L. latine 149.  >
À Claude Bachey, le 29 novembre 1660

[Ms BIU Santé 2007, fo 92 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Cl. Bachey, médecin de Beaune.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Votre noble dame malade est atteinte d’une affection très grave, qui n’est pas aisément curable ; particulièrement en cette saison d’automne qui rend malignes presque toutes les maladies. Soit, comme vous l’écrivez, il s’est agi d’une double tierce, dans un corps chaud et sec, qui la met en péril d’hydropisie vers le début de l’hiver ; [2][3] soit, comme je soupçonne, sa fièvre a été du genre et de la nature d’une quarte, et je crains un squirre de la rate ou du foie. [4][5][6] Dans les deux cas, la situation est fâcheuse et ne sera pas simple à redresser si, en tout premier, vous n’obtenez pas d’elle qu’elle observe exactement un régime alimentaire scrupuleux. [7] Elle devra uniquement consommer des bouillons et gober des œufs, en buvant grande abondance de décoction de chicorée. [8] Qu’on la saigne des deux veines basiliques dès que possible, [9][10] pour réprimer ainsi la chaleur excessive des viscères, dissiper la pléthore et apaiser la douleur des reins ; [11] en alternant cependant le côté et dans la mesure des forces de la patiente, de manière que, si d’aventure survenait une hydropisie, ce remède très inoffensif ne soit mis en accusation, comme font souvent les gens inexpérimentés et ignorants ; [12] car il serait capable d’empêcher l’ascite, [13] même si elle a menacé jusqu’ici, et d’en éviter la survenue par la suite. Après la phlébotomie viendra le moment de la purgation douce, [14] qu’il faudra dès lors répéter très souvent, avec séné, tamarin ou casse, en y associant le sirop de roses. [15][16][17][18] À l’aide de ce dernier médicament, on éliminera facilement toute la saburre atrabilaire, mélancolique, [1][19][20] entièrement consumée, épaisse et visqueuse qui est contenue dans la première région ; [2] le corps transpirera beaucoup plus tranquillement et la nature sera soulagée. Si les forces de la malade le permettaient, après la purgation réitérée, le demi-bain d’eau tiède pourrait aussi convenir, [21] trois heures avant le repas, encore que le temps semble refroidir. Puisse Dieu couronner mes conseils de succès. Portez-vous bien et aimez-moi.

Votre Guy Patin de tout cœur.

De Paris, le 29e de novembre 1660.


1.

Du latin saburra, graviers qu’on déversait au fond de la cale des navires pour les lester, la saburre désignait en médecine les « matières viciées que l’on a supposées retenues et amassées dans l’estomac à la suite des mauvaises digestions, et que l’on a considérées tantôt comme un produit altéré de l’excrétion muqueuse de cet organe, ou de la sécrétion biliaire [ici atrabilaire], tantôt comme un résidu de substances alimentaires mal digérées » (Nysten). Le français moderne n’en a retenu que la « langue saburrale ».

2.

Dans la tête, v. note [1], lettre 151.

Même avec beaucoup d’imagination, il est impossible de porter un diagnostic moderne sur la maladie dont souffrait la dame pour laquelle Claude Bachey avait demandé l’avis de Guy Patin : ni la menace d’hydropisie ni le moindre signe spécifique ne permettent de qualifier précisément sa fièvre.

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Claude Bachey, Ms BIU Santé 2007, fo 92 vo.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 92 vo.

Cl. Viro D. Cl. Bachey, medico Beluensi.

Gravissimo, nec facilè curabili morbo conflictatur nobilis ægra tua,
Vir Cl. hac præsertim tempestate autumnali, qua pleriq.omnes affectus
maligni fiunt : sive enim ille fuerit duplex tertiana, ut scribis, in corpore
calido sicco, imminet circa principium hyemis, periculum hydropis : siv. ille
quod suspicor, fuerit de genere et natura quartanarum, metuo scirrhum lienis
aut hepatis : quodlibet pravum est, nec facilè profligabitur, nisi
illam habueris apprime Tibi morigeram, et accuratam victus legem
exactè servaverit. Solis versatur jusculis, ovis sorbilibus, cum decocto
cichorareorum pro potu, cujus copia magna se proluet. Minuatur
sanguine ex utraque basilica quam primum, ad restiguendum
interdum fervorem viscerum, ad tollendam plethoram, et ad mitigan-
dum dolorem lumborum, partitis tamen vicibus, et pro virium modulo,
ne si fortè succedat hydrops, trahatur in crimen ab imperitis, ut solet,
ac idiotis, innocentissimum præsidium : quod tamen ipsum ascitem,
etiam adhuc imminentem, posset arcere, ac in posterum impedire.
Celebratæ venæ sectioni succedat blenda purgatio sæpius ac subinde
repetita, ex folijs Orient. tamarindis vel cassia, cum syr. rosar.
solutivo : hujus medicamenti ope, tota saburra atrabilaria, melancholica,
deusta, crassa, viscida, in prima corporis regione contenta, facilè elimi-
nabitur, corpus longè securiùs transpirabit, et natura levabitur. Si
vires corporis sinerent, à catharsi repetita, posset etiam convenire semicu-
pium ex aqua tepida, licet frigidior videatur tempestas, trib. horis
ante pastum. Fortunet Deus consilia nostra. Vale, et me ama.

Tuus ex animo Guido Patin.

Parisijs, 29. Nov. 1660.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude Bachey à Guy Patin, le 29 novembre 1660.
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(Consulté le 31.03.2020)

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