Fiche biographique
Sorbière, Samuel de

Médecin et écrivain [1] (Saint-Ambroix, Gard 1615-Paris 9 avril 1670), issu d’une famille protestante, était (par sa mère, née Louise Petit) neveu de Samuel Petit, pasteur de Nîmes. Destiné au ministère évangélique, Sorbière avait pris en dégoût l’étude de la théologie, et était venu à Paris, en 1639, pour suivre les cours de médecine, sans y obtenir ni licence ni doctorat. En 1642, il partit vivre en Hollande où il acheva ses études, se maria, puis s’installa comme médecin à Leyde. Il traduisit en français l’Utopie de Thomas More (Amsterdam, Jan Blaeu, 1643, in‑12o) et publia les Mémoires du duc de Rohan (Leyde, J. Vieltmank, 1644, in‑12o), avant de traduire les Fondements de la politique de Thomas Hobbes (Amsterdam, Jan Blaeu, 1649, in‑8o).

En juillet 1650, Sorbière rentra en France et fut nommé principal du Collège d’Orange. Il se convertit au catholicisme en 1653 et prit l’habit ecclésiastique à la mort de sa femme, visita Rome en 1655, puis devint historiographe du roi en 1660. Sorbière fut membre de l’académie putéane (v. note [5], lettre 181), puis de l’académie montmorienne, dont il rédigea le règlement à la fin de 1657, qu’il réforma en 1664, créant l’ébauche de la future Académie des sciences. Historiographe de Louis xiv, il voyagea beaucoup en Europe, mais la relation trop hardie de celui qu’il fit en Angleterre (v. note [3], lettre 788) le mit en défaveur et lui valut d’être exilé à Nantes en 1664.

Sorbière était amateur de traits satiriques et de bons mots, qui ont été réunis sous le titre de Sorbierana, publié à Toulouse, en 1691. Souvent déçu, mal récompensé, à son gré, des flatteries poétiques qu’il avait écrites au pape Alexandre vii, il se comparait à un homme à qui l’on envoie des manchettes et qui n’a pas de chemises. Ses auteurs favoris étaient Rabelais, Montaigne et Pierre Charron. Les lettres de Guy Patin, qui était de ses bons amis, ont régulièrement donné des nouvelles de Samuel Sorbière jusqu’à sa mort.

Il fut un indéfectible partisan de Jean Pecquet (v. note [15], lettre 280), et de sa découverte de la circulation du chyle. Sorbière a utilisé le pseudonyme de Sebastianus Alethophilus (ami de la vérité, αληθεια en grec). Son ouvrage médical aujourd’hui le plus curieux est le Discours de Monsieur de Sorbière, touchant diverses expériences de la transfusion du sang, adressé à Mgr le duc de Chaulnes, pair de France, chevalier des Ordres du roi, et son ambassadeur extraordinaire auprès de Sa Sainteté, daté de Rome le 1er décembre 1666 [corrigé en 1667 sur l’exemplaire conservé à la BnF[2] (Paris, Jean Cusson, 1668, petit in‑fo de 12 pages). Sorbière s’y montre prudent et clairvoyant, concluant :

« jusqu’à ce que l’on ait trouvé certainement la dose, le temps, et le lieu par où la transfusion [1] se puisse pratiquer avec un heureux succès, nous ne pouvons faire autre chose que louer l’adresse et la patience de ceux qui s’exercent à une aussi importante recherche. Et c’est aux grands princes de la favoriser. »

L’idée de transfuser du sang fut l’une des premières à suivre la découverte de la circulation. Tirant les conclusions logiques de ses conceptions, Sorbière combattit les abus de la saignée, ce qui lui valut l’inimitié profonde de Patin à partir de 1658 (v. note [20], lettre 528).

Bien que je n’aie retrouvé aucune lettre que Guy Patin lui ait écrite, j’en ai extrait et transcrit trois des Lettres et discours de M. de Sorbière sur diverses matières curieuses (Paris, François Clousier, 1660, in‑4o) : deux adressées à Patin, mais non datées, probablement écrites à la fin de 1649 et à la fin de 1650, et une sur La Circulation du sang expliquée au cardinal Mazarin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Fiche biographique : Sorbière, Samuel de.
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(Consulté le 02.04.2020)

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