde la population sur les inconvénients et dangers de cette matière. Ce dernier dépeint Dubois de Chémant comme un contrefacteur. Il rend hommage à Duchateau à qui il laisse la paternité des dents de porcelaine. Enfin, il restreint l’indication des dents en porcelaine  » qui peut convenir pour des dentiers inférieurs seuls et entiers ou être utilisée pour des dentiers doubles destinés à des personnes qui ne craignent pas la publicité que le choc mutuel des mâchoires peut donner, mais qu’elle peut, en général, être employée sans danger pour des dentiers partiels à cause de la dureté, de la pesanteur et de la fragilité « . Et de conclure:  » L’on fera force de prononcer la prescription de l’usage de la porcelaine pour des dentiers partiels ou dents séparées comme nuisible et dangereux « .

Par contre, le 27 Février 1789, dans la rubrique Arts du Journal de Paris n° 58, Geoffroy, docteur régent de la Faculté de Médecine,  » rend hommage au bien fondé des travaux ainsi qu’au talent de M. de Chémant « .

Le 10 Juin de cette même année, Darcet et Sabatier rendent leur rapport à l’Académie Royale des Sciences et pour eux:  » il serait à propos qu’il fût mention dans l’Histoire de l’application heureuse qu’il (Dubois de Chémant) a fait d’une matière dure et incorruptible à un objet aussi utile que celui de remplacer les dents lorsqu’elles viennent à manquer « .

Dans ce climat d’âpres discussions, une lettre dans laquelle Dubois de Chémant tente de discréditer Dubois-Foucou, alors tout puissant, est lue le 19 Novembre 1789, à l’Académie de Chirurgie.

Dubois de Chémant fait paraître ensuite dans le supplément au Journal de Paris n° 12 du mercredi 13 Janvier 1790, une note dans laquelle il rappelle brièvement les avantages de son invention. Il donne également son adresse et les heures de consultation. Peut-être en prévoyance du rapport de Brasdor, Chopart et Brales du 16 Février 1790, à l’Académie de Chirurgie. Ce rapport ne lui est ni favorable, ni défavorable, les auteurs préférant  » attendre une expérience plus longue pour porter un jugement définitif « .

Le 4 Avril 1790, Sédillot rédige un intéressant parallèle entre les râteliers et dents artificielles de la composition de M. Dubois de Chémant et ceux des dentistes; mais une fois encore, il conclut :  » c’est à l’expérience qu’il appartient seule de décider « .

Le 6 Septembre 1791, Dubois de Chémant obtient la consécration tant recherchée : un brevet pour quinze années lui est fait pour la fabrication de dents et râteliers de pâte de porcelaine crue. Ce brevet est le treizième brevet industriel français. Il a été obtenu après la dépose d’un mémoire descriptif de six pages, daté du 3 septembre 1791, dans lequel l’auteur décrit sa démarche expérimentale puis la composition et les modes de mise en oeuvre auquel il est arrivé.

Mémoire descriptif déposé par Dubois de Chémant pour l’obtention de son brevet (I.N.P.I. – Paris). Première et dernière page comportant la signature de l’auteur.

Il rencontre alors de nouvelles difficultés : un procès lui est fait par Duchateau et Dubois-Foucou au sujet de la paternité de son invention. Mais, le jugement rendu le 26 Janvier 1792 déboute ses adversaires. Dubois de Chémant, trop sûr de lui et trop heureux de cette victoire, va aller trop loin. En effet, il fait imprimer des affiches contenant des extraits de ce verdict et les fait apposer dans tout Paris. Dubois-Foucou porte plainte et le jugement rendu par le même tribunal le 22 Mars 1792, condamne Dubois de Chémant pour avoir porté atteinte à la réputation de Dubois-Foucou.

En cette période révolutionnaire très trouble, les  » privilèges  » qui sont accordés à Dubois de Chémant par la Manufacture de Sèvres (fourniture de pâte de porcelaine crue et mise à disposition d’un four de cuisson) vont entraîner une réaction de l’Intendant de la Liste Civile de Laporte. Il écrit ainsi au directeur de la manufacture, M. Régnier, afin que  » personne y travaille ou fasse travailler les ouvriers pour son propre compte ni que personne y ait en quelque sorte une propriété « . Il demande en plus la destruction du four et ordonne l’interdiction de la fourniture de pâte de porcelaine à Dubois de Chémant mais également à ses concurrents qui semblent de plus en plus intéressés par cette composition.

Très atteint par ces attaques successives, Nicolas Dubois de Chémant part s’exiler en Angleterre cette même année. Il s’installe à Soho et réalise une campagne publicitaire vantant  » une nouvelle découverte de dents artificielles et râteliers, ressemblant à la nature, approuvée par la Faculté et la Société de Médecine de Paris et par l’Académie des Sciences de Paris « . Il fait publier, en 1797, une traduction en langue anglaise de son ouvrage dans laquelle il prend soin d’indiquer le lieu et les horaires de ses consultations. Les critiques qui vont lui être faites vont porter sur son nouvel argument publicitaire. Ainsi, une caricature de Rowlandson ironise sur l’éclat des dents artificielles et des prothèses de ce dentiste français.

En 1825, il quitte l’Angleterre pour se réinstaller à Paris, rue Vivienne, son oeuvre se perpétuant à Londres par l’intermédiaire de son beau-frère. On retrouve des traces d’achats de porcelaine et de matériels dans les registres de la Manufacture de Sèvres réalisés à cette époque. On perd ensuite sa trace.

L’utilisation de la porcelaine en art dentaire est lancée. Son oeuvre et ses recherches vont être ensuite reprises. C’est Guiseppangelo Fonzi, quelques années pus tard, qui va faire progresser la technique fixant le mode de réalisation moderne des dents prothétiques en porcelaine.

Portrait de G. Fonzi à 40 ans (in: Guiseppangelo Fonzi. Bartieri, (Antonio) Pavia, Rassegna Trimestriale di Odontiatria, 1958, 2: 134-179).

 

Guiseppangelo Fonzi est un citoyen italien qui a beaucoup voyagé et exercé tous les métiers du monde quand il arrive à Paris. Il est né le 13 juillet 1768 à Spoltore, dans la province de Teramo. Après des études secondaires rapides à Naples, il quitte le foyer paternel et s’engage sur un navire de guerre espagnol. Il y apprend l’espagnol, l’astronomie et la navigation. Lassé par la vie maritime, il débarque en Espagne et exerce tous les métiers pour survivre. De cette façon il devient dentiste sur les places publiques. Il se prend de passion pour ce nouveau métier et, pour se perfectionner, décide de se rendre en France. C’est ainsi qu’il s’installe à Paris en 1795.

Il cherche à améliorer les aspects théoriques et techniques de son art notamment par l’étude des dents imputrescibles.

Il rentre ensuite en Italie puis entreprend toute une série de voyages en Europe: Munich (1815), Londres (1816), Saint-Petersbourg (1823), Moscou (1825), Naples puis de nouveau Paris en compagnie de son neveu afin de lui apprendre la profession et faire de lui son successeur dans la capitale française (1826), Madrid (1831), et enfin Barcelone (1836) où il décède en 1840. Ses différents voyages lui ont permis de s’enrichir, sa réputation basée sur la qualité esthétique de ses prothèses le devançant à chaque étape.

En fait, c’est à Paris que ses recherches sur les dents incorruptibles ont abouti à un nouveau procédé de mise au point et de mise en oeuvre.

La grande idée, géniale idée, de Fonzi, réside dans la dissociation, lors de l’élaboration prothétique, des dents minérales et de leur support.

Cette idée représente un perfectionnement fondamental dans la construction des prothèses dentaires. Ainsi, alors que Dubois de Chémant et tous ceux qui ont suivi et copié son mode de réalisation, se trouvent dans la nécessité de construire un bloc prothétique massif pour chaque patient en relation avec la forme de l’arcade édentée, avec tous les risques d’insuccès occasionnés par le retrait volumique inhérent à la cuisson de la pâte, Fonzi dépasse cette difficulté en préparant et réalisant indépendamment les dents et leur support anatomique. Les difficultés étant dissociées, la facilité et la rapidité d’exécution se trouvent augmentées, quel que soit le type d’édentement et de prothèse.

Pour mettre au point cette technique, il trouve un moyen pour rendre solidaire dents et base prothétique. Il a l’idée d’inclure un crampon métallique dans chaque dent. Ce crampon est d’abord en or, mais sa faible température de fusion et sa très grande malléabilité empêchent une liaison rigide et stable dans le temps. Il l’abandonne donc au profit du platine. Ce métal, nouveau à l’époque puisqu’on n’en connaît les propriétés que depuis 1748, est très tenace, ductile, élastique mais, surtout peu dilatable et offre le même coefficient de dilatation que le verre. La liaison avec les dents en céramique est donc facilement assurée et stable lors de la cuisson des dents.

Détail de dents antérieures visualisant les crampons de rétention métalliques (Musée P. Fauchard – Paris)

 

Plaquette de dents de Fonzi (Musée P. Fauchard – Paris)

 

En 1807, Fonzi présente son invention à l’Académie des Sciences. Une commission composée de Tenon, Gay-Lussac et Sabatier rend son rapport le lundi 8 juin 1807. Ils retiennent l’intérêt du procédé qui allie selon eux, rapidité d’exécution, esthétisme et ingéniosité. L’avantage des dents de Fonzi réside dans le fait que :

 » 1) M. Fonzi a des dents de toutes les espèces, c’est-à-dire des incisives, des canines, des molaires de la mâchoire du haut et de celle d’en bas.

2) Il en a de toutes les teintes et propres à répondre à celles des dents naturelles qu’elles doivent remplacer.

3) Ces dents ont cela de particulier qu’avant de les cuire il y ajuste un crampon de platine, perpendiculaire ou horizontal, qui s’y incorpore et qui donne la facilité de les monter comme il convient « .

Mais, paradoxalement, la conclusion du rapport est très prudente, voire même négative. L’invention leur paraît ainsi  » d’un succès trop incertain, et surtout d’une trop légère importance pour mériter d’être approuvé « .

Ces conclusions et observations ne découragent pas Fonzi. Il se tourne ainsi le 4 février 1808 vers l’Athénée des Arts où fut constituée une commission chargée d’examiner ces dents minérales, le procédé de fabrication et les applications des prothèses. Le rapport a été publié le 16 mai 1808 dans le Journal des Arts, des Sciences , de la Littérature et de la Politique.

Fonzi est d’abord félicité pour avoir réuni dans ses travaux les talents d’artiste, mais également de biologiste, de physicien et de chimiste. Et c’est cet abord différent qui lui a permis d’arriver à cette invention des dents terro-métalliques tout en évitant les inconvénients des autres matières utilisées jusqu’alors.

Quelques précisions supplémentaires apparaissent également.

Ainsi, dès 1808, Fonzi réalise au niveau de ses prothèses partielles des crochets dits  » élastiques  » et non plus constitués de bandes enserrant les dents résiduelles: le crochet moderne que l’on emploie toujours est né. De plus, il émaille ces crochets pour les rendre esthétiques.

Le procédé d’élaboration des bases métalliques est également décrit. Les premières réalisations ont consisté en l’apposition de ces dents de porcelaine sur des bases en os d’hippopotame. Cette solution ne représente qu’un palliatif car la base se détruit rapidement sous l’action de la salive et des aliments. Certes cette fois, les dents sont réutilisables. En fait, cette technique permet à Fonzi d’échapper aux bases de porcelaine dont il a décrit l’imprécision due au retrait de cuisson et génératrices d’erreurs fréquentes et de blessures.

Un autre type de base s’impose donc. Ce sont les bases en métal (or puis platine, suivant la même évolution que les crampons). Pour les réaliser, il prend une première empreinte à la cire de la bouche et il en tire le modèle en plâtre du maxillaire édenté. Il pratique une nouvelle empreinte de ce modèle en argile qu’il coule cette fois en bronze. Sur ce duplicata, il applique une plaque en or (puis en platine) qui prend exactement la forme de l’arcade édentée. Il ne lui reste plus qu’à monter ses dents choisies en fonction de l’édentement du patient et à les souder secondairement à la base métallique.

Cette fois, ce mode de liaison a pleinement satisfait les rapporteurs puisque  »  ils n’ont pu en aucune manière les ébranler, quelques efforts qu’ils aient faits, même à l’aide d’un étau et d’un levier « .

Schéma illustrant le rôle des ressorts

 

Vue interne illustrant le magnifique travail de sculpture reproduisant au mieux l’anatomie dentaire (Musée P. Fauchard – Paris).

 

En variant la position de ces crampons, Fonzi peut utiliser les mêmes dents pour confectionner des dents à tenon (crampon horizontal) ou pour les prothèses adjointes (crampon perpendiculaire).

Non content d’avoir apporté cette technique, il va également travailler sur la composition de la pâte et incorporer différents oxydes métalliques pour obtenir 26 teintes différentes et notamment, et c’est la première fois dans l’Histoire de la porcelaine dentaire, la teinte translucide qui lui permet de parvenir à un éclat semblable à celui d’une dent naturelle.

En effet, à l’image des dents humaines, les dents terro-métalliques sont constituées de deux parties :

  • l’une interne, opaque, constituée par la terre argileuse de Limoges ou kaolin, est l’équivalent optique de la dentine,
  • l’autre déposée à la surface, translucide, réalisée par de la silice de Limoges, assure aux dents prothétiques leur éclat et équivaut à l’émail.

La conclusion du rapport est plus qu’élogieuse, puisque les commissaires estiment que la plus grande publicité doit être faite autour de cette invention et que M. Fonzi mérite  » le maximum des récompenses fixé par les règlements « . Fonzi obtient ainsi une médaille d’or et une couronne.

Sa réputation d’artiste est faite et n’a plus qu’à le précéder partout où il se déplace.

L’article de Journal des Arts, des Sciences, de la Littérature et de la Politique se termine par un nota expliquant qu’étant donné l’abondance du rapport de l’Athénée des Arts, la suite relative plus particulièrement aux dents prothétiques sera publié dans le numéro suivant. Mais il n’en est rien et il faut attendre le numéro du 14 juin 1808 pour voir les rédacteurs revenir sur les dents terro-métalliques. Ce retard a pour origine le véritable déferlement de protestations déclenché par les honneurs attribués à Fonzi.

Ainsi retrouve-t-on Dubois-Foucou, qui part en guerre contre ce  » dentiste étranger, à qui il conviendrait qu’on apprenne le français « , moyen pour lui de réfuter les dents terro-métalliques au profit de sa propre composition.

Cependant, le plus virulent des adversaires semble être M. Ricci, dentiste installé à Paris. Ce dernier conteste avec force la qualité du procédé de Fonzi et surtout l’esthétisme de ses réalisations. Il essaie par tous les moyens de le discréditer . Il adresse ainsi une lettre au journal des Arts, des Sciences, de la Littérature et de la Politique, dans laquelle il explique son intention de faire confronter à un jury son propre procédé ainsi que celui de Fonzi.

Fonzi , en réponse, accepte le défi à condition que ce jury soit composé non seulement de chirurgiens-dentistes, mais également de chirurgiens, de médecins et de chimistes, moyen selon lui d’éviter les jugements d’intérêts. Ce jury tarde à se former, chacun hésitant à rentrer dans la polémique. Ricci s’impatiente et il faut attendre la fin de cette année 1808 pour le voir réattaquer. Les archives de l’Ecole de Médecine contiennent en effet la suite et la conclusion de cette polémique :  » l’Ecole de Médecine n’a pas de motif pour s’occuper de cette discussion « .

Fonzi publie ensuite un ouvrage intitulé:  » Réponse à Monsieur Dubois-Foucou, chirurgien-dentiste, sur la brochure publiée par lui en 1808 sous le titre : Exposé de nouveaux procédés pour la conception des dents dites de composition et sur la lettre adressée à Messieurs les dentistes « , dans lequel il développe sa riposte. Dans la plus grande partie de son exposé, il répond point par point aux attaques de Dubois-Foucou. Dans la conclusion, Fonzi n’hésite pas à faire l’offre de fournir à l’ensemble des dentistes, Dubois-Foucou y compris, ses dents terro-métalliques afin de leur éviter d’avoir à recourir aux dents de cadavres. Enfin, il nous explique que sa démarche, contrairement à tous les autres praticiens, est purement philanthropique, cherchant seulement à apporter les bienfaits de ses découvertes à la société toute entière et de conclure :  » Je m’estimerai plus heureux en simplifiant la marche de ceux qui viendront après moi; et en tarissant en leur faveur, toutes les ruses de l’ennemi, des jalousies et des rivalités dans un art dont l’uniformité de théorie et de pratique sera enfin fixée et constante « .

Deux remarques s’imposent à nous. La première est que Fonzi tente de répondre aux critiques faites par l’Ecole de Médecine de Paris en se dégageant de l’aspect financier soulevé par les réalisations prothétiques. D’autre part, et c’est là une grande première, il cherche à distribuer ses dents auprès de ses confrères. L’idée de la fabrication industrielle des dents prothétiques est née. Mais leur essor n’interviendra que plus tard, tradition et méfiance l’emportant sur la nouveauté technologique.

 

Bibliographie

  • Bartieri (Antonio). Guisppangelo Fonzi. Pavia, Rassegna Trimestriale di Odontiatria, 1958, 2:134-179.
  • Dubois de Chémant (Nicolas). Dissertation sur les avantages des dents incorrruptibles de pâte minérale, suivie d’un jugement qui a condamné M. Dubois-Foucou et consorts, dans leur demande en nullité de brevet d’invention, qui avait été accordé à l’inventeur. Paris, l’auteur, 1824.
  • Dubois de Chémant (Nicolas). Dissertation sur les avantages des nouvelles dents et râteliers artificiels incorrruptibles et sans odeur, inventés par M. Dubois de Chémant, suivie d’une réfutation sommaire des assertions avancées par M. Dubois-Foucou dans la lettre aux auteurs du Journal de Paris, le 18 mai 1788. Paris, l’auteur, 1788.
  • Dubois-Foucou (Jean-Joseph). Exposé de nouveaux procédés pour la conception des dents dites de composition. Paris, l’auteur, 1808.
  • Fauchard (Pierre). Le Chirurgien Dentiste ou Traité des Dents. Paris, Jean Mariette, 1728.
  • Fonzi (Guisepaangello). Réponse à Monsieur Dubois-Foucou, chirurgien-dentiste, sur la brochure publiée par lui en 1808 sous le titre: Exposé de nouveaux procédés pour la conception de dents dites de composition et sur la lettre adressée à Monsieurs les dentistes. Paris, l’auteur, 1809.
  • Guerini (Vincenzo). The life and works of G. Fonzi. Philadelphia & New-York, Lea and Febriger Edit., 1925.

 

Sources

  • Archives de l’Académie de Médecine. Compte rendu de séances.
  • Archives de l’Académie des Sciences. Compte rendu de séances.
  • Archives de l’Académie Royale de Chirurgie. Compte rendu de séances.
  • Archives de l’Athénée des Arts. Comptes rendus de séances.
  • Archives de l’Ecole de Médecine. Dossier dentistes.
  • Archives de la Manufacture de Porcelaine de Sèvres. Livres de Ventes. Correspondance.
  • Journal des Arts, des Sciences, de la Littérature et de la Politique, 1808.
  • Le Journal de Paris, 1788-89-90.