À Claude II Belin, mars-avril 1641

Note [14]

« Donner le bonnet », pour un docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, c’était présider l’acte de doctorat d’un licencié.

L’article l des Statuta F.M.P. (pages 46‑47) stipulait que :

Vesperiarum, et Doctoratuum, vel Magisteriorum Actibus præsint tantum Doctores decennes, et ab Antiquiore Doctore initium Ordinis ducatur, ac per singulos Doctores progressus fiat, donec perventum sit ad juniorem, qui decem annos integros exegerit ab eo tempore, quo præfuerit primæ Quodlibetariæ extra Ordinem : ita ut Doctoratui et Vesperiis præesse non possit, qui novem tantum annos a prima Quodlibetaria extraordinaria expleverit. At vero qui vesperiis Licentiati præfuerit, idem eundem donet laurea Doctorali.

[Que seuls des docteurs ayant au moins dix ans d’ancienneté président aux actes de vespérie, de doctorat ou de régence, et que le premier à le faire soit le plus ancien de la Compagnie, pour ensuite progresser jusqu’à arriver au docteur le plus jeune ayant dix années révolues d’ancienneté depuis le moment où il a présidé hors tableau une première quodlibétaire ; {a} si bien que celui qui n’aurait présidé hors tableau une première quodlibétaire que depuis neuf ans ne pourrait présider une vespérie ou un doctorat. {b} Le régent qui aura présidé la vespérie d’un licencié sera le même qui lui donnera la palme doctorale].


  1. Après son acte de régence (pastillaire ou antéquodlibétaire, v. note [13], lettre 22), le nouveau docteur ne devenait régent qu’après avoir présidé la thèse quodlibétaire d’un bachelier. Cette présidence inaugurale était dite hors tour ou extraordinaire parce qu’elle s’intercalait dans la séquence des présidences ordinaires, assurées par les autres docteurs régents, chacun son tour, par ordre d’ancienneté décroissante.

  2. L’insistance du règlement fait penser qu’il dut y avoir quelques contestations sur la règle des dix années strictement révolues.

Pour la vespérie, le président proposait une question à discuter par un candidat de médecine (étudiant non encore bachelier) ; ensuite, un autre docteur désigné selon la coutume de l’École, posait, depuis la chaire inférieure, à celui qui aspirait à la vespérie une question voisine à expliquer ; enfin que celui qui présidait l’acte s’informait sur la vie et les mœurs du licencié, qui serait intégré au Collège après quelques jours s’il en paraissait digne, et l’exhortait à exercer correctement la médecine.

Lors de l’acte de doctorat, le président mettait l’insigne bonnet de docteur sur la tête du licencié et l’avertissait de son devoir à exercer diligemment la médecine ; alors le nouveau docteur posait une question de médecine à un autre docteur, qui se tenait sur la petite chaire ; dès qu’on y avait satisfait, celui qui présidait posait une question voisine à discuter par un autre docteur qui était le premier assis près de lui ; enfin le nouveau docteur, par un discours élégant, rendait grâce à Dieu très bon et tout-puissant, au Collège des médecins, à ses parents et amis qui étaient dans l’auditoire. De nombreux docteurs portant bonnet assistaient aussi à cet acte de doctorat et le fêtaient avec grande dignité, autant que faire se pouvait. Avant 1660, date de ces statuts, la qualité de ceux qui posaient les questions et qui y répondaient pouvait être différente.

L’acte de régence recourait aussi à une alternance de deux questions, contraires ou complémentaires : v. notes [22] à [32] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, pour dix exemples de ces joutes oratoires, souvent plus distrayantes que véritablement scientifiques, auxquelles, outre le doctorant, participaient des docteurs et des candidats (philiatres ou étudiants en médecine).

V. note [8], lettre 48, pour l’acte de Denis Joncquet (v. note [7], lettre 549) où Guy Patin, présidant pour la première fois à un doctorat (le 22 septembre 1639), avait harangué contre le vin émétique.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Claude II Belin, mars-avril 1641, note 14.
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(Consulté le 20.06.2021)

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