Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine
Note [14]

V. note [3], lettre 83, pour Michel Le Masle, abbé-prieur des Roches, pour son don de 10 000 écus à la Faculté de médecine et pour le Remerciement (Paris, sans nom) qu’elle lui avait adressé en 1643. On y lit quelques intéressantes explications sur l’architecture des Écoles, sur la générosité du chanoine et sur les liens qui unissaient la Faculté à Notre-Dame de Paris, sa proche voisine.

  • Pages 7‑9 :

    « Nous nous sommes conservés dans une illustre pauvreté, et nous sommes contentés d’une École plus auguste par l’intégrité et par la doctrine de ses docteurs que par ses bâtiments. Bien que plusieurs de la Faculté aient eu l’honneur d’approcher les personnes sacrées de nos rois et de nos princes, et qu’ils aient gouverné et ménagé très heureusement leur santé, nous n’avons jamais toutefois songé à nos intérêts, ni pour avoir des bâtiments superbes et magnifiques, ni pour avoir des fondations riches et opulentes. Pourvu que nous eussions un couvert et une petite retraite pour exercer les fonctions de la discipline que nos pères nous ont laissée, nous avons été aussi contents que si nous eussions eu les belles allées des péripatéticiens, ou les jardins délicieux d’Épicure, ou le magnifique Portique des stoïques, ou les superbes collèges des gymnosophistes. {a} Après avoir été plusieurs siècles dans des lieux empruntés ou pris à loyer, nous achetâmes et fîmes bâtir de nos deniers l’année mille quatre cent soixante et quinze, et les suivantes, les Écoles que nous possédons aujourd’hui, lesquelles nous avons à divers temps assorties de chapelle, de librairie, de jardin médicinal et de théâtre anatomique. Tous ces appartements sont au-dessous de la médiocrité. Ils ont toutefois été augustes par la demeure qu’y ont faite tous ces grands princes de la médecine qui ont, depuis près de deux cents ans, fleuri dans la première ville du royaume. On a vu éclore parmi ces ronces plusieurs belles roses, et parmi ces déserts sablonneux, il s’est trouvé des grains d’or et des pierres précieuses ; je veux dire des personnages excellents et des médecins très accomplis en toutes sortes de sciences, lesquels ont donné plus de lustre et de réputation à notre petite Maison que n’eussent pu faire ni les salles azurées, ni les parqueteries à la mosaïque, {b} ni les lambris dorés, ni les galeries éclatantes, ni les niches chargées de bronzes et de marbres, ni les autres fameux ornements qui ont de coutume de flatter notre luxe et notre ambition. Nous entretenions là-dedans, sans aucun revenu ni sans aucune fondation, notre petite chapelle et de chapelains et d’ornements pour le service de Dieu ; {c} notre chaire doctorale, de trois professeurs ordinaires pour la distribution des trésors de la médecine qui nous ont été laissés par nos ancêtres ; notre librairie, autrefois considérable pour les manuscrits, des livres plus nécessaires ; et quand notre petit jardin médicinal subsistait, que nous avons converti, n’ayant point d’autre place, en un théâtre anatomique, d’un herboriste pour la culture et pour la recherche des plantes ; sans avoir puisé ailleurs les deniers nécessaires à un si grand entretien que dans notre bon ménage {d} et dans l’épargne de nos propres deniers que nous donnons pour être adoptés en un si fameux collège. »

  • Pages 15‑17 :

    « La qualité d’abbé que vous portez, c’est-à-dire de père, n’a pu demeurer en vous sans exercice. C’est un nom de sollicitude, de douceur, d’amour, de charité et de libéralité ; car, comme les pères, par un sentiment intérieur de dilection, {e} n’épargnent ni soin, ni diligence, ni moyens à l’avancement de leurs enfants, ainsi les abbés, qui considèrent les hommes comme leurs enfants, par un excès de charité chrétienne, ne laissent écouler aucune occasion de leur profiter. Vous réduisez les monastères et les abbayes à leur ancienne institution car, comme autrefois elles servaient d’écoles publiques où les sciences étaient enseignées et les ouvrages des hommes doctes soigneusement conservés, vous avez voulu que le revenu de celles que vous possédez soit converti à l’établissement d’une école que vous jugez être nécessaire pour la conservation de la santé publique, et pour l’établissement d’une science la plus noble et la plus utile de toutes. Il faut ici que je remarque que la dignité de chantre et de chanoine de l’église de Paris, que vous exercez si dignement et honorablement, est favorable et, par manière de dire, fatale {f} à nos Écoles. Michel de Cologne, l’un de nos docteurs, {g} étant parvenu à cette dignité de chantre, donna plusieurs beaux ornements à la première chapelle que nos pères firent bâtir en nos Écoles. Quelque temps après, notre chapelle ne lui paraissant pas assez auguste, il fit à ses dépens construire celle, laquelle y est encore à présent, et fonda l’obit {h} que nous faisons célébrer tous les ans, le quatorzième d’avril. Qui ne dira qu’il y a quelque secret inconnu aux esprits des hommes sur le rapport et sur la convenance qui se rencontre entre vous et lui ? Tous deux de même nom, tous deux chantres d’une même église, tous deux bienfaiteurs et restaurateurs de nos Écoles, tous deux nos anges tutélaires qui, de leur vivant, ont eu pour l’honneur de notre Faculté pareils sentiments et semblables affections. Il y a cette différence, toutefois, que lui, comme l’un de nos collègues nourri et élevé dans notre discipline, et occupant le premier lieu d’ancienneté dans nos Écoles, a été invité, comme par devoir, à réparer une portion de notre maison ; et vous, sans aucune obligation ou recommandation, et sans autre attache particulière, êtes accouru volontairement à son entier rétablissement. Et véritablement, c’est pour cette considération qu’on doit plus estimer votre munificence, de ce que vous l’avez déployée pour des personnes qui vous doivent être indifférentes et qui ne vous sont connues que par leur profession. » {i}


    1. Gymnosophistes : « philosophes indiens, appelés ainsi à cause qu’ils allaient nus, de gumnos, nu, et de sophistês, sage, docte. Ils croyaient la métempsycose et mettaient le bonheur de l’homme au mépris des biens de la fortune. Ces gymnosophistes étaient divisés en deux sectes, en brachmanes et gemmanes, et ils se glorifiaient de pouvoir guider les rois et de donner de sages conseils aux magistrats. Quelques-uns d’entre eux fuyaient les hommes pour aller dans les déserts contempler avec plus d’application ce que la nature a de merveilleux et de surprenant. On les appellait holibiens et on tient qu’ils n’avaient pour toute retraite que les creux des chênes » (Thomas Corneille).

    2. Assemblage de morceaux de bois taillés de diverses teintes formant des motifs décoratifs, à la manière d’une mosaïque de pierres colorées.

    3. Entretenir est ici employé dans son sens moderne de conserver, mais avec une construction archaïque : « entretenir un objet de quelque chose » pour le munir de moyens nécessaires à son entretien.

    4. Amitié.

    5. « Épargne du bien acquis, et soin d’en acquérir d’autre » (Furetière).

    6. Est dit fatal « ce qui doit arriver nécessairement, arrêt de la destinée » (ibid.).

    7. V. note [21] des Comptes de la Faculté rendus le 26 janvier 1652 pour ce religieux qui fut docteur et doyen de la Faculté de médecine à la fin du xve s.

    8. La messe anniversaire.

    9. Un peu avant la fin de sa lettre du 28 mars 1643 à Charles Spon, Guy Patin a donné une explication médicale de la donation faite par l’abbé des Roches à la Faculté ; v. aussi la note [29] des Décrets et assemblées de la Faculté en 1651‑1652.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2b. Novembre 1650-novembre 1651, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine. Note 14

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(Consulté le 03.12.2020)

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