À Charles Spon, le 4 décembre 1654
Note [1]

Melanie Clegg a transcrit sur son site (Madameguillotine.org.uk) une lettre que le roi Charles ii en exil écrivait sur ce sujet à son frère, Henry duc de Gloucester. En voici la traduction :

« De Cologne, le 10 novembre 1654.

Cher frère,

J’ai reçu la vôtre, non datée, où vous me dites que M. Montagu, abbé de Pontoise, a fait effort pour vous détourner de votre religion. Je ne doute pas que vous ne vous souveniez parfaitement des ordres que je vous ai laissés là-dessus quand je suis parti. J’ai confiance que vous vous y tiendrez. Vos lettres de Paris disent pourtant que c’est le dessein de la reine de faire tout son possible pour vous faire changer de religion ; en quoi, si vous lui prêtez l’oreille sur ce sujet, ou à qui que ce soit d’autre, vous ne devrez jamais songer à revoir ni l’Angleterre, ni moi ; et je devrai vous tenir responsable de quelque malheur qu’il arrive désormais, à moi ou à mes affaires. Faites donc bien attention à ce qui va advenir : la responsabilité de ruiner non seulement un frère qui vous aime tant, mais aussi votre roi et votre pays. Ne les laissez pas vous convaincre, que ce soit par force ou belles promesses : pour la première, jamais ils n’oseront y recourir ; pour les secondes, aussitôt qu’ils vous auront perverti, ils auront atteint leur but et ne se soucieront plus alors de vous.

On m’informe aussi qu’il y a dessein de vous mettre au collège des jésuites [celui de Clermont à Paris] ; ce à quoi, pour les mêmes raisons, je vous ordonne de ne jamais consentir ; et chaque fois que quelqu’un d’eux dispute de religion avec vous, ne lui répondez même pas ; car, bien que la raison soit de votre côté, étant préparés, ils auront le dessus sur quiconque n’a pas la même aisance qu’eux à en débattre. Si vous ne prenez pas en considération ce que je vous dis, rappelez-vous les dernières paroles de feu votre père, qui étaient de rester fidèle à votre religion et de n’y être jamais ébranlé ; et si vous ne vous y tenez pas, celle-ci aura été la dernière fois que vous aurez eu, cher frère, des nouvelles de votre frère le plus affectueux, Charles ii. »

Henry obéit aux injonctions de Charles qu’il rejoignit bientôt à Cologne. Le 28 novembre, le duc de Gloucester avait eu une orageuse entrevue avec sa mère qui, dans sa fureur, avait mis son fils à la porte pour ne plus jamais le revoir.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 4 décembre 1654. Note 1

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(Consulté le 13.05.2021)

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