L. latine 337.  >
À Sebastian Scheffer,
le 29 janvier 1665

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[Ms BIU Santé 2007, fo 183 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Sebastian Scheffer, à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je réponds aux deux vôtres. Quand l’hiver sera terminé, je m’occuperai de la lettre dont vous avez besoin pour le très noble et très généreux M. von Vorburg ; [2] je sais pourtant que je n’ai guère coutume de m’immiscer auprès d’aussi grands hommes que Conring, [3] Boeler et autres, ne videar ignarus argutos inter strepere anser olores[1][4] M. Du Clos m’a bien fait parvenir votre paquet, [5] et je vous en remercie. Je salue votre Götze, [6] à qui j’enverrai, par l’entremise de Sebastian Switzer, [7] ce que j’ai pour aider à la réimpression des de Medicamentis officinalibus du très distingué Hofmann, [8] ainsi que ses manuscrits de Humoribus, de Partibus, etc. [9] Je m’occuperai avec M. Du Clos, qui est de présent à Paris, du miroir que je dois envoyer dans votre pays ; comme je souhaiterais que vous l’eussiez ! [2][10] Il en va de même pour les livres que vous m’avez demandés et qui sont tous aujourd’hui très rares, tant nos libraires sont inactifs. [11] On évalue à 16 livres tournois les Dionis Chrysostomi (ou de Pruse) Opera Græcolatina, in‑fo, 1604, [12] et à 30 livres tournois, les deux tomes de Libanios le Sophiste. [13] Ces trois tomes, publiés à Paris, sont excellemment reliés ;  je n’ai pourtant rien conclu sur le prix qui me semble excessif, c’est à vous d’y réfléchir et d’en décider. Les S. Ioannis Chrysostomi Opera omnia Græcolat. [14] dans l’édition de Paris en 11 tomes in‑fo, mais reliés, sont estimées 150 livres tournois, soit 50 écus, ou 50 thalers ; [15] mais je ne sais ce que vous décideriez d’un tel prix, voyez donc et écrivez-moi ce que vous en dites. [3] Je vous dirai peu de choses sur l’état présent, public et politique, de nos affaires. Après bien des retardements et des renvois, Fouquet, jadis notre trésorier, a enfin échappé à la corde par indulgence du tribunal qui n’a pas été totalement unanime : il avait 22 juges, dont neuf l’ont condamné à mort, les 13 autres l’ont puni d’exil. [16] [Ms BIU Santé 2007, fo 184 ro | LAT | IMG] Quand notre roi a appris cette sentence, bien qu’inattendue pour beaucoup de gens, après avoir pris le conseil des sages, il a aussitôt, c’est-à-dire en deux heures, commué la peine en exil perpétuel. [17] Deux jours plus tard, cent cavaliers l’ont sorti de prison pour le mener dans une ville du nom de Pignerol, en Piémont ; [18] mais cette place appartient à notre Couronne, qui l’a rachetée au duc de Savoie. [19] Hormis Dieu, nul ne sait combien de temps on l’y retiendra. [20] On parle ici de la reine mère, Anne d’Autriche, qu’on dit être atteinte d’un ulcère cancéreux au sein gauche, [21] avec épuisement du corps tout entier, qui font les marches par lesquelles on s’en va vers le repos éternel. La jeune reine se rétablit. [22] Notre premier né, le petit roi du Dauphiné, la seconde espérance de notre peuple, a une santé d’athlète. [23] Puisse Dieu nous le conserver pendant de nombreuses années, {et que jamais il ne succède à son très auguste père sans être devenu fort avisé et avancé en âge, c’est-à-dire parfaitement rompu à régner sur la France. Je dirai avec Martial, au sujet du fils de Domitien, epigr. 3, libri 6 : [24][25]

Nascere Dardanio promissum nomen Iulo,
Vera Deum soboles, nascere, magne puer :
Cui pater æternas post sæcula tradat habenas,
Quique regas orbem cum seniore senex, etc.
[4]

Une très sombre guerre est imminente entre les Anglais et les Hollandais, pour la domination de la mer. [26] Trois de nos anciens docteurs sont ici partis dans l’au-delà ; je les suivrai moi aussi, mais je serai vôtre tant que je vivrai. Comme font mes deux fils, [27][28] je salue votre très distingué père, [29] ce vénérable vieillard, ainsi que MM. Horst, [30] Lotich, [31] votre Götze et nos autres amis. Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, ce jeudi 29e de janvier 1665.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Sebastian Scheffer, le 29 janvier 1665

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(Consulté le 16.10.2019)