À André Falconet, le 7 octobre 1659
Note [1]

La publication de cette Hygiène allait attendre 9 ans :

Petri Gontier Roannæi Consiliarii et Medici Regis ordinarii, Exercitationes hygiasticæ, sive de Sanitate tuenda et Vita producenda, Libri xviii. Opus ex luculentissimis selectissimorum authorum monumentis nova methodo adornatum, omnibus suæ valetudinis studiosis, cuiuslibet naturæ, ætatis, sexus, conditionis, gentis, non tantum non iniucundum, sed utile admodum, atque imprimis necessarium.

[Essais hygiéniques de Pierre Gontier de Roanne, {a} conseiller et médecin ordinaire du roi, ou sur la façon de protéger la santé et de prolonger la vie, en 18 livres ; ouvrage agrémenté d’une méthode nouvelle, tirée des témoignages les plus éclairés des auteurs les mieux choisis, qui est non seulement plaisant, mais fort utile et particulièrement nécessaire à tous ceux qui sont soucieux de leur santé, quels qu’en soient la nature, l’âge, le sexe, la condition]. {b}


  1. V. note [2], lettre 143.

  2. Lyon, Antoine Julliéron, 1668, in‑4o de 560 pages.

    Le titre est suivi d’une devise empruntée à Horace (L’art poétique, vers 343) : Omne tulit punctum, qui miscuit utile dulci [Celui qui a su mêler l’utile à l’agréable a emporté tous les suffrages]. Elle surmontant le frontispice du libraire où figure une autre devise encadrée par deux lions assis et encerclée par deux serpents dont l’un avale l’autre et engendre des petits serpents, Quod tibi fieri non vis, alteri ne feceris [Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse] (dicton romain). Le privilège du roi est daté de Paris le 26 janvier 1668, mais il n’y a pas d’achevé d’imprimer.


L’épître dédicatoire, datée de Roanne, l’an 1668, est adressée à Nobilissimo, summæque eruditionis laude præstantissimo viro, Domino Andreæ Falconet Roannæo, Collegio medicorum Lugdunensium aggregato, Regi Christianissimo, necnon Serenissimo Principi Duci Sabaudiæ a medicis consiliis, ac in urbe Lugdunensis Primo Consuli meritissimo [à Maître André Falconet natif de Roanne, très illustre et tout à fait sans égal pour la gloire de son éminent savoir, agrégé au Collège des médecins de Lyon, conseiller médecin du roi très-chrétien, ainsi que du sérénissime prince duc de Savoie, et premier consul très méritant en la ville de Lyon].

Parmi les signataires des neuf poèmes latins que contiennent les pièces liminaires, figurent cinq médecins du Collège de Lyon (André et Noël Falconet, Charles et Jacob Spon, Pierre Barra), un médecin de Mâcon, Philibert Brun, et bien sûr Guy Patin : {a}

Clarissimo Viro
Petro Gonterio
Roannæo,
regi a consiliis et medicis :
ob hygieinen celebratam
novem Musarum votis
æternitati mancipato.
Ode dicolos tertrastrophos

Contende totis viribus, et sacrum
Dictura carmen, Calliope novo
      Heroë capta, iam per omnes
      Gonterium Celebrabis oras.

Lasciva molli nunc Erato gradu
Te votum amoris blandula nuncupat,
      Atque huius arcu Sanctiorem
      Gonterii Calamum frequentat.

Cernis Thaliam cingere floribus,
Lauroque Divum Gonterii Caput,
      Aptare cervici coronam,
      Cuius honor superabit ævum.

Audis ? laborum frangere tædia
Certat canoram Melpemone trahens
      Arguta vocem ; blanda cantat,
      Plaudite Gonterio sorores.

Audis sonantem Terpsichores Lyram,
Non Phœbi amores, non Iovis impigram
      Salacitatem, sed perennes
      Gonterii resonare curas.

Iucunda ludens cespite proximo,
Saltante Fauno cogit arundine
      Sylvestris Euterpe Choreas
      Pieridum volucres sororum.

Oblivioni non Polyhimnia,
Te tradet ; inquit non ego Te meis
      Chartis inornatum silebo,
      Quin potius super astra tollam.

Blandæ sorores, audio quid preces,
Quid vota poscant : Uraniæ placet
      Æternitatis candidatum
      Gonterium superis referre
.

Canebat Celebrrimo Medico
G.P.

[Ode en tétrastiches à deux périodes, {b}
au très distingué M. Pierre Gontier,
conseiller médecin du roi natif de Roanne,
que les souhaits des neuf Muses ont de toute éternité
voué à célébrer l’hygiène

Mets toutes tes forces, Calliope, à chanter tes vers sacrés, toi qu’a charmée Gontier, et longtemps grâce à toi toutes les lèvres célébreront ce nouveau héros. {c}

Voici maintenant la câline Érato qui, de son pas souple et lascif, vient te déclarer son désir d’amour ; et à son arc, la sainte plume de Gontier sert très souvent de flèche. {d}

Tu vois Thalie ceindre de fleurs et de laurier la divine tête de Gontier, elle ajuste une couronne au front de celui dont la gloire résistera au passage des ans. {e}

L’entends-tu, subtile Melpomène, lutter pour briser la lassitude de ses travaux en sollicitant son harmonieuse voix ? Chères sœurs, applaudissez donc Gontier, car il chante agréablement ! {f}

Tu entends la lyre de Terpsichore qui ne fait résonner ni les amours de Phébus ni l’ardente lubricité de Jupiter, mais retentir l’inlassable zèle de Gontier. {g}

Dans un pré voisin, la sylvestre Euterpe, jouant de sa mélodieuse flûte, incite un faune à danser et entraîne les Piérides, ses sœurs, dans une ronde aérienne. {h}

Polymnie te recommandera de ne pas l’oublier : je ne te permettrai pas, dit-elle, de priver mes livres de louanges car je les place bien plutôt au-dessus des nues. {i}

Douces sœurs, je perçois ce que réclameraient vos prières et vos vœux : plaise à Uranie de revêtir Gontier de la blanche toge destinée aux divinités éternelles]. {j}

G.P. composait ces vers pour un très célèbre médecin]. {k}


  1. Patin était ami de Gontier : il lui avait même confié pendant deux ou trois ans l’éducation de son second fils, le très cher Carolus, qui en a parlé dans son Autobiographie (v. sa note [9]), mais n’a pas lui-même ici pris la plume pour honorer son ancien précepteur.

  2. Type classique de composition latine poétique où chaque strophe (stance) de quatre vers (tétrastiche) est composée de deux hendécasyllabes (11 pieds) suivis de deux heptamètres (7 pieds) ; chaque couplet est consacré à l’une des neuf Muses ; avec ce titre, Patin faisait un vaniteux étalage de son art à rimer en latin, qui faisait alors partie du bagage ordinaire de tout maître ès arts.

  3. Calliope est la Muse de l’éloquence et de la poésie épique.

  4. Érato est la Muse de la poésie lyrique et galante ; compagne d’Éros, elle a aussi un arc pour l’un de ses attributs.

  5. Thalie est la Muse enjouée de la comédie, ce qui n’a pas de lien clair avec la couronne qu’elle tresse à Gontier.

  6. En écrivant Melpemone Patin (ou l’imprimeur) a écorché le nom de Melpomène, la grave Muse de la tragédie.

  7. Terpsichore est la Muse de la danse. Peu de déesses on échappé aux ardeurs de Jupiter ; v. note [8], lettre 997, pour son fils Phébus (Apollon).

  8. Euterpe est la Muse de la musique, dont l’emblème est la flûte. Les Piérides sont un autre nom des Muses, mais désignent aussi leurs rivales malheureuses, filles de Piérus (v. notule {g}, note [4], lettre de Reiner von Neuhaus datée du 15 mai 1664).

  9. Polymnie est la Muse de la rhétorique.

  10. Uranie est la Muse de l’astronomie.

  11. J’ai fait de mon mieux pour traduire ce poème de Patin car il est à ma connaissance le plus long à être issu de sa plume. Il montre, je pense, son piètre talent à versifier : on peut certes fermer les yeux sur quelques libertés prises avec la syntaxe afin de respecter l’ambitieuse métrique de l’ode ; mais la construction est inharmonieuse, tutoyant tantôt le lecteur, tantôt les Muses, tantôt Gontier, sacrifiant abusivement la musique au sens des mots et, sans doute à court d’inspiration, éclipsant Gontier dans deux des neuf strophes pour y accabler les Muses de platitudes, quand leur chœur devrait louer leur héros de bout en bout. Le tout est hélas besogneux, triste et profondément ennuyeux, sans le moindre trait de cet esprit qui pétille partout dans la prose de Patin.

Mon intérêt pour l’histoire familiale des Patin m’a enfin poussé à chercher leurs mentions dans le livre de Gontier. Je n’en ai trouvé que deux :

  • l’une à Guy Patin, page 514, livre 18e, chapitre i, sur les règles à respecter par tous ceux qui veulent préserver leur santé, en prônant la sobriété,

    ut docte exposuit in præclara sua Thesi Mag. Guido Patinus Professor vere Regius, et egregius celeberrimæ Facultatis Medicinæ in Academia Parisiensi nuper Decanus meritissimus, Sospitator, mehercule, in urbe Genius, qui ad eximiam Artis peritiam, nullam politioris litteraturæ partem, non andiunxit, ut seu prodesse medendo, seu delectare dicendo, et utile dulci miscere velit, puncum omne ferat, cui totum quodcumque est exigui huius laboris debemus acceptum,

    [comme Maître Guy Patin, professeur vraiment royal, et naguère remarquable et fort méritant doyen de la très célèbre Faculté de médecine en l’Université de Paris, l’a doctement exposé dans sa très brillante thèse : {a} il est assurément, en la capitale, le Génie secourable dont aucun des écrits n’a manqué d’enrichir l’éminente connaissance du métier, en voulant soit être utile à l’art de remédier, soit charmer par son talent à enseigner et à mêler l’utile à l’agréable, en quoi il remporte tous les suffrages ; il est celui à qui nous devons d’avoir reçu tout ce que contient notre modeste travail] ;

  • l’autre à son fils aîné, Robert, page 389, livre 12e, chapitre ix, sur la consommation de morue, {b}, en citant les Selecta medica [Morceaux médicaux choisis] de Johannes Antonides Vander Linden, {c}

    cujus Opera jamjam accepi a nobilissimo adolescente D. Rob. Patin, Guidonis filio, in Celeberrima Medicin. Parisiensi Academia Doctore eximio, et mihi lultis nominibus charissimo.

    [ouvrage que je viens de recevoir de M. Rob. Patin, très noble fils de Guy, qui est un remarquable docteur en médecine de la très célèbre Université de Paris {d} et qui m’est très cher à de nombreux titres].


    1. Thèse cardinale de Guy Patin sur la Sobriété (1647), transcrite, traduite et annotée dans notre édition. Patin avait été doyen de novembre 1650 à novembre 1652, et avait commencé à professer au Collège royal en 1655.

    2. Asellus, v. note [27] du Grotiana 2.

    3. Leyde, 1656, v. note [29], lettre 338.

    4. Reçu en 1651, à l’âge de 21 ans.

Ici encore (v. supra notule {a}), l’absence de Charles Patin surprend et laisse supposer que son exil volontaire (novembre 1667) sa condamnation (janvier 1668) l’avaient aussi arraché au bon souvenir de son ancien précepteur ; à moins de croire que ces fâcheuses circonstances aient incité Gontier à changer le prénom de Charles en celui de Robert.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 7 octobre 1659. Note 1

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(Consulté le 06.02.2023)

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