À Simon I Paulli, le 2 juillet 1665

Note [3]

Le latin fort ampoulé de Guy Patin (impossible à traduire sans tomber dans un pathos, surchargé de redondances, que le lecteur voudra bien me pardonner) et sa relecture sans doute négligente de ce qu’avait écrit son scribe rendent cette phrase elliptique : il faut y entendre « place » (locus) dans le sens de « charge » de professeur royal. Patin a sans doute comblé la lacune quand il a mis sa lettre au propre car, dans la version imprimée (v. supra note [a]), s’ajoutent les trois mots in Scholia Regia [au Collège royal] (mis entre chevrons dans ma traduction par pur respect du manuscrit).

Thomas Bartholin, dans sa biographie de Simon i Paulli (écrite en 1680, v. supra note [1]), explique comment son défunt collègue avait lié connaissance avec Jean ii Riolan et s’est acquis son estime, lors du voyage qu’il fit en France en 1629 (pages 805‑806) :

Spe ista in Italiam transeundi privatus, ad illustrissimum illud in Narbonensis Gallia Asclepiadeorum domicilium, Montem Pessulanum, divertit, et aliquali ibi temporis mora peracta Lutetiensem iterum Pallada revisit, Botanica ibi sub Vespasiano Rubæo diligentissime indagans, cadaverum vero sectionibus apud summum illud Prosectorem Joh. Riolanum assidue vacans, cujus quotidianum ferme promeruit applausum, et quantam de beato nostro spem conceperat Celeberrimus ille Vir, hoc unicum, inter quamplurima alia immensis amoris indicia, satis superque testatur, quod publico in dissectionis actu inter Professores Collegii Medici Parisiensis et alios præsentes Medicinæ Doctores locum ipsi haud postremum assignaverit. Diuturniorem heic noster in exoptatum, quam modo prospere satis auspicatus erat, Praxeos complementum sibi equidem mansionem optasset, nisi, obfractus per malignam, quæ eum invaserat, febrim corporis sui vires, Phthiseos contrahendæ metus intercessisset. Idcirco anno m.dc.xxx. mense Aprili Lutetiis valedixit, et per Campaniam et Lotahringiam Argentoratum venit, […] per Heidelbergam ulterius, Wormaciam, Moguntiam, Francofurtum ad Mœnum, Abbatiam Fuldensem, Landgraviatum Hassiæ et Thuringiæ, Dresdam usque et Lipsiam iter suum confecit.

[Ayant perdu l’espoir de passer en Italie, il se rendit à Montpellier en Languedoc, cette très illustre résidence des Asclépiades. {a} Après y avoir séjourné quelque temps, il revint voir les temples de Pallas {b} à Paris. Il y découvrit la botanique avec grande application auprès de Vespasien Robin, {c} mais occupa assidûment ses loisirs aux dissections de cadavres chez l’éminent anatomiste Jean Riolan, et gagna chaque jour ses applaudissements. Ce très célèbre personnage avait fondé de grandes espérances sur notre défunt ami ; je me contente d’en donner pour preuve que lors d’une anatomie publique, sans du tout le mettre au dernier rang, il lui fit prendre place parmi les professeurs du Collège des médecins de Paris et les autres docteurs présents. Comme on augurait plutôt favorablement de lui, Paulli aurait souhaité rester plus longtemps auprès d’eux pour améliorer aussi sa pratique médicale ; mais tourmenté par la fièvre maligne qui l’assaillait de nouveau, il redouta d’y épuiser ses forces pour tomber en une phtisie fatale. {d} C’est pourquoi, en avril 1630, il dit adieu à Paris et s’en retourna à Leipzig {e} en passant par la Champagne, la Lorraine, Strasbourg, Heidelberg, Worms, Mayence, Francfort-sur-le-Main, l’abbaye de Fulda, {f} les landgraviats de Hesse et de Thuringe, puis par Dresde]. {g}


  1. Fils d’Esculape (v. note [5], lettre 551).

  2. Les Écoles médicales de Paris, v. note [13], lettre 6 pour Pallas (Minerve).

  3. V. note [5], lettre latine 347.

  4. Traduction plus contextuelle que littérale d’une phrase tortueuse (fidèle au piètre latin de Bartholin) dont je ne suis pas parvenu à élucider la syntaxe.
    V. note [3], lettre 66, pour la phtisie (probable tuberculose qui n’empêcha pas Paulli de vivre encore cinquante ans).

  5. Paulli obtint la même année son doctorat en médecine à Wittemberg, université située 70 kilomètres au nord de Leipzig.

  6. Près de Cassel en Hesse.

  7. En 1629, Patin était jeune docteur régent de la Faculté de médecine de Paris (reçu en décembre 1627). Son nom ne figure pas dans cette biographie que Bartholin a rédigée à la mort de Paulli : cela incite à penser que, pendant son séjour à Paris, le futur archiatre danois n’avait probablement pas intimement connu Patin et explique donc le style fort endimanché de sa lettre.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Simon I Paulli, le 2 juillet 1665, note 3.
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(Consulté le 20.06.2021)

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