À Claude II Belin, le 28 mai 1635
Note [13]

François Pijart, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1623, avait eu le premier lieu de sa licence (v. note [8], lettre 3) en 1622 ; il était le fils de Pierre Pijart, docteur en 1588, puis doyen de 1612 à 1614, qui mourut ancien de la Faculté le 9 janvier 1634 (Comment. F.M.P., tome xii, fo 363 vo, et Baron). François Pijart appartenait au parti antimonial, ce qui lui valait l’inimitié de Guy Patin.

Pour le candidat au doctorat et à la régence de la Faculté de médecine de Paris, trois actes se succédaient durant l’année suivant l’obtention de la licence : l’acte de vespéries (actus vesperiarum) ou vespérie (ainsi nommée parce qu’elle avait eu initialement lieu en fin d’après-midi), le doctorat proprement dit (conclu par la remise du bonnet), et la régence ou maîtrise (v. note [6], lettre 358), qui était surnommée acte pastillaire parce que la coutume voulait que le candidat distribuât des pastilles en sucre, frappées à l’effigie d’Hippocrate ou du doyen en exercice.

Avant d’être reçu, chaque docteur devait prêter le serment qui est ainsi transcrit dans les Comment. F.M.P. (préambules du tome xiv) :

Formula jusjurandi proponendi a Bidello novo doctori antequam inuaguretur

Domine doctorande antequam doctor renuncietur tria te juvare oportet.
Primo te legas statuta, et laudabiles hujus ordinis consuetudines religiossime servaturum.
Deinde nihil tibi commercii et societatis fore cum iis qui Lutetiæ Medicinam faciunt illicite, aut miscent medicamenta : sed adversus eos totis viribus processurum cuiuscumque authoritate et patrocinio se tueantur.
Denique te interfuturum missæ quæ celebratur die crastino festi Sti Lucæ pro defunctis huiusce ordinis doctoribus.
Vis hæc omnia nunc jurare.

[Formule du serment que le bedeau doit faire prêter à un nouveau docteur avant qu’il ne reçoive le bonnet

« Vous, Monsieur, qui aspirez au doctorat, avant d’être admis à ce grade, il vous faut jurer trois choses :

  • premièrement, que vous lirez les statuts et observerez très religieusement les louables coutumes de cette Compagnie ;

  • ensuite, que vous ne contracterez aucun commerce ni association avec ceux qui exercent illégalement la médecine à Paris ou qui mélangent les médicaments, mais que vous agirez contre eux afin de sauvegarder la discipline et la protection de tous ;

  • enfin, que vous assisterez à la messe qui est célébrée le lendemain de la Saint-Luc {a} pour les défunts docteurs de cette Compagnie.

Veuillez maintenant jurer tout cela »].


  1. Le 19 octobre (v. note [46] des Décrets et assemblées de la Faculté de médecine en 1650‑1651).

Ces trois examens oraux avaient lieu en latin à dix heures du matin. La dispute portait sur deux questions complémentaires : ceux qui interrogeaient et ceux qui répondaient tour à tour changeaient selon le type d’acte et ont varié avec le temps (avant ou après la réforme des statuts en 1660 ; v. note [14], lettre 54) ; les notes  [22], [26] et [29] des Actes de 1650‑1651, dans les Commentaires de Guy Patin sur son décanat, renseignent précisément sur les intervenants respectifs des trois actes. Les notes de notre édition contiennent maints exemples de ces joutes oratoires, avec les alternatives qu’elles abordaient (souvent volontairement cocasses ou polémiques). Les actes transformaient le licencié (ayant droit d’exercer la médecine) en docteur régent (ayant droit de l’enseigner), mais n’étaient jamais imprimés (contrairement aux trois thèses de bachelier, les deux quodlibétaires et la cardinale, qui les avaient précédés). Le nouveau docteur devenait régent quelques jours après son acte pastillaire en présidant (et rédigeant, presque toujours) « hors tour » (sans que son tour normal de présider fût venu) la thèse quodlibétaire d’un bachelier ; c’est pourquoi l’acte pastillaire était aussi appelé antéquodlibétaire.

La Compagnie des docteurs régents et son doyen devaient donner leur autorisation préalable à tout licencié désireux de disputer ses actes de vespérie puis de doctorat : le postulant s’engageait à s’abstenir de tout propos déplacé lors du discours de remerciement qu’il prononcerait après avoir reçu le bonnet (v. note [45] des Décrets et asemblées de la Faculté en 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris) et à régler le montant élevé des droits afférents à sa soutenance (180 livres tournois, v. note [8] des Comptes du 26 janvier 1652), à quoi s’ajoutaient les honoraires privés, de montant inconnu, directement versés aux docteurs régents qui participaient aux actes (v. note [60] des Décrets et assemblées de 1651‑1652) et les frais des festivités qui les accompagnaient.

Pour inaugurer la session des vespéries, entre mai et novembre de chaque année paire, le docteur régent qui présidait le premier acte prononçait un discours devant toute la Faculté réunie. Cette oraison généralement fleurie d’éloges grandiloquents était parfois publiée. Guy Patin brocardait ici celle de François Pijart, Προτρεπτικον ad artis medicæ εποποιιας pro vesperiis, in scholis medicorum an. mdcxxxiv Novembris xxviii [Protreptique (exhortation) sur l’épopée de l’art médical, pour les vespéries, faite aux Écoles de médecine le 28 novembre 1634…] (Paris, Jean Libert, 1635, in‑8o de 56 pages).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 28 mai 1635. Note 13

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0022&cln=13

(Consulté le 25.02.2020)

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