L. 707.  >
À Charles Spon,
le 15 juillet 1661

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Monsieur, mon bon ami, [a][1]

Je ne vous écris que pour vous faire part de la dernière feuille que je vous envoie. C’est M. Gaffarel, [1][2] qui est ici comme je crois que savez bien, natif de Provence, grand pérégrinateur qui, étant par ci-devant en Italie, a trouvé chez les cordeliers de Florence un Galien [3][4] en grec de Venise qui vient de feu notre bon ami Caspar Hofmannus, [5] tout plein et coulé des notes de ce grand homme. Il en a fait imprimer un échantillon, dont je vous envoie un exemplaire que vous verrez à loisir. Il dit que ces cordeliers lui ont vendu ce Galien 50 pistoles dans Florence et qu’il est prêt de le vendre, pourvu qu’il en trouve 100 louis d’or[2] Peut-être qu’il le donnerait bien à moins, vous savez bien comme les Provençaux aiment l’argent. Vous verrez s’il vous plaît ce que je vous envoie et m’en direz votre avis quand il vous plaira. Le roi [6] est avec toute la cour à Fontainebleau, [7] on dit qu’il s’en va faire un voyage en Bretagne [8] pour obtenir de l’argent des états de ladite province et y mettre la gabelle. [9] Le bon prince n’a point de honte de dire (tant il a eu un bon pédagogue) qu’il a besoin d’argent ; et pour en venir à bout, il veut faire de nombreux officiers de diverse sorte, tels que sont 80 secrétaires du roi, 100 procureurs de la Cour, des notaires et commissaires au Châtelet, etc. Je vous supplie de dire à M. Rigaud [10] le jeune, qui est parti d’ici depuis peu, que je lui baise les mains et que j’ai grand regret de ne lui avoir point dit adieu ; que je le prie de m’envoyer les livres qu’il m’a promis, dans quelque balle qu’il pourra faire pour Paris ; que s’il n’en fait bientôt, il faudra les mettre dans quelque autre ou qu’il vous les délivre. Je vous baise les mains et à Mlle Spon, comme aussi à M. Simonet, votre voisin, s’il vous plaît ; et je serai toute ma vie, Monsieur, tuus ex animo, G.P[3]

Ce mardi, 12e de juillet 1661.

On ne parle ici que de pendre et de rompre des voleurs. On fait aussi le procès au Châtelet [11] à un prêtre parisien nommé de Pernes, [12] qui a débauché [13] une jeune veuve en confession, et à qui il a fait quatre enfants ; elle est grosse du quatrième. Ô saint et sacré célibat, [14] que tu as fait de cocus au monde ! Les cordeliers de Florence avaient eu ce Galien d’un jeune homme allemand, parent de la femme de M. Hofmann, qui se fit cordelier chez eux. On dit ici que le roi s’en va faire un voyage en Bretagne pour avoir de l’argent. Si les Bretons se veulent racheter, il n’ira point ; mais en récompense, il ira en Provence pour y faire une nouvelle quête. Vilius argentium est auro, virtutibus aurum. Vale et me ama[4][15]

Ce vendredi, 15e de juillet. [5]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 15 juillet 1661

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(Consulté le 23.10.2019)