À Johann Georg Volckamer, le 13 février 1665

Note [4]

Les « Doutes de Gourmelen sur les œuvres chirurgicales de Paré » ne correspondent exactement à aucun ouvrage d’Étienne Gourmelen (1538-1594, v. note [42], lettre 104), docteur régent de la Faculté de médecine de Paris et professeur royal de chirurgie, meneur de la très vive querelle que sa Compagnie avait engagée contre Ambroise Paré (1510-1590, v. note [15], lettre 7), chirurgien qui avait eu l’outrecuidance d’écrire en français une somme couvrant la plus grande partie des connaissances non seulement chirurgicales mais aussi médicales, sans approbation de la très salubre Faculté. Gourmelen défendait notamment, dans les amputation de membre, la cautérisation traditionnelle des vaisseaux, contre leur ligature, mise au point par Paré (qui a été unanimement adoptée depuis).

Dans son excellent article Autour d’Ambroise Paré : ses adversaires, ses ennemis (Histoire des Sciences médicales, 1998, tome xxxii, no 2, pages 203‑210), Paule Dumaître a détaillé les épisodes de cette dispute. Le dernier fut la publication en 1585 par Gourmelen, sous la signature d’un de ses élèves, de la Réplique à une Apologie, publiée sous le nom de M. Ambroise Paré, chirurgien à Paris, contre M. Étienne Gourmelen, docteur régent en la Faculté de médecine de Paris. {a} Par B. Comerat, de Carcassonne (rééditée à Paris, Gaspard Meturas, 1642, in‑8o). Sans doute était-ce le livre que Johann Georg Volckamer souhaitait se procurer. Les premières lignes (page 5) en donnent le ton :

« Les plus avisés entre les doctes personnages, desquels la mémoire dure encore, ont pensé que c’était une chose indigne de celui qui entend comme il faut employer l’encre et le papier, de s’arrêter à réfuter les folles opinions qu’un tas de présomptueux mettent en avant pour faire croire au menu peuple qu’ils ont plus d’entendement que les autres, qui font même profession qu’eux. »


  1. L’Apologie et Traité contenant les voyages faits en divers lieux, par Ambroise Paré, de Laval au Maine, conseiller et premier chirurgien du roi, (Œuvres d’Ambroise Paré…, 8e édition, Paris, 1628, pages 1190‑1228) est une autobiographie de l’auteur, où il attaque les dires de Gourmelen, notamment en approuvant et renvoyant ce quatrain qu’il lui attribue (à tort), page 1197 :

    « Ce n’est pas tout en chirurgie
    De jargonner : mais le plus beau
    Est que les bandes on manie,
    Le feu, les lacs, et le ciseau. »

V. note [19], lettre 181, pour la participation alléguée de Jean Haultin aux œuvres médicales de Paré, accusation dont Guy Patin et Jean ii Riolan se firent les champions au xviie s.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Johann Georg Volckamer, le 13 février 1665, note 4.
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(Consulté le 08.12.2021)

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