Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii
Note [1]

Louis-Marcel Devic a étudié le mot bézoard (v. note [9], lettre 5) dans son Dictionnaire étymologique des mots d’origine orientale (arabe, persan, turc, hébreu, malais) (Paris, Imprimerie nationale, 1876, in‑8o, pages 68‑69) :

« De l’arabe badizahr ou bazahr, venant du persan pad-zehr, qui signifie littéralement chasse-poison. Bezoar a été employé chez nos anciens auteurs, non seulement dans son sens propre, Lapidem bezaar magnæ virtutis et pretii, {a} mais encore dans le sens général de contrepoison, ainsi qu’on le voit dans ces passages d’Ambroise Paré cités par M. Littré : “ Son bezaar ou contrepoison est le suc de mélisse… D’autant qu’en parlant des signes de chacun venin à part, nous avons nommé son antidote bezahar, il faut savoir ce que veut dire ce mot : les antidotes ou contrepoisons ont été appelés par les Arabes en leur langue bezahar, c’est-à-dire en leur baragouin, conservateur de la vie ; de là il est venu que tous antidotes et contrepoisons par excellence ont été appelés bezardica. ” {b}

Le mot s’est introduit dans nos langues par les livres de médecine arabes : Lapidem bezoarticum, de cujus efficacissima vi adversus venena Arabes præsertim, veteres etiam et juniores medici tam multa retulerunt admiranda, {c} dit Gaspar de los Reyes, qui cite en même temps un grand nombre d’écrivains arabes, tels que Rhazès, Albenzoar, Mésué, Abbas, Avicenne, etc., parmi ceux qui ont traité ce sujet.

Lui-même y a consacré vingt pages in‑4o. J’en tire les lignes suivantes à cause de la suggestion étymologique qui paraît s’y trouver : [Lapides bezoartici] qui frequentiores et communiores sunt, in ventriculis animalium quorundam Indorum generantur, quæ capræ magnitutidem superant et ad cervorum figuram proxime accedunt, unde cervicapræ communiter appellantur, et a Persis Pazan vocantur, et ipsum lapidem Pazaar, quod antidotum sonat, aut veneni remedium. {d} Inutile de dire que Pazaar, c’est-à-dire Padzehr, et Pazan n’ont entre eux aucun rapport. Ce dernier nom a passé dans la nomenclature zoologique française : paseng, chèvre égagre, {e} et pazan, nom donné mal à propos par Buffon à l’antilope oryx. »


  1. « La pierre bezaar est de grand pouvoir et de grand prix ».

  2. Dans les Œuvres complètes de Paré (Paris, 1840-1841, tome iii, v. note [19], lettre 181), les références données par Littré DLF correspondent à deux chapitres du 23e livre, Des Venins : xliv, De la vénénosité de certaines plantes (page 334) et xlv, Du bezahar (page 339).

  3. « La pierre de bézoard, dont les anciens médecins, comme les modernes, principalement les Arabes, ont si abondamment relaté les admirables et très puissants effets contre les poisons ». Gaspar dos Reis Franco figure parmi les correspondants de Guy Patin. Les pages 535‑546, question lxvii, de son Elysius jucundarum quæstionum Campus [Champ Élysée de questions plaisantes] (Bruxelles, 1661, v. note [10], lettre 794) sont consacrées au bézoard ; ce passage est en haut de la page 543.

  4. « Les pierres de bézoar, qui sont les plus courantes et ordinaires, se forment dans l’estomac de certains animaux des Indes qui dépassent la chèvre en taille et atteignent presque celle du cerf, ce qui leur vaut d’être communément appelées cervicapres ; les Perses leur donnent le nom de pazan ; il sonne comme pazaar, qui est celui de l’antidote, ou contrepoison. »

  5. Chèvre sauvage.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii. Note 1

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(Consulté le 14.10.2019)

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