À Claude II Belin, le 20 mai 1632
Note [11]

Le premier traducteur d’Avicenne en latin, au xiie s., a été l’Italien Gérard de Crémone, qu’on a longtemps cru espagnol (par confusion entre Cremona en Lombardie, et Carmona en Andalousie).

Giovanni Paolo Mongio (Mongius, médecin, philosophe et mathématicien italien au xvie s.) et Giovanni Costeo (Costœus, professeur de médecine à Turin puis à Bologne au xvie s.) ont commenté sa traduction du Canon d’Avicenne : Avicennæ Libri de re medica, ex recognitione Ioannis Pauli Mongii et Ioannis Costœi, cum annotationibus eorumdem [Livres d’Avicenne sur la matière médicale, suivant l’édition de Giovanni Paolo Mongio et Giovanni Costeo, avec leurs annotations] (Venise, V. Valgrisius, 1564, in‑fo).

La première édition de l’Avicenne des Junte (Giunti en italien, Zunti en vénitien, célèbre famille d’imprimeurs originaires de Florence, fondée par Philippe Junte en 1497) avait paru quelques années plus tôt (Venise, 1555, in‑8o, Medic@) :

Avicennæ liber Canonis, de medicinis cordialibus, et cantica, Iam olim quidem a Gerardo Carmonensi ex arabico sermone in latinum conversa, Postea vero ab Andrea Alpago Bellunensi, philosopho et medico egregio, infinitis pene correctionibus ad veterum exemplarium arabicorum fidem in margine factis, locupletissimoque nominum arabicorum ab ipso interpretatorum, indice decorata, Nunc autem demum a Benedicto Rinio Veneto, philosopho et medico eminentissimo, eruditissimis accuratissimisque lucubrationibus illustrata. Qui et castigationes ab Alpago factas suis quasque locis aptissime inseruit : Et quamplurimas alias depravatas lectiones in margine ingeniosissimeque emendavit : Et locos, in quibus auctor ipse vel eandem sententiam, eandemve medicamenti unius compositionem iterat, vel oppositas inter se sententias ponit, vel aliquid denique ab Hippocrate, Aristotele, Dioscoride, Galeno, Paulo, Aetio, Alexandro, Serapione, Rasi, Halyabate, Alsarabio mutuatur, diligentissime indicavit : Plurimis etiam arabicis vocibus nunquam antea expositis, latinum nomen invenit : Indicemque latinum medicamentorum simplicium in secundum librum composuit. His accesserunt Avicennæ libellus De removendis nocumentis, quæ accidunt in regimine sanitatis : Eiusdem Tractatus De Syrupo acetoso. Ab eodem Alpago ex arabico in latinum sermonem translati.

[Le livre du Canon, (l’opuscule) sur les médicaments cordiaux et les cantiques d’Avicenne. Ils ont certes déjà précédemment été traduits d’arabe en latin par Gérard de Crémone (au xiie s.), puis enrichis (en 1527) par Andrea Alpago, distingué médecin et philosophe natif de Belluno (Vénétie), d’un nombre presque infini de corrections marginales, sur la foi des vieux exemplaires arabes, et d’un très volumineux index des mots arabes qu’il a lui-même interprétés. Les voici maintenant augmentés des très savants et soigneux commentaires de Benedetto Rinio, très éminent philosophe et médecin natif de Venise (1485-1565), qui y a aussi très pertinemment inséré, en leur lieu propre, les corrections faites par Alpago, et qui a très intelligemment amendé, dans la marge, quantité d’autres passages corrompus ; il a en outre très soigneusement indiqué les endroits où l’auteur lui-même a soit répété le même avis ou la composition identique d’un même médicament, soit émis des avis contradictoires, soit enfin emprunté à Hippocrate, Aristote, Dioscoride, Galien, Paul (Éginète), Aétius, Alexandre (de Tralles), Sérapion, Rhazès, Haly Abbas, Alsarabius ; de plus, il a trouvé l’équivalent latin de plusieurs mots arabes qui n’avaient pas été précédemment expliqués, et dressé un index latin des médicaments simples décrits dans le second livre. Ont été ajoutés, traduits d’arabe en latin par le même Alpago, l’opuscule d’Avicenne sur la Suppression des erreurs nuisibles qu’on commet dans le régime de santé, et son Traité sur le sirop aigre].

Cet ouvrage a été réimprimé plusieurs fois, mais je n’ai pas connaissance d’une édition européenne plus récente et aussi complète des œuvres d’Avicenne, ce qui surprend quand on considère l’influence qu’il a exercée sur l’évolution de la médecine.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 20 mai 1632. Note 11

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0011&cln=11

(Consulté le 28.01.2021)

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