L. 760.  >
À Charles Spon,
le 13 novembre 1663

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Monsieur, [a][1]

J’ai averti M. Joncquet [2] comme vous l’aviez désiré, et qui m’a promis de donner ordre à ce que m’aviez mandé. Je n’ai point eu le bonheur de voir votre M. Locher [3] qui a pris la peine de venir céans et d’y laisser votre lettre, mais j’étais alors en ville. J’ai néanmoins grand regret de ne l’avoir vu, tant à cause de vous que de lui-même et de M. de Gonsebac, [4] à qui je suis très humble serviteur. [1] Les Suisses [5] ont fait ici leur entrée sans qu’il y ait eu rien d’extraordinaire, sinon beaucoup de peuple par les rues et beaucoup de bruit. [2] Nous ne sommes pas en état, ce me semble, que les réformés aient beaucoup à craindre de persécution, vu que la principauté se soutient par un équilibre, en faisant tantôt balancer l’un et tantôt l’autre parti, le coup de doigt tombant sur celui que l’on veut abaisser ou humilier pour un temps : voilà comment on a traité en France, depuis tantôt cent ans, divers partis qui se sont élevés selon la diversité des temps, tels qu’ont été les huguenots, [6] jésuites, jansénistes, sorbonistes [7] et autres. In hoc videntur esse posita arcana Imperii, και τα κρυφια dominationis, ne quis alterum longe superet[3] L’on m’avait dit que M. Wepfer, [8] médecin de Schaffhouse, [9] viendrait avec les députés des Suisses, mais je n’en ai point ouï parler. C’est celui qui a écrit de Apoplexia[4] et frère aîné de celui qui a été mon auditeur. [10] Je vous prie d’assurer M. Ravaud que je suis son très humble serviteur et que M. l’ambassadeur de Danemark [11] n’est point encore parti. J’ai vu en cette ville votre M. Cellier [12] qui m’a parlé de M. Falconet [13] et qu’il appelle son compère, sed de te, nequidem verbum[5] Le traité de Salmasius de Manna et saccharo est achevé, [6][14][15] je vous en enverrai pour vous et pour M. Falconet par la première commodité. J’apprends que l’on a fait en Allemagne un livre fort curieux, savoir de Fermentatione[16] Il y a aussi deux livres nouveaux de M. Schoockius, que je n’ai point encore vus, dont le premier est de Butyro[17] le deuxième, de Desperatis. Nous pourrons voir tout cela avec le temps. [7] L’Hippocrate de M. Vander Linden [18][19] avance fort, au contentement même de son auteur, c’est lui qui me l’a mandé. Il y a grosse querelle entre un médecin de Leyde [20] nommé Sylvius de Le Boë [21] et un autre nommé Deusingius, [22] professeur à Groningue, [23] ils ont déjà écrit des livres l’un contre l’autre, pleins d’injures et d’invectives. [8] M. Ménage [24] croit que son Diogenes Laertius est tout à fait achevé à Londres et qu’il pourra y en avoir à Paris le mois prochain. [25] Le même M. Ménage fait ici imprimer un livre curieux in‑8o qui sera intitulé Amœnitates iuris, que nous pourrons avoir dans un mois. [9] On dit qu’en Angleterre il y a un savant homme qui veut mettre en lumière un A. Gellii Noctes Atticæ avec de bons commentaires. [10][26] C’est un des bons livres de l’Antiquité, feu M. de Saumaise [27] en faisait un cas merveilleux et J. Scaliger [28] de même, mais il disait que pour le bien commenter il fallait être savant en l’intelligence du droit romain, en quoi plusieurs n’excellent point aujourd’hui, principalement aux pays de deçà. Le même M. Ménage travaille à un Etymologicum botanicum ; [11] il a aussi vers soi, presque tout achevée, une histoire des vieux médecins grecs et latins, de cuius editione etiam cogitat[12] en attendant celle qu’a faite par ci-devant M. Meibomius, [29] médecin de Lübeck, [30] qui a laissé un fils [31] fort savant, que je pense qu’avez vu à Lyon le mois d’avril dernier, et qui est aujourd’hui professeur à Helmstedt, [32] Université du duc de Brunswick, [33] in qua docuit hactenus vir eruditissimus Her. Conringius, qui multa scripsit[13][34] C’est de ce M. Meibomius le père que nous avons le Mæcenas et un commentaire très savant in Iurisiurandum Hippocratis. Il a laissé ce fils aîné fort savant qui m’a promis de faire imprimer cette histoire paternelle des anciens médecins grecs et latins usque ad sæculum decimum quintum ; comme aussi un autre petit livre manuscrit qu’il a entre ses mains, du même auteur, qui sera Commentarius philologicus de Cervisia[14][35] Un médecin de Bâle [36] que j’ai autrefois ici connu, nommé Bernardus Verzascha, [37] m’a depuis peu envoyé un petit présent par un homme qui a été de l’ambassade des Suisses et le député de la ville de Bâle, nommé Benedictus Socinus. [15][38] Ce présent consiste en deux livres, dont l’un s’appelle Lazari Riverii Medicina practica in compendium redacta qui est un in‑8o dédié à ce cardinal de Hesse, [39] duquel il se dit médecin ; l’autre est un in‑4o intitulé Exercitatio de Apoplexia et paralysi[16] Cet auteur demeure dans Bâle, est ennemi de M. Bauhin. [40] Je ne sais pourquoi, mais il est grand ami de notre feu M. Riolan, [41] qu’il a cité plusieurs fois avec grande affection, et comme par dépit contre M. Bauhin ; de qua contentione Deus ipse viderit[17][42] Je lui en ai fait une lettre de remerciement. Nous avons ici un libraire nommé M. Jolly [43] qui imprime toutes les œuvres de Balzac [44] en deux volumes in‑fo ; cet ouvrage sera achevé devant qu’il soit six mois, avec deux autres volumes in‑fo qui seront les Mémoires historiques de M. le duc de Nevers[18][45][46] C’est celui qui fut en Pologne avec Henri iii [47] et qui mourut l’an 1595. [19] Je pense que ces mémoires sont des temps de Charles ix et d’Henri iii. C’est M. de Gomberville qui en a pris le soin et qui y travaille sur les mémoires qui lui ont été mis entre les mains. Je n’ai point encore vu de petits livres que l’on dit être imprimés en Hollande, dont l’un s’appelle les Mémoires de M. le comte de Montrésor [48] et l’autre les Mémoires de M. Fontrailles ; [49] tous les deux sont du temps du cardinal de Richelieu. [20][50] Voilà, Monsieur mon bon ami, tout ce que je sais pour le présent de re libraria. Carissimam tuam uxorem saluto. Vale et me ama.

Tuus ex animo, Guido Patin.

Parisiis, die Martis, 13. nov. 1663[21]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 13 novembre 1663

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(Consulté le 22.10.2019)