À Charles Spon, le 8 janvier 1650
Note [19]

« dans son traité sur cette maladie [la vérole], qu’on lit à la fin de son commentaire sur le 7e livre de la Méthode de remédier » :

Commentarius in septimum Galeni Librum Methodi medendi Quæstionibus physicis et medicis refertus et de Morbo Gallico per methodum curando. Autore Fabio Pacio Philosopho ac Medico Vicetino cum triplici indice

[Commentaire de Fabius Pacius, {a} philosophe et médecin natif de Padoue, sur le septième livre de la Méthode de remédier de Galien, rempli de questions physiques et médicales, et sur la manière de guérir méthodiquement le mal français. Avec triple index]. {b}


  1. Fabius Pacius (Fabio Pace, Vicence 1547-ibid. 1614), docteur en médecine de Padoue (en 1575).

  2. Vicence, Franciscus Grossius, 1608, in‑fo. Cet ouvrage avait été précédé par le Commentarius in sex priores libros Galeni Methodi medendi… [Commentaire sur les six premiers livres de la Méthode de remédier de Galien…] (Vicence, Robertus Meiettus, 1598, in‑fo, pour la 2e édition).

Le traité De Morbo Gallico [Sur la vérole (syphilis)] occupe les colonnes 449‑511 (et dernière) du commentaire sur le 7e livre de la Méthode de Galien. La section qui y intéressait Guy Patin est intitulée Morbus Gallicus an novus [Le mal français est-il nouveau ?] (colonnes 477‑481). Pacius se fonde sur les satires de Martial et Juvénal pour montrer que les maladies vénériennes étaient courantes dans l’Antiquité ; {a} il est bien moins convaincant quand il affirme que la syphilis {b} en faisait partie ; il admet néanmoins la grande épidémie qui a eu lieu au début du xvie s., avec cette conclusion :

Hæc fere sunt in causa, quibus adducor, ut credam novum hunc non esse morbum, sed antiquis etiam familiarem, quanquam iisdem non ita ad unguem cognitum, præsertim quod ad contagium attinet, aut certe non exacte nobis traditum, et enarratum. Negare illud certe non ausim, ab eo Gallici belli tempore morbum hunc, et maiores quam antea vires cepisse, maiusque incrementum fecisse, maiorem quendam in modum sese, et ostentasse, et propagasse : verum id quoque habere causam manifestam potest. Ita enim humanarum rerum fert conditio, ut omnia vicissitudinem quandam habeant, incrementum suscipiant, ac decrementum, pro cœli, aerisque constitutione, atque pro ipsorum hominum moribus, institutis, consuetudine, atque commercio, pro pacis bellorumque varietate. Quod enim inter paucos evenit, intra domesticos uniuscuiusque familiæ lares atque parietes, proportione quadam in maximo hoc orbis terrarum conventu evenire probabile est : Etenim sæpe videmus accidere, ut unius domus unus de multis scabiem aliunde contractam cæteris communicet, totamque domum inficiat, ac polluat perinde, ac morbida facta pecus totum corrumpet ovile. Ita multis hominibus aliunde aliis, aut belli, aut mercaturæ, aut alia occasione in unum coeuntibus, contactu Venereo se se invicem permiscentibus, quid mirum si morbus is, qui paucis erat infestus, plurimis communicetur, et longe hinc, lateque sæviat, ac debacchetur ? Atqui vetus an novus sit morbus, cum scire parum ad methodum faciat curativam, paucis his liceat nobis esse contentis.

[Voilà à peu près les raisons qui me me conduisent à croire que cette maladie n’est pas nouvelle, mais que a aussi été familière à ceux de l’Antiquité, bien qu’il ne l’aient pas parfaitement reconnue, principalement parce qu’elle touche à la contagion, {c} ou qu’ils ne nous l’aient assurément pas relatée et décrite avec exactitude. Je n’oserais nullement nier qu’elle ait commencé à prendre une plus grande ampleur au temps de la guerre française, et qu’elle se soit alors grandement développée, en se manifestant ostensiblement et en se propageant largement. La raison en a été tout aussi évidente, car la condition humaine est ainsi faite que la vicissitude régit tout, avec des alternances d’accroissement et d’extinction, selon la constitution du ciel et de l’air, les mœurs, habitudes et coutumes des hommes, et selon le commerce qu’ils ont entre eux, en temps de guerre et de paix. Il est en effet probable que ce qui survient chez un petit nombre, parmi les membres et entre les murs de chaque famille, prenne quelque ampleur pour s’étendre à la terre entière quand il y a très grand rassemblement : nous voyons en effet souvent advenir qu’un individu d’une seule maison transmette à nombre d’autres la gale qu’il a contractée ailleurs et en infecte tout son foyer, ou qu’une brebis contaminée communique son mal à tout le troupeau. Ainsi, quand beaucoup d’hommes entrent en contact avec d’autres, à l’occasion d’une guerre, d’échanges commerciaux ou de quelque autre circonstance, et qu’ils ont entre eux des relations charnelles, qu’y a-t-il d’étonnant si cette maladie, qui n’infestait que peu de gens, se communique à nombre de leurs semblables, et s’étende alors de long en large avec grande furie ? Contentons nous donc du peu que nous savons sur l’ancienneté ou la nouveauté du mal, car cette question importe peu dans la méthode à suivre pour y remédier].


  1. Particulièrement la chaude-pisse (v. note [14], lettre 514) et le fic (v. note [7], lettre 482), dont Galien n’a guère parlé.

  2. Ni le mot syphilis ni le nom de son inventeur, Fracastor (Girolamo Fracastoro, mort en 1553, v. note [2], lettre 6), ne figurent dans l’index de Pacius. Je ne les ai pas vu non plus dans son traité De Morbo Gallico.

  3. Le mot contagion, typiquement « fracastorien » (v. note [6], lettre 7) bénéficie de 15 entrée dans l’index de Pacius, et de deux colonnes entières (462‑464) dans son traité sur le mal français.

    On réservait le nom de contagion aux maladies principales épidémiques : peste, typhus, infections vénériennes (naguère qualifiées de honteuses, comme les parties du corps, pudenda, qu’elles affectent en premier).


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 janvier 1650. Note 19

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0211&cln=19

(Consulté le 29.11.2022)

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