L. reçue 28.  >
De Charles Spon,
le 11 septembre 1657

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De Lyon, ce mardi 11e de septembre 1657.

Monsieur, [a][1][2]

Je prends fantaisie de m’aller divertir en votre compagnie quelques moments de loisir que voici, pourvu que vous le veuillez bien et que cela se puisse sans vous incommoder ; autrement j’en aurais grand regret.

Vous recevrez bientôt, Dieu aidant, une lettre que vous doit rendre de ma part une de mes bonnes voisines, [3] laquelle je vous supplie de bien considérer, et lui faire voir mon portrait [4] pour voir si elle le reconnaîtra. [1] Vous recevrez aussi dans peu de temps, si vous ne l’avez déjà fait, des mains d’un médecin allemand de Strasbourg nommé M. Dinckel, [5] non seulement un mot de lettre que je lui ai baillé, mais de plus, le reste des manuscrits de Hofmannus [6] que j’avais rière moi et qui vous appartiennent, [2] étant en peine jusqu’à ce que j’aie appris qu’ils vous auront été délivrés. J’ai aussi baillé, par maxime d’état, [3] une autre lettre de recommandation pour vous à un certain frater de la petite spatule, [4][7] autrement chirurgien, [8] qui se fait nommer le sieur Mondragon ; [9] mais à laquelle lettre je vous supplie de n’avoir aucun égard parce que ce jeune homme, aussi bien que le reste des confrères de Saint-Côme, ne sont pas personnes (à mon avis) pour qui les médecins se doivent aujourd’hui guère employer, vu que ce sont des vipères qui tâchent de nous nuire en tout et partout, des gâte-métiers et des affronteurs[5][10] Je n’en connais que très peu qu’on puisse excepter de cette généralité, Vix sunt totidem quot Thebarum portæ[6][11] Laissons-les tels qu’ils sont et ne nous mêlons de leurs affaires que le moins que nous pourrons. Celui-ci est de la patrie et peut-être même de la trempe des Renaudot ; [12][13] et si ce n’eût été pour faire plaisir à M. Gras [14] qui le porte quelque peu, je me serais bien défendu de lui avoir donné votre adresse. Au reste, vous avez eu le contentement de voir le bonhomme M. Sauvageon [15] par delà lorsque vous l’attendiez le moins. M. Gras dit plaisamment que quand le Collège [16] s’est avisé de l’envoyer à Paris, il a envoyé Noctuam Athenas[7] faisant allusion à ses yeux qui ne ressemblent pas mal à des chouettes. Cependant, je viens d’apprendre qu’il est parti de Paris en intention de se retirer dans le Nivernais pour aller mourir dans son gîte natal, à l’imitation des lièvres. [8] Je n’ai pas encore pu savoir au vrai quelle issue a eue sa sollicitation dans l’affaire contre le sieur Basset, [17] sinon que l’on m’a dit que la sentence de Lyon avait été confirmée concernant le criminel. [9] Si vous en avez appris quelque chose de sa bouche devant son départ, vous m’obligerez de me le communiquer. Le seigneur Basset aurait (ce me semble) mieux fait de songer à s’accommoder que de pousser plus avant l’affaire, de laquelle il ne sera jamais bon marchand, de quelque côté que tourne la chance. Le 4e du courant me vint voir céans un honnête homme auquel je ne songeais pas, venant fraîchement de Paris : c’est le bon M. Lyonnet [18] du Puy en Auvergne, [19] lequel je n’avais encore jamais vu, ne le connaissant que par lettres que nous nous étions souvent écrites l’un à l’autre. [10] Il reconnut d’abord votre portrait [20] dans ma salle et m’assura de vous avoir laissé en bonne disposition, ayant eu le bien de vous voir quelquefois pendant son séjour dans Paris qui a été de neuf mois entiers. J’ai su de lui qu’il avait obtenu grâce pour son fils, professeur à Valence [21] qui était embarqué dans une mauvaise affaire où il s’était commis quelque meurtre, lui étant dans la compagnie. Il m’a aussi entretenu de la mort du pauvre M. Des François, [11][22] votre collègue, lequel s’était donné, devant que mourir, par un effet de légèreté d’esprit, quelques coups de couteau dans les flancs ; [23][24] de quoi pourtant il ne mourut pas, mais pour lesquels la justice parlait de le faire appréhender et punir, ce qui n’arriva pas, à la considération dudit sieur Lyonnet qui s’y employa fortement. Ledit sieur Lyonnet est parti d’ici pour son pays et m’a chargé de vous assurer de ses très humbles services. Le sieur Ravaud [25] vous en fait autant, lequel songe tout de bon (à ce qu’il dit) à imprimer les œuvres de Cardan [26] quand il aura achevé d’imprimer son Athénée [27] et son Heurnius[12][28] À propos du premier, M. de La Poterie [29] s’étant ressouvenu qu’étant à Paris il avait ouï parler de quelques animadversions sur Athénée faites par un conseiller de Toulouse [30] qui passe pour habile homme, nommé M. Fermat, [13][31] s’avisa de lui écrire dernièrement et lui donner avis de la nouvelle impression que l’on faisait ici dudit auteur, afin de savoir s’il aurait pour agréable qu’on y ajoutât ses animadversions ; ce que ce conseiller a trouvé bon et les a envoyées, mais il n’y en a qu’une feuille écrite à la main ; encore n’y a-t-il de lui qu’une seule petite remarque, le reste étant d’une autre main, à savoir d’un autre conseiller audit parlement, nommé M. Joussaud, [14][32] qui est aussi fort habile homme en fait de critique et qui a eu autrefois correspondance avec le savant Casaubon. [33] J’ai tiré de M. Devenet [34] le mémoire des livres derniers imprimés chez lui et M. Anisson, [35] que vous désiriez de lui, et lequel je vous envoie ci-joint de sa part, avec ses très respectueux baisemains. Il ne croit pas qu’il y ait rien là-dedans qui vous puisse être propre, au moins pour en fournir votre bibliothèque.

L’on m’a fait voir ici depuis peu le Duret [36] du sieur Meturas [37] qui est richement laid, de mauvais papier et de caractère usé. [15] Il s’en faut bien qu’il n’approche de la beauté des impressions précédentes, Quantum mutatus ab illo ! [16][38] C’est dommage d’avoir ainsi profané ce bel ouvrage, digne de n’être tenu que dans le cyprès. [17][39] Vos livres pour M. Volckamer [40] sont dès à présent bien avant en chemin pour Nuremberg. Je vous supplie de vouloir assurer M. Nicolas Picques, [41] quand vous le verrez, de mes très humbles respects. Je vous prie d’être très persuadé, en votre particulier, que je vous honore de tout mon cœur, n’ambitionnant rien avec plus de zèle que d’être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Spon, D.M.

Vous m’obligeriez de me dire un peu ce qui vous semble du livre nouveau du sieur Restaurand, [42] du Pont-Saint-Esprit, [43] intitulé De Monarchia microcosmi[18] Le sieur Le Bon, [44] doyen des professeurs de Valence, m’en a demandé ces jours passés mon sentiment ; mais je ne puis goûter cet auteur qui donne trop la géhenne (à mon avis) au bon Hippocrate, [45] lui voulant faire dire des choses auxquelles il n’a peut-être jamais pensé. Adieu, Monsieur, voilà la nuit qui tombe, par où je quitte votre charmant entretien jusqu’à une autre fois, Dieu aidant.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Charles Spon, le 11 septembre 1657

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(Consulté le 20.10.2019)