Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine
Note [46]

Pour la cohérence du paragraphe, j’ai tenu resevit [a recréé] pour un lapsus calami et l’ai remplacé par recidit [a supprimé].

Étant donné sa surdité musicale (v. note [1], lettre 818), Guy Patin n’avait sans doute pas la moindre velléité de rétablir la musique qui embellissait jadis la messe de la Saint-Luc, dont les Commentaires détaillent ici tout le cérémonial. Jacques-Albert Hazon a fourni d’utiles précisions complémentaires sur les messes de la Faculté et la chapelle des Écoles (Hazon a, pages 61‑62) :

« Les offices divins étaient autrefois beaucoup plus fréquents dans notre Faculté, originairement ecclésiastique, qu’ils ne l’ont été depuis qu’elle a cessé de l’être, par degrés, c’est-à-dire depuis la réforme de 1600. Il paraît que les maîtres s’assemblaient tous les samedis, pour l’assistance à la messe, en l’honneur de la Sainte Vierge, sans compter les autres offices. Il y avait un honoraire annexé à chaque présence, de même qu’une amende infligée contre les absents. Pour plus de commodité et pour ne pas donner chaque fois une légère pièce de monnaie, on avait fabriqué des méreaux, petites pièces de plomb, avec une certaine empreinte de la valeur convenue. Tous les premiers samedis de chaque mois, les docteurs assemblés après la messe représentaient au doyen leurs méreaux et en recevaient la valeur en argent ou monnaie courante. Les amendes, qui étaient moitié de la valeur des honoraires, étaient réparties sur les présents, et c’est ce que l’on appelait réfusion. Les professeurs étaient toujours réputés présents et participaient à la réfusion. Nos premiers registres font mention de cette distribution en méreaux : Incepit autem merellorum distributio, die Sabatti 21 Decembris, anni 1398, {a} sous le décanat de M. Guillaume de Caméra.

La Faculté faisait célébrer aux Mathurins, {b} selon l’usage de l’Université, les messes et les services auxquels elle assistait. Quelques difficultés d’intérêt survenues avec ces religieux, la déterminèrent en 1511 à faire servir de chapelle le petit bâtiment qu’elle avait fait construire sur le mur d’entrée de la principale porte. Les docteurs, encore presque tous ecclésiastiques, faisaient la fonction de chantres. Cependant, l’office de saint Luc, comme le plus solennel, avait continué d’être célébré aux Mathurins.

1599 : {c} les mêmes discussions d’intérêts firent qu’il fut célébré à Saint-Yves. {d} La messe de saint Luc, fête patronale, {e} était autrefois chantée en grande musique, et M. Henri Thiboust, un de nos docteurs, grand pénitencier de Notre-Dame, avait une fois donné une somme pour les frais de la musique. Depuis 1550, on a supprimé cette dépense onéreuse aux bacheliers.

1511 : la première messe fut célébrée dans notre nouvelle chapelle ; on en fit dire encore cinq autres, pour lesquelles on donna au prêtre un honoraire de 23 s. 4 d. On fit ensuite les dépenses nécessaires pour les ornements sacerdotaux, les tableaux, l’autel, l’argenterie et quelques embellissements.

1519 : un de nos bacheliers prêtres fut nommé chapelain de nos Écoles.

1619 : M. Jean Ellain, bachelier en médecine, descendant de M. Nicolas Ellain, ancien doyen, {f} desservait la chapelle de Saint-Quentin-les-Saint-Denis (Histoire du Diocèse, par M. l’abbé le Beuf, tome iii, page 235) ; ce que je fais remarquer pour prouver que dans ce temps-là il y avait encore quelques ecclésiastiques dans la Compagnie.

1521 : M. Michel de Colonia, un de nos docteurs, grand chantre de l’église de Paris, après le repas de la Saint-Luc, donné dans sa maison, fit présent de cinq beaux ornements de damas blanc à fleurs avec franges d’or. Il y ajouta deux cents livres tournois pour un obit et les vigiles, dont on fit un honoraire de huit livres, qui sont distribuées aux présents. Cet obit tombe le 14 avril ; {g} on y assiste en habit de cérémonie, robe rouge et fourrure.

1525 : à peine notre chapelle était un peu ornée et appropriée, les commissaires du roi en demandèrent l’argenterie. […] la Faculté fut exemptée de cette demande occasionnée par les besoins de l’État et les circonstances critiques où se trouvait le royaume. {h}

1589 et 1590 : temps des guerres civiles de Religion, sous le décanat de M. Claude Rousselet, {i} on délibéra de murer la porte de la chapelle, dans la crainte qu’elle ne fût profanée par les hérétiques.

1666 : M. Antoine Charpentier {j} légua en mourant 300 liv. tournois pour les ornements.

Sur la fin du dernier siècle, vers 1695, la chapelle a été transférée plus décemment, où elle est aujourd’hui, éloignée du bruit de la rue ; on y a fait ajouter une petite sacristie. L’ancienne chapelle a servi de logement aux bedeaux ; elle fut enfin supprimée en 1744, avec l’ancien amphithéâtre, sous le décanat de M. Élie Col de Villars. {k} La grille ornée, qui sépare notre chapelle actuelle du vestibule, a été faite aux dépens de M. Fagon, {l} qui abandonna à cette intention ses honoraires des Écoles. »


  1. « Ainsi la distribution des méreaux [v. notule {a}, note [16] des Comptes du 26 janvier 1652] a-t-elle commencé le samedi 21 décembre de l’an 1398 ».

  2. V. note [9], lettre 504

  3. Sic pour 1499 ou 1509 ?

  4. Chapelle de la Confrérie de saint Yves, proche de la Faculté.

  5. V. notule {a}, note [13], lettre 22, pour le serment que faisait tout nouveau docteur en médecine, l’obligeant entre autres à assister chaque année à la messe de la Saint-Luc.

  6. V. note [10], lettre 467.

  7. V. note [21] des Comptes de la Faculté le 26 janvier 1652 pour Michel de Cologne (Colonia).

    Un obit est une messe anniversaire d’un défunt. Vigiles des morts : « nom donné aux matines et aux laudes de l’office des morts, que l’on chante aux obsèques d’un défunt, ou au service que l’on fait pour lui » (Littré DLF).

  8. Défaite de Pavie suivie de la capture du roi François ier par les Espagnols et de son emprisonnement contre rançon.

  9. V. note [6], lettre de Samuel Sorbière probablement datée de 1649.

  10. Antoine ii Charpentier a correspondu avec Guy Patin.

  11. V. note [10], lettre 8, pour l’histoire de l’amphithéâtre d’anatomie.

  12. V. note [5] du Point d’honneur médical d’Hugues de Salins (1697) pour Guy-Crescent Fagon, premier médecin de Louis xiv.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine. Note 46

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(Consulté le 23.09.2019)

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