À Charles Spon, le 4 décembre 1654
Note [1]

Je n’ai pas trouvé cette lettre, mais m’en suis consolé avec une rude semonce du roi exilé à son autre frère, dont le contenu peut suggérer que Guy Patin aurait été mal informé sur son destinataire. Elle est transcrite dans A Collection of the State Papers ot John Thurloe, Esq; Secretary, first, to the Council of State, and afterwards to the Two Protectors, Oliver and Richard Cromwell… [Une Collection des archives d’État du chevalier John Thurloe, d’abord secrétaire du Conseil d’État, puis des deux protecteurs, Oliver et Richard Cromwell…] (Londres, Thomas Woodward et Charles Davis, 1742, in‑fo, volume 1, page 661) :

King Charles ii to the duke of York.

Cologne, Nov. 10. 1654.
Dear Brother,

I have recieved yours without a date, in which you mention, that Mr. Montague has endeavoured to pervert you in your religion. I do not doubt, but you remember very well the commands I left with you at my going away concerning that point, and am confident you will observe them. Yet the letters, that come from paris, say, that it is the queen’s purpose to do all she can to change your religion, which, if hearken to her, or anybody else in that matter, you must never think to see England or me again ; and whatsoever mischief shall fall on me or my affairs from this time, I  must lay all upon you, as being the cause of it. Therefore consider well what it is, not only to be the cause of ruining a brother, that loves you so well, but also of your king and country ? Do not let them persuade you either by force os fair promises ; for the first they neither dare, nor will use ; and for the second, as soon as they have perverted you, they will have their end, and will care no more for you.

I am also informed, that there is a purport to to put you in the Jesuits college, which I command you upon the same grounds never to consent unto. And whensoever anybody shall go to dispute with you in religion, do not answer them at all, fot though you have the reason on your side, yet they being prepared will have the advantage of anybody, that is not upon the same security, that they are. If you do not consider what I say to you, remember the last words of your dead father, which were to be constant to your religion, and never to be sjaken of it. Which if you do not observe, this shall be the last time you will hear from,

Dear Brother,
Your most affectionate brother,
Charles R.

[Le roi Charles ii au duc d’York. {a}

Cologne, le 10 novembre 1654.
Cher frère,

J’ai reçu la vôtre, non datée, où vous mentionnez que M. Montagu, {b} a fait effort pour vous détourner de votre religion. Je ne doute pas que vous ne vous souveniez parfaitement des ordres que je vous ai laissés là-dessus quand je suis parti. J’ai confiance que vous vous y tiendrez. Vos lettres de Paris disent pourtant que c’est le dessein de la reine ; {c} de faire tout son possible pour vous faire changer de religion ; en quoi, si vous lui prêtez l’oreille sur ce sujet, ou à qui que ce soit d’autre, vous ne devrez jamais songer à me revoir, ni l’Angleterre ; et je devrai vous tenir pour responsable de tout malheur qui m’arrivera désormais, tan à moi qu’à mes affaires. Faites donc bien attention à ce qui va advenir : la responsabilité de ruiner non seulement un frère qui vous aime tant, mais aussi votre roi et votre pays. Ne les laissez pas vous convaincre, que ce soit par force ou par belles promesses : pour la première, jamais ils n’oseront y recourir ; pour les secondes, aussitôt qu’ils vous auront perverti, ils auront atteint leur but et ne se soucieront alors plus de vous.

On m’informe aussi qu’il y a dessein de vous mettre au collège des jésuites ; {d} ce à quoi, pour les mêmes raisons, je vous ordonne de ne jamais consentir ; et chaque fois que quelqu’un d’eux dispute de religion avec vous, ne lui répondez même pas ; car, bien que la raison soit de votre côté, étant préparés, ils auront le dessus sur quiconque n’a pas la même aisance qu’eux à en débattre. Si vous ne prenez pas en considération ce que je vous dis, rappelez-vous les dernières paroles de feu votre père, {e} qui étaient de rester fidèle à votre religion et de n’y être jamais ébranlé ; et si vous ne vous y tenez pas, celle-ci aura été la dernière fois que vous aurez eu,

Cher frère,
nouvelles de votre frère le plus affectueux,
Charles, roi]. {f}


  1. V. notes [9], lettre 152, pour Charles ii, et [3], lettre 277, pour James (Jacques), duc d’York, son frère puîné.

  2. V. note [5], lettre 646, pour Walter Montagu, gentilhomme anglais converti au catholicisme en 1635, et devenu abbé et confident d’Anne d’Autriche.

  3. Anne d’Autriche, reine mère de France, plus probablement que sa belle-sœur, Henriette-Marie de France, reine mère de Grande-Bretagne.

  4. Le Collège de Clermont à Paris, v. infra note [2].

  5. Le roi Charles ier, décapité en 1649.

  6. James obéit aux injonctions de Charles qu’il rejoignit bientôt à Cologne. Le 28 novembre, leur plus jeune frère, Henry, duc de Gloucester (v. note [5], lettre 277), avait eu une orageuse entrevue avec sa mère qui, dans sa fureur, avait mis son fils à la porte pour ne plus jamais le revoir.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 4 décembre 1654. Note 1

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0381&cln=1

(Consulté le 03.12.2022)

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